C'est par 30 votes contre 28 que la Française Audrey Azoulay a été portée à la tête de l'UNESCO.
C'est par 30 votes contre 28 que la Française Audrey Azoulay a été portée à la tête de l'UNESCO.

Une Française élue à la tête de l'UNESCO

Joëlle Garrus
Agence France-Presse
La Presse canadienne
PARIS - Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture, a été élue vendredi soir directrice générale de l’UNESCO face au Qatari Hamad Al-Kawari, au terme d’une élection marquée par de multiples rebondissements, dont le retrait des États-Unis et d’Israël de cette agence internationale.

«Félicitations à Audrey Azoulay! La France continuera à se battre pour la science, l’éducation et la culture dans le monde», a écrit sur Twitter le président Emmanuel Macron.

Lors de l’ultime tour d’un scrutin très serré entamé lundi, les 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture ont préféré la candidate Française au représentant qatari, par 30 voix contre 28.

Audrey Azoulay a reçu le soutien de l’Egypte, dont la candidate avait été éliminée sur la dernière ligne droite.

Mais Le Caire a néanmoins demandé à l’UNESCO, dont le siège se trouve dans la capitale française, «la vérification des violations détectées tout au long du processus électoral», selon un porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères.

Le candidat du Qatar, qui faisait la course en tête depuis le début malgré la résurgence de vieux soupçons d’antisémitisme relayés par le Centre Simon Wiesenthal Europe, ne faisait pas l’unanimité des pays arabes en délicatesse avec Doha.

En juin, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont en effet rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l’accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l’Iran.

Ces quatre pays ont imposé un embargo au Qatar, qui a rejeté toutes les accusations à son encontre, y voyant une ingérence dans sa politique étrangère.

La bataille a cependant été âpre pour prendre le leadership d’une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les États-Unis et Israël avaient porté «un coup dur» avec l’annonce jeudi de leur départ, selon la directrice générale sortante de l’organisation, la Bulgare Irina Bokova.

Washington et Tel Aviv ont voulu ainsi exprimer leur exaspération face à une organisation qu’ils accusent d’être devenue anti-israélienne.

Les États-Unis avaient déjà suspendu leur contribution financière régulière il y a six ans.

Politisation

C’est l’admission en 2011 de la Palestine au sein de l’UNESCO qui avait entraîné cette interruption des versements de fonds, représentant près du quart du budget de l’agence, par Israël et les États-Unis.

Dès avant l’annonce de jeudi, François Chaubet, un professeur français d’histoire contemporaine, estimait d’ailleurs qu’un des enjeux de l’élection serait de ramener les États-Unis parmi les contributeurs. Partis une première fois en 1984, ils étaient revenus en 2002.

«Pour honorer ses slogans nationalistes, Trump a choisi de faire le sacrifice de l’UNESCO, c’était la décision qui coûtait le moins cher...» a commenté l’historien français Bertrand Badie.

«Si Donald Trump était partisan des institutions multilatérales, cela se saurait», a pour sa part relevé François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation de la recherche stratégique.

La décision américaine a néanmoins été considéré comme une triste nouvelle ou un motif de regret, voire de déception, à Paris, à Moscou, dans les instances dirigeantes de l’ONU et de l’UNESCO, mais aussi dans les milieux culturels et universitaires américains.

Pour Mme Bokova, «c’est l’universalité de l’organisation qui est en jeu». Et le multilatéralisme dans l’ADN de l’organisation, ajoute-t-on de sources diplomatiques.

Vendredi, Berlin a appelé de ses voeux à «une UNESCO forte». Mais le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a également rappelé que le gouvernement allemand «critiquait aussi depuis quelque temps la politisation [du] travail très important» effectué par l’UNESCO, «par certains membres».

«Nous mettons tous nos espoirs dans le ou la futur[e] secrétaire général[e] et attendons que cette nouvelle personne à la tête mène les réformes de l’organisation», a-t-il ajouté.

À des journalistes vendredi après-midi, Mme Azoulay a affirmé que sa candidature visait notamment à restaurer l’efficacité et la crédibilité de l’agence qui traverse une crise politique profonde.

***

Ottawa préoccupé, mais ne quittera pas

Le gouvernement canadien se désole de voir les États-Unis et Israël quitter l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), mais partage certaines de leurs inquiétudes concernant l’existence d’un présumé biais anti-israélien au sein de l’agence.

Si le Canada est «déçu» de la décision des deux pays, il a lui aussi de «vives préoccupations» sur le fait «qu’Israël ait été particulièrement ciblé par les critiques dans le cadre de décisions prises par l’UNESCO», a signalé Brianne Maxwell, du ministère des Affaires mondiales.

Malgré cela, il est «hors de question» qu’Ottawa claque aussi la porte, ayant la ferme conviction qu’il «vaut toujours mieux être à la table» des grandes organisations internationales comme celle-ci, a insisté vendredi une source gouvernementale.

Le Québec partage la même déception face à la défection des États-Unis et de l’État hébreu, a souligné vendredi en entrevue la représentante du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada à l’UNESCO, Julie Miville-Dechêne.

«Le gouvernement du Québec est très déçu, parce qu’il croit au multilatéralisme, et parce que de notre point de vue, quand 195 États membres sont autour de la table, ça peut donner lieu à un dialogue qui peut permettre de solutionner les problèmes», a-t-elle offert.

Elle a cependant refusé de se prononcer sur la légitimité des accusations entourant un présumé biais anti-israélien. «À titre de diplomate, de représentante du gouvernement du Québec, je n’entrerai pas dans ce débat-là», a fait valoir Mme Miville-Dechêne au téléphone depuis Paris.

«Je pense que ce n’est pas mon rôle, pour toutes sortes de raisons, a-t-elle tranché. Mon rôle ici consiste à me préoccuper de toutes les questions comme la culture, la science, l’éducation et, de façon générale, de comment cette institution fonctionne.»

Elle a tenu ces propos quelques minutes avant l’annonce de l’élection de la Française Audrey Azoulay à la tête de l’organisation.

Ne faisant pas partie des 58 pays membres du conseil exécutif qui élit le dirigeant de l’agence onusienne, le Canada n’a offert son appui à aucun des candidats en lice, ont confirmé Ottawa et Québec.