L'Outaouais écope en santé et en éducation selon une étude de l'IRIS.

Un sous-financement « évident » pour l’Outaouais

Une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), obtenue en primeur mardi par Le Droit, conclut données à l’appui que l’Outaouais souffre d’un sous-financement récurrent à la fois en santé et en éducation postsecondaire par rapport à d’autres régions comparables de la province.

Intitulé « Effets du retard de financement public sur les système de santé et d’éducation postsecondaire en Outaouais : retombées économiques d’un rattrapage », le document de 16 pages dresse un portrait exhaustif de la situation régionale et met celle-ci en parallèle avec des régions telles que le Bas-Saint-Laurent, la Mauricie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans tous les cas sans exception, le portrait est plus rose qu’en Outaouais.

« Il est assez évident qu’il y a un sous-financement ou du moins qu’il y a un gros rattrapage à faire avec d’autres régions, autant en santé que pour l’éducation postsecondire, incluant aussi les études professionnelles. Pour nous, c’est difficile de dire si c’est l’œuf ou la poule, mais à mon sens il y a surtout un manque d’infrastructures. Ça crée manifestement de la pression sur les soins de première ligne, de là le fait que les gens vont plus à l’urgence pour des cas de moindre importance, par exemple. Il faudrait rénover les hôpitaux, voire construire de nouvelles infrastructures. [...] En éducation, on vit un peu la même situation, il y a moins de programmes et d’infrastructures. Il y a là aussi clairement un manque d’accessibilité aux services », note le chercheur et auteur de l’étude, Bertrand Schepper. 

Ce déficit, que ce dernier juge illogique, est « en partie compensé par l’Ontario mais pas complètement, ce qui n’aide pas l’économie de la région », dit-il. Il ajoute que cette iniquité était une perception générale qui n’avait jusqu’ici jamais été autant chiffrée. 

Par exemple, même si sa population est deux fois plus importante, l’Outaouais (393 000 habitants) reçoit 35 % moins de financement par habitant que le Bas-Saint-Laurent (199 000) pour l’ensemble des programmes en santé, lesquels incluent les sommes accordées aux organismes communautaires. Le gouvernement du Québec octroie 1938 $ par personne dans la région, tandis que la moyenne provinciale se chiffre à 2569 $. 

L’aide à la dépendance, les dépenses en santé publique et le soutien à la dépendance physique sont les seuls aspects où les fonds octroyés à l’Outaouais avoisinent la moyenne, mais malgré tout, les régions comparables reçoivent une plus grande part du gâteau.  

Autre statistique frappante : en 2016, on comptait 1,5 lit dressé de courte durée par 1000 habitants dans la région, alors qu’on parle respectivement de 2,2 et 2,3 pour le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Selon l’IRIS, pour rejoindre la moyenne québécoise, il faudrait dresser 185 lits de courte durée additionnels dans la région, « soit l’équivalent d’un petit hôpital ». 

Côté éducation, l’écart entre l’Outaouais et les endroits comparables est significatif alors que la région aurait besoin, pour égaler la moyenne des régions comparables, de 2366 étudiants de plus aux études professionnelles, 2221 étudiants de plus au collégial et 7400 étudiants de plus au niveau universitaire. 

À moins de deux mois du scrutin provincial, M. Schepper ne nie pas que ces données pourraient être utilisées durant la campagne. 

« Ce sont des chiffres et des constats que tous les candidats, tous partis confondus, devront tenir compte », juge-t-il, ne s’immisçant cependant pas sur l’aspect politique. 

Retombées économique possibles

L’IRIS en arrive à la conclusion que si l’Outaouais bénéficiait de sommes équivalentes à d’autres régions intermédiaires, les retombées économiques directes et indirectes frôleraient les 250 millions $. Le rapatriement vers le côté québécois de la rivière des Outaouais des soins reçus en Ontario se traduirait par une valeur ajoutée de 102 M$ au Québec, en plus de la création de 1650 emplois directs, indirects et induits. Avec cet argent dépensé hors de son territoire, Québec se prive aussi de 30 M$ en revenus d’impôt et de taxes ainsi que de parafiscalité. 

En éducation, l’organisme estime que l’État québécois devrait injecter un montant récurrent de 141 M$ dans la région pour être en mesure de soutenir un nombre d’étudiants comparable à la Mauricie et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, par exemple. En contrepartie, ces dépenses généreraient une valeur ajoutée chiffrée à 227 M$ par an, sans compter 52 M$ en taxes et parafiscalité. Au total, cela se traduirait par la création de 2153 emplois.

« C’est quand même non négligeable », soutient Bertrand Schepper.