Une offre frauduleuse leur coûte 4000$ au centre-ville d'Ottawa

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Sur Kijiji, l’appartement semblait idéal. Meublé, bien situé, doté d’un certain cachet, plusieurs photos à l’appui. Le quatre et demi était annoncé à 1850$ par mois, un prix raisonnable pour un logement dans le centre-ville d’Ottawa.

À la mi-juillet, Anne-Marie (nom fictif) et son amie ont répondu à l’annonce, enthousiastes. Le lendemain, les colocataires sont allées visiter l’appartement. Sur place, ce n’est pas la propriétaire qui les attendait. Elles ont plutôt rencontré Marc (nom fictif), un homme affirmant être un travailleur autonome recruté par une compagnie de gestion immobilière torontoise, dont la propriétaire aurait retenu les services pour faire visiter ses logements.

« On s’était fait dire qu’en ce moment, le logement était loué sur Airbnb, mais qu’à cause du nouveau règlement de la Ville d’Ottawa (le projet pilote qui vise à limiter les locations à court terme), il allait transitionner de la location à court terme vers la location à long terme», raconte Anne-Marie.

Les jeunes femmes étaient satisfaites: le logement était tel qu’annoncé sur Kijiji. « C’était super, continue la fonctionnaire âgée dans la vingtaine. C’est là qu’on a partagé notre intérêt. Ce n’était pas la première place qu’on visitait. Nous avions d’autres amis qui cherchaient des appartements et tout part rapidement », notamment en raison de la crise du logement. « Ça aurait pu être loué dans la nuit, donc on s’est un peu dépêchées. »

Le jour même, à la fin de la visite, Marc leur a fait signer un bail. Mais avant de leur remettre les clés, il leur a imposé une condition: en plus d’un dépôt de sécurité, elles devaient verser le premier et le dernier mois de loyer directement à la compagnie.

La loi ontarienne autorise qu’un propriétaire demande un dépôt équivalent à un mois de loyer. Mais comme de nombreux propriétaires à Ottawa demandent deux mois de loyer d’emblée, souvent sur l’annonce de leur logement, les jeunes femmes ont accepté.

La facture a été salée: au total, les deux ont déboursé 4000$. Les colocataires sont reparties, les clés en main.


« On les a vus, les red flags, mais on leur a donné beaucoup d’excuses »
Anne-Marie (nom fictif)

Mauvaise surprise

Le lendemain, prise d’un doute, Anne-Marie est retournée tester sa clé. Elle a pu entrer dans le lobby entre les appartements, mais la porte du logement dont elle devait prendre possession le 1er septembre restait verrouillée.

Une semaine plus tard, la colocataire d’Anne-Marie a reçu un appel de Marc. «Il a dit qu’il s’était fait frauder par la compagnie qui avait retenu ses services et qu’il n’avait jamais été payé. On a essayé de contacter deux personnes dans la compagnie; aucune réponse, rien», se désole Anne-Marie.

Coup de fil à la propriétaire de l’immeuble: il y avait déjà des locataires pour septembre, leur a-t-elle répondu. Et ils avaient signé un bail bien avant la mi-juillet.

Rejointe par Le Droit, la femme identifiée par Anne-Marie comme étant la propriétaire de l’immeuble a affirmé qu’elle n’avait jamais embauché la compagnie de gestion immobilière. Elle a refusé d’émettre d’autres commentaires.

Nous avons tenté en vain de prendre contact avec la compagnie de gestion torontoise. Nous avons reçu un courriel automatisé avec un numéro de téléphone, dont la ligne avait été déconnectée.

Anne-Marie ne sait plus qui croire. Elle soupçonne que le logement a pu être loué sur Airbnb, qu’on a fait des doubles des clés et tenu des visites dans le dos de la propriétaire.

« On les a vus, les red flags, mais on leur a donné beaucoup d’excuses », concède-t-elle.

La dernière fois qu’elle a cherché un logement, il y a trois ans, personne ne lui avait demandé de preuve d’emploi ou avait vérifié ses antécédents. « Ma coloc a fini sa maîtrise, et moi je finis la mienne. On est deux filles avec une tête sur les épaules. On s’est senties connes pendant une seconde. Mais on se dit qu’on n’aurait pas pu le savoir. »

Anne-Marie et son amie ont déposé des plaintes auprès de la police d’Ottawa, de leurs banques et du Centre antifraude du Canada. Le Service de police d’Ottawa n’a pas voulu confirmer si une enquête est en cours.