Le Boeing B-29 Superfortress, surnommé Fifi, est sur le tarmac de l’Aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa.

Une légende volante dans le ciel de la capitale

Le ciel d’Ottawa-Gatineau grondera jusqu’à lundi, lors des passages répétés d’une véritable légende volante de la Deuxième Guerre mondiale. Un B-29 — le même modèle qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 — survolera la région, dans le cadre d’une première tournée canadienne.

Le directeur de tournée d’Air Power Tour, Bob Boccacio, parle de l’appareil avec admiration. « Ces bombardiers, dit-il, il y en avait des centaines dans le ciel ennemi lors des raids américains. C’est une icône de l’aviation. C’est le seul B-29 en tournée, et l’un des deux seuls au monde qui soient encore fonctionnels. »

Le spécimen présenté à l’Aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa, surnommé «Fifi» , n’a pas été utilisé au combat. À peine sorti de l’usine, en 1944, Fifi n’a pas pu être utilisé au front, alors que la Deuxième Guerre mondiale a pris fin en 1945.

Les 6 et 9 août 1945, des Boeing B-29 américains lançaient d’ultimes bombes atomiques sur les deux villes de l’Empire du Japon, faisant entre 155 000 et 250 000 morts.

Le Japon a capitulé le 2 septembre 1945, mettant fin à la Deuxième Guerre mondiale.

Des Boeing B-29 américains ont lancé des bombes atomiques sur les deux villes de l’Empire du Japon en août 1945.

« Les vétérans qui ont servi dans ces avions ont aujourd’hui plus de 90 ans, dit M. Boccacio. À l’époque, ils en avaient 18 ou 20. C’étaient des enfants ! Lorsqu’ils reviennent visiter l’appareil avec leurs familles, ils sont très émotifs. Ils n’en ont pas parlé pendant plus de 50 ou 60 ans. Lorsqu’ils embarquent dans l’appareil, ils se revoient à leur poste de travail, et s’ouvrent. Ils racontent leur histoire à leur famille, avec de nombreux détails, pour la première fois. Et ils pleurent. »

En 1944, la consommation d’essence était loin d’être une préoccupation.

8000 chevaux

Chacun des quatre moteurs des B-29 développe 2000 chevaux-vapeur, 8000 au total.

Ces appareils à hélices avaient besoin d’une telle puissance pour atteindre des altitudes hors de portée pour les canons terrestres ennemis.

« Chaque moteur utilise plus de 100 gallons (378 litres) d’essence par heure ! », s’exclame, rieur, M. Boccacio.

Les quatre moteurs réunis brûlent plus de 1500 litres à l’heure. « À l’époque, cela ne préoccupait pas grand monde », poursuit le directeur de tournée.

En 2018, il en coûte 10 000 $ américains pour le faire voler pendant une heure.

En 1944, on construisait un exemplaire comme celui-ci au coût de 350 000 $ américains.

«Fifi», vu de l'intérieur

Samedi, dimanche et lundi, on pourra voir et entendre ces mastodontes d’une autre époque dans le ciel de la région.

« C’est très bruyant », averti M. Boccacio.

L’avion survolera la région à une altitude relativement basse, soit 2000 pieds.

Des décollages sont prévus à 9 h et 10 h, à l’Aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa.

Les vols (payants) sont ouverts au public. Vendredi, déjà, il ne restait que des places disponibles pour la journée de lundi.

Les curieux peuvent aussi voir décoller et atterrir l’appareil, pour ressentir la force de ce joyau de l’armée américaine.

Pour une fraction du prix d’un vol, les visiteurs peuvent aussi entrer dans l’avion, qui était, jadis, l’un des plus poussés sur le plan technologique.

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LA MEILLEURE TECHNOLOGIE

Le B-29 Superfortress était le premier avion équipé d’un ordinateur. La machine passerait pour une pacotille, en 2018, mais à l’époque, rien ne l’égalait.

L’ordinateur servait à compenser les angles des mitrailleurs en plein vol.

Le B-29 Superfortress était le premier avion équipé d’un ordinateur.

Le directeur de tournée de l’organisme AirPowerTour, propriétaire du B-29 présent à Gatineau, cette fin de semaine, rappelle qu’un tel équipement était le nec plus ultra, lors de sa construction, en 1944.

Le système de tir, contrôlé par ordinateur, permettait à une console de contrôler plusieurs tourelles simultanément.

« Si vous devez ouvrir le feu sur une autre cible mobile en plein vol, vous devez, par exemple, viser à gauche ou à droite de cette cible afin de compenser la trajectoire des avions en mouvement, et enfin toucher la cible. À l’époque, le soldat devait évaluer cette compensation avant de tirer. Cet ordinateur était le premier à faire ce calcul automatiquement. Le tireur n’avait qu’à viser au cœur de la cible pour l’atteindre, même en plein vol », dit Bob Boccacio.

Cet avion Boeing était aussi doté d’une cabine intégralement pressurisée, chose unique pour les avions militaires de l’époque.

En combat, le B-29 pesait 120 000 livres. En démonstration, son poids varie de 80 à 85 000 livres.

Il peut atteindre 570 kilomètres à l’heure.