Rudi Asseer, président de la carrière Morrison, a de grands projets pour le site de 400 acres.

Un rêve de 200 millions $

Le président de la carrière Morrison caresse de très grandes ambitions pour le développement d’un vaste terrain de 400 acres chevauchant les municipalités de Chelsea et La Pêche. Un projet de 200 millions $, qui se voudrait une destination quatre saisons, qu’il décrit comme le « Mont-Tremblant » de l’Outaouais.

Ayant acquis le site il y a 14 ans, l’homme d’affaires Rudi Asseer, qui a est aussi président d’IMI Material Handling Logistics, croit que le moment est venu d’envisager un investissement majeur afin d’en faire un endroit unique où il ferait bon de vivre, travailler et séjourner. La carrière, rappelle-t-il, s’avère déjà l’un des meilleurs sites récréatifs d’un océan à l’autre, offrant le plus haut saut à l’élastique du Canada et de la plongée sous-marine. 

« On a acheté ce terrain avec l’idée de le développer un jour, une façon de le redonner à la communauté. Au fil des ans, on a été approché par plein de gens, que ce soit pour y construire un parc aquatique ou y installer des montagnes russes, par exemple. Or, notre climat est très saisonnier. On s’est toujours demandé comment créer une attraction à laquelle le public et les touristes pourraient avoir accès toute l’année durant », commente-t-il, précisant que la phase de production de pierres et de gravier sur ce terrain achève. 

M. Asseer, qui a des contacts avec des clients de partout en Amérique du Nord, avoue en être encore à l’étape du rêve, mais il envisage un développement mixte, à la fois résidentiel, commercial et touristique. 

« Il pourrait y avoir des condos, un centre de conférences, des hôtels, des commerces, des restaurants, en plus de la possibilité de se divertir avec des activités. Je crois qu’il y a définitivement de la place pour un complexe récréotouristique. Il y a une demande pour une destination locale comme celle-là, car en ce moment le problème est que tout le monde vient faire du ski, par exemple, puis retourne chez eux. Il n’y a pas d’hôtels ou encore d’attractions qui permettent de profiter de la soirée. Il faut quelque chose où on retrouve tout au même endroit, un peu comme Tremblant », de dire l’entrepreneur. 

L’une des pierres angulaires du projet étant une liaison de la zone urbaine d’Ottawa-Gatineau vers le terrain situé 30 kilomètres plus au nord, M. Asseer a plus tôt cet automne échangé des lettres d’intention avec le consortium Mobilité Outaouais-Ottawa : Systèmes et entreprises (MOOSE). Ce groupe est connu pour être derrière un projet de réseau ferroviaire de passagers à échelle métropolitaine de 400 kilomètres qui relierait Bristol à Alexandria, La Pêche à Smith Falls ainsi que Anrprior à Montebello. 

En fait, le site situé entre la route 105 et la rivière Gatineau servirait de terminus nord pour le réseau de MOOSE. La gare de train annexée au projet pourrait comprendre un stationnement incitatif et un garage réservé à l’entretien des trains. 

« C’est un partenariat logique en raison du développement économique que ça créerait dans la région. J’ai d’ailleurs toujours été surpris que le transport par train ne