Une chienne en cavale depuis septembre retrouve sa propriétaire

Fraîchement retraitée de son boulot de chien de traîneaux, TNO avait visiblement soif d’aventure. La chienne, une alaskan de 11 ans, a pris la poudre d’escampette le 1er septembre dernier, à Shipshaw. En cavale durant plus de quatre mois, TNO est finalement rentrée au bercail il y a deux semaines, lors des grands froids. Récit d’une aventure rocambolesque, qui a uni d’amitié quatre femmes, qui ont tout fait pour retrouver la belle alaskan.

Le 1er septembre dernier, Maryse Cloutier-Gélinas s’est rendue chez une amie, à Shipshaw, avec ses deux chiennes, TNO (pour Territoires du Nord-Ouest) et Alaska, deux soeurs retraitées des Alaskan du Nord. Maryse Cloutier-Gélinas a accueilli les deux chiennes au printemps dernier, afin de leur offrir une retraite paisible.

Alors que les deux chiennes s’amusaient à l’extérieur, elles ont été effrayées par le bruit des tracteurs. «Elles ont pris la poudre d’escampette en se sauvant dans les bois, mais je n’étais pas trop inquiète, puisque ce sont des chiens qui partent parfois à l’aventure, mais qui finissent toujours par revenir. Nous les avons attendues toute la journée, mais à la tombée de la nuit, j’ai dû rentrer à la maison pour m’occuper de mes enfants», raconte Maryse Cloutier-Gélinas, lorsque rencontrée chez elle, à Chicoutimi.

Il faut préciser que les alaskan sont des chiens habitués de vivre à l’extérieur. «Ce sont des chiens très résistants au froid et aux intempéries. Mais étant donné que j’étais chez une amie à Shipshaw, elles n’ont pas été capables de revenir sur leurs pas. Et il a plu durant trois jours, éliminant ainsi les traces et les odeurs», explique la maîtresse de TNO.

Une semaine plus tard, les deux chiennes avaient été aperçues à Shipshaw, à Saint-Honoré et à Jonquière. Des photos étaient publiées sur les médias sociaux et, déjà, plusieurs personnes tentaient de les capturer.

«Nous les avons cherchées dans les champs à Saint-Honoré, mais c’était vraiment comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Un jour, je me suis rendue à Shipshaw, où les filles avaient été vues. On était dans le coin du pont d’aluminium lorsqu’on a entendu le cri d’un chien qui se fait frapper. C’était TNO. Heureusement, un homme a réussi à attraper Alaska et me l’a ramenée. Mais TNO avait repris la fuite, effrayée», raconte celle qui était enceinte lors de la cavale de ses deux chiens.

«Alaska a dû être traitée pour une infection, mais elle était tout de même en bonne santé», ajoute-t-elle.

Si Alaska était rentrée à la maison, l’aventure de TNO était loin d’être terminée.

Un jour, un peu plus tard à l’automne, la maîtresse a bien cru retrouver sa chienne. «On m’avait alertée parce que TNO avait été vue dans les sentiers du Saguenay. J’y suis allée immédiatement. Lorsque je l’ai vue, elle s’est approchée de moi, joyeuse», se remémore Maryse Cloutier-Gélinas. Au même moment, deux hommes en VTT sont arrivés. «TNO a figé, alors j’ai fait de grands signes aux deux hommes pour qu’ils s’arrêtent. Mais ils n’ont pas arrêté le moteur et je crois qu’ils ont pensé que je leur disais que j’avais peur. Ils ont vu une femme enceinte, qui pointait un chien, alors ils ont voulu me venir en aide. Ils ont avancé rapidement vers TNO avec leur quatre-roues. Évidemment, ma chienne s’est sauvée. Je pleurais tellement!», lance la mère de famille.

Une histoire d’amitié

Au fil de cette aventure, trois autres femmes se sont unies à Maryse pour retracer TNO. Des femmes qui ne se connaissaient pas vraiment avant.

Maryse Cloutier-Gélinas et son garçon Tristan sont vraiment heureux d’avoir retrouvé TNO, qui est rentrée au bercail après une cavale de quatre mois et demi. Elle a ainsi rejoint sa soeur Alaska (en avant-plan).

Interpellées de diverses façons, Ysabelle Émond-Langlois, Sarah Boudreault et Noëlla ont voulu lui venir en aide, car bien qu’elle souhaitait ardemment retrouver son chien, Maryse se préparait tout de même à donner naissance.

Les femmes ont cherché TNO jour et nuit, elles ont surveillé les médias sociaux et se déplaçaient à la minute où elles recevaient un signalement. «Je n’en reviens pas encore à quel point la communauté de Jonquière s’est mobilisée pour retrouver TNO. Les gens publiaient des photos sur Facebook dès qu’ils l’apercevaient. D’autres mettaient des cages pour l’attraper ou la cherchaient avec des lampes de poche le soir. Mais pister un chien n’est pas facile et TNO était très craintive. Elle ne s’approchait pas trop», raconte la maîtresse.

