Des centaines de personnes ont « occupé » le parc Sainte-Bernadette, dans le Vieux-Hull, pour la tenue de la 15e édition de la Nuit des sans-abri.

Un soir sur la corde à linge

Des centaines de citoyens, intervenants et itinérants ont passé ensemble la longue soirée de vendredi au parc Sainte-Bernadette à Hull, dans le cadre de la 15e Nuit des sans-abri de Gatineau.

Plus d’une quarantaine d’autres villes du Québec organisaient des événements extérieurs semblables, idée de sensibiliser la population à l’itinérance, un terme trop souvent considéré dans son sens le plus étroit.

L’itinérance « c’est très difficile à comptabiliser, étant donné que l’itinérance, ça peut être cyclique, ça peut être chronique, ça peut être invisible. Parfois, les gens ne savent même pas que leur situation se qualifie d’itinérance, si on parle par exemple de quelqu’un qui vient de se séparer et qui fait du couchsurfing chez des amis », explique Janick Allyson, coordonnatrice au Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO).  

Même si l’on utilise le vocable « nuit », les règlements municipaux à Gatineau interdisent aux organisateurs et à leurs convives d’y passer littéralement la nuit. Quoi qu’il en soit, des kiosques et tentes éphémères y avaient été érigés pour servir des repas gratuits, donner ou prendre des vêtements chauds pour l’hiver ou recevoir des conseils santé quand son budget est famélique.

Des statistiques embarrassantes

Selon le CRIO, en 2016, 937 personnes ont séjourné dans une ressource d’hébergement d’urgence en Outaouais et plus de 138 000 repas ont été servis par sept organismes d’aide alimentaire de la région.

En 2014, 10 % de la population âgée de 25 à 54 ans avait vécu des situations d’itinérance cachée, comme se faire héberger, dormir dans sa voiture ou n’avoir nulle part où aller pour dormir...

L’itinérance ne se résume donc pas qu’au cliché du clochard ivre sur un banc de parc, elle embrasse toute une gamme de drames humains aussi imprévisibles qu’angoissants : mères seules en chômage, étudiants sans le sou, personnes malades sans ressources, toxicomanes ayant tout perdu... 

En 2014, près de 1500 personnes en Outaouais avaient séjourné dans des centres d’hébergement à moyen terme.

Une corde à linge qui en avait long à dire

En fin d’après-midi, vendredi, une marche avait été organisée, du stationnement du CLSC de Hull jusqu’au parc Sainte-Bernadette où avait ensuite lieu toutes les activités, le souper et un spectacle amateur. 

À travers le parc, une longue corde à linge avait été installée pour venir y « faire sécher ses préjugés », invertissait un message écrit. Sur la corde, on avait suspendu des petits vêtements de papier sur lesquels étaient inscrits des insultes et préjugés destinés aux itinérants : « Capable de quêter, capable de travailler », « Ils méritent d’être là », « Ils n’ont jamais voulu s’aider », « Paresseux », « Dopés », « Malades mentaux »... 

Bref, tout le lot de petites haines qu’essuient trop souvent ceux dont les destins ne sont pas si éloignés des nôtres.