L'église St-Andrew à Cantley a été démolie cette semaine.
L'église St-Andrew à Cantley a été démolie cette semaine.

Une des plus vieilles églises de l’Outaouais démolie à Cantley

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
L’un des tout derniers vestiges de la colonisation de Cantley par des Écossais, il y a près de deux siècles, a subitement disparu cette semaine. Sans avertissement ni consultation de la part de la municipalité, la petite église presbytérienne St-Andrew construite en 1877, sur le bord de la montée La Source, a été démolie. Il n’en reste aujourd’hui plus rien.

La destruction de l’église, l’une des plus vieilles de l’Outaouais encore debout, mais qui ne servait plus aux offices religieux depuis quelques années, a provoqué un vif émoi chez les défenseurs du patrimoine et au sein de la petite communauté protestante de l’endroit.

«C’est comme perdre une vieille amie qui a toujours été là», lance tristement Robert McClelland, qui habite la terre familiale voisine de l’église. «C’est mon arrière-grand-oncle qui avait fait don de ce terrain à la communauté pour que soit construite l’église, dit-il. Cinq générations de ma famille ont été baptisées dans cette église. Ma mère y a joué de l’orgue pendant près de 40 ans. C’est très triste.»

L'église St-Andrew à Cantley a été construite en 1877.

L’historienne et auteure de l’ouvrage L’autre Outaouais, Manon Leroux, estime que la démolition de St-Andrew est une perte à plusieurs niveaux, même si le bâtiment ne jouissait pas d’une cote patrimoniale très élevée dans l’Inventaire des lieux de culte du Québec. Il s’agissait de l’une des 20 plus vieilles églises de la région, dit-elle. Sa situation géographique, montée sur une petite butte, en faisait un repère depuis près de 150 ans à Cantley. Dans son ouvrage, Mme Leroux parle de l’église St-Andrew comme étant typique de l’architecture protestante des années 1860-1880. Deux autres églises de ce type existent encore dans la région de Kazabazua. Son allure extérieure était toute simple, mais les murs intérieurs avaient été revêtus de fines planches de bois assemblées en V.

À la tristesse de M. McClelland se mêle aussi de la frustration. Il ne comprend pas comment la municipalité de Cantley a pu procéder de manière aussi cavalière dans ce dossier. «Pour n’importe quel petit changement à Cantley, ça prend une dérogation mineure approuvée par le conseil, mais pour démolir un bâtiment qui fait partie de l’héritage de la municipalité, une église qui a presque 150 ans, ça peut se faire sans avertissement. Il suffit de le demander gentiment de pouvoir démolir. Ça n’a pas de bon sens.» Manon Leroux abonde dans le même sens. «C’est surtout la façon horrible dont ça s’est fait, lance-t-elle. Je ne comprends pas qu’en 2020 on puisse encore démolir un bâtiment comme ça, dans le secret, sans aviser ou consulter personne.»

La mairesse de Cantley, Madeleine Brunette, reconnaît que la démolition de l’église s’est faite sans préavis ni consultation. «Il n’y a pas eu d’avis public pour la démolition, nous n’avions pas à faire ça non plus parce que ce n’est pas dans notre réglementation, dit-elle. C’est peut-être quelque chose qu’on devrait éventuellement ajouter.»

Selon l’historienne et auteure Manon Leroux, la démolition de l'église St-Andrew est une perte à plusieurs niveaux.

Mme Brunette explique que le terrain et l’église appartiennent à un propriétaire privé depuis que la communauté religieuse a procédé à la vente en 2015.

«Peut-être que la vente aurait dû contenir des conditions, dit-elle. Le propriétaire a fait une demande de démolition, il a suivi la procédure et nous lui avons donné le permis pour le faire.»

Le conseil municipal de Cantley s’est penché, par le passé, sur la possibilité de faire l’acquisition du terrain, mais rien ne justifiait une telle transaction, note la mairesse. «On a même étudié la possibilité de déplacer l’église sur un terrain de la municipalité, mais ça aurait coûté 39 000 $, ajoute-t-elle. Je reconnais qu’il s’agissait d’un immeuble important pour l’histoire et le patrimoine de la municipalité, mais le conseil a fait le choix d’investir dans le parc de la Glaciation [un parc de conservation géologique].»