L’Association des locataires de Sherbrooke voit passer de cinq à huit propositions d’échange de loyer contre des faveurs sexuelles chaque année.

Une chambre contre du sexe

Une publication sur un site de petites annonces a fait réagir sur les réseaux sociaux, alors que le propriétaire d’une maison proposait de louer une chambre contre 150 $... et du sexe.

« J’offre une chambre dans ma maison pour jeune fille ou étudiante pour seulement 150 $ par mois tout inclus, en échange de sexe. Accès à toute la maison, non-fumeur, j’ai un chien et deux chats. Je suis un homme de 38 ans (...) » a écrit un certain Carl dans son annonce parue récemment sur Facebook.

Selon des commentaires qui ont suivi sur le groupe Spotted Sherbrooke, une plainte a été faite auprès du Service de police de Sherbrooke. Le SPS a confirmé cette information, ajoutant que plusieurs facteurs doivent être étudiés. Selon eux, il pourrait s’agir d’une très mauvaise blague.

Les enquêteurs du SPS n’ont pas pu poursuivre leur enquête, car l’annonce a été retirée du site. Les policiers n’avaient pas d’informations personnelles de l’annonceur en leur possession.

Marie-Michèle Whitlock, porte-parole du CALACS

Pas une première

L’échange d’un loyer pour des relations sexuelles n’est pas une chose rare, déplore l’intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS Estrie), Marie-Michèle Whitlock. « C’est une réalité qui existe à Sherbrooke sous différentes formes. Ça peut être une suggestion moyennant une baisse de loyer ou directement dans une annonce. C’est ce que nous dénonçons. Cette exploitation sexuelle existe et ce sont principalement les femmes moins bien nanties qui sont visées », explique-t-elle.

Il est difficile de quantifier le nombre d’offres de la sorte. « Je ne connais pas les chiffres, mais c’est un phénomène qui n’est pas si anodin, surtout dans le milieu défavorisé, indique Mme Whitlock. C’est des choses que l’on entend dans différents milieux. Au CALACS nous voyons les conséquences. »

« Avant, on en entendait moins parler, peut-être parce qu’il y avait moins de regroupements de femmes qui avaient eu accès à ces témoignages. Depuis les dernières années, de plus en plus de femmes témoignent, donc les autres disent “ moi aussi ” », affirme-t-elle.

De plus en plus de femmes dénoncent ce genre de propositions. « L’an dernier, le regroupement Femmes itinérantes a fait une exposition sur la violence sexuelle en logement, entre autres de la part des propriétaires, mais est aussi parfois effectué par les concierges ou par le voisinage », rappelle Mme Whitlock.

Normand Couture, coordonnateur à l’Association des locataires de Sherbrooke

L’Association des locataires de l’Estrie a aussi conscience qu’il s’agit d’une problématique. Selon le coordonnateur, Normand Couture, l’Association voit passer de cinq à huit cas de la sorte par année. Par contre, M. Couture pense qu’il y en a encore plus. « Des situations comme celle-ci, il y en a. Habituellement, ce n’est pas annoncé sur Internet. Des propositions de services sexuels pour payer le logement, ce n’est pas récent. Pour moi, c’est condamnable », pense-t-il.

« Ce sont souvent des femmes monoparentales qui ont de la misère à joindre les deux bouts qui se font offrir ça, poursuit-il. Ce n’est pas par plaisir qu’elles acceptent. C’est un moyen de faire manger leurs enfants. »

À la connaissance de M. Couture, peu de plaintes se sont rendues entre les mains des policiers. « Des gens sont déjà venus à nos bureaux pour nous parler de ça. On a sorti la personne de là sans problème. Il n’y a pas eu de plainte judiciaire portée à notre attention », affirme-t-il.

« Peut-être qu’avec le #MeToo, les femmes vont dénoncer plus, espère-t-il. Souvent, elles ont honte d’avoir fait ça pour payer leur logement. Elles se sentent coupables, mais ce sont clairement des victimes. »

Légal ou pas ?

Selon l’avocate criminaliste Me Caroline Monette, l’homme qui a proposé d’échanger une chambre de sa maison contre du sexe et 150 $ pourrait avoir des problèmes, s’il était poursuivi.

« On n’a pas le droit d’acheter des services sexuels. De la façon qu’on l’écrit, il y a clairement un avantage. On peut comprendre qu’il donne un rabais de loyer contre des services sexuels. On essayerait de l’assimiler à un achat de service sexuel, on tenterait de faire cette preuve-là », explique Me Monette.

De son côté, si une femme venait qu’à répondre à la petite annonce, rien ne pourrait lui être reproché. « La personne qui répondrait à l’annonce serait correcte. On ne poursuit pas les prostituées. On poursuit les proxénètes et les clients », précise Me Monette.

Quelle sentence l’annonceur pourrait-il avoir? « La loi prévoit une sentence allant d’une amende à une peine d’emprisonnement. »

« Ce serait un beau débat à faire, poursuit-elle. Je n’ai pas connaissance de jugements rendus à ce propos, mais il pourrait avoir des problèmes », résume Me Monette.