Sarah Boudreault ne connaissait pas Maryse à ce moment, mais c’est chez elle que TNO a en quelque sorte élu domicile. La chienne s’y déplaçait pour se nourrir dans les poubelles. «Je me demandais bien qui fouillait dans les poubelles depuis des semaines lorsque je suis tombée nez à nez avec elle!», raconte Sarah Boudreault, qui a commencé à la nourrir quotidiennement. Elle lui a installé une niche, elle a essayé de l’apprivoiser, tranquillement. «Elle est venue chez moi durant un mois! À la fin, nous avions tissé des liens, elle venait manger dans ma main, mais dès qu’on essayait de la toucher, elle prenait la fuite», raconte-t-elle.

Chez Burger King et à l’école

Faits cocasses, TNO a souvent été aperçue dans le secteur du Burger King et du McDonald’s, à Jonquière, où elle se nourrissait dans les poubelles. Elle a aussi été photographiée en train de jouer avec des enfants, dans une cour d’école de Jonquière.

C’est finalement à la mi-janvier que TNO a été attrapée, après des mois de cavale et d’aventures. Après des semaines de tentatives, Sarah Boudreault a réussi à l’attirer à l’intérieur de sa résidence. «Son chum s’est caché derrière la porte (TNO est plus craintive face aux hommes). Il a tenté de l’attraper, mais ça n’a pas fonctionné. Mais Sarah l’a agrippée et c’était enfin terminé!», raconte Maryse.

TNO a été conduite chez les Alaskan du Nord, où elle a été soignée pour une petite infection et pour des engelures aux pattes. Avec un petit bébé de quelques jours à peine, Maryse ne pouvait pas la soigner comme elle l’aurait voulu.

Mais TNO est de retour au bercail depuis une semaine, où elle se repose avec sa soeur Alaska. Elle se porte bien, mais elle reste tout de même un peu craintive. «Nous allons lui donner du temps, elle a vécu toute une aventure», a dit sa maîtresse, estimant que sa TNO a dû parcourir un moins 1000 kilomètres durant cette aventure.

Nous aurions bien aimé avoir les commentaires de TNO, mais elle a préféré rester bien tranquille durant l’entrevue, couchée au chaud sur une couverture.

+

GÉRER LES CRITIQUES SUR LES MÉDIAS SOCIAUX

Ysabelle Émond-Langlois a joué le rôle de sentinelle des médias sociaux. Et bien qu’elle n’ait pas de voiture, elle arpentait les rues de Jonquière à pied, jusqu’à se provoquer une engelure à un orteil. Mais pour la dame, toute cette aventure en valait le coup, bien qu’il a fallu gérer plusieurs commentaires et critiques via les réseaux sociaux. 

Ysabelle Émond-Langlois a commencé à suivre la cavale de TNO via Facebook et a immédiatement voulu donner un coup de main. 

La dame était responsable des informations reçues via les médias sociaux. Des informations, mais aussi des commentaires parfois irrespectueux. «Certains ne comprenaient pas nécessairement pourquoi TNO était toujours en cavale. Ils pensaient qu’elle avait été abandonnée! Qu’on ne faisait pas ce qu’il fallait. Mais ce n’était pas du tout ça, on s’est relayées jour et nuit, on a tout fait pour la retrouver. Mais ce n’était pas facile avec TNO, car elle était très rapide», raconte celle qui a toujours été une amoureuse des animaux et qui a rapidement été interpellée par l’histoire de l’alaskan en fuite.

«Je suis vraiment fière de ce que nous avons fait! Ç’a été long et difficile, mais on s’est liées d’une belle amitié et cette histoire s’est très bien terminée. On est toutes super contentes!», a affirmé Ysabelle Émond-Langlois. 

+

UN PROJET DE LIVRE POUR ENFANT

L’aventure de TNO pourrait bien inspirer l’écriture d’un livre pour enfants. En effet, Maryse Cloutier-Gélinas et une amie psychologue estiment que cette histoire pourrait être intéressante pour les jeunes. 

«C’est mon amie Julie Bouchard qui a eu cette idée. Elle a dit que ce qui était beau, c’est que TNO a transporté des gens toute sa vie (en traîneaux) et durant sa cavale, sans le vouloir, elle a lié les gens qui l’a cherchaient et une histoire d’amitié est née», a expliqué Maryse. 

D’ailleurs, c’est ce qui ressort lorsqu’on discute avec Noëlla, Sarah, Maryse et Ysabelle. Toutes parlent de cette grande amitié qui est née grâce à TNO. 

«Elle ne le sait pas, mais TNO a réuni bien des gens!», a affirmé Sarah Boudreault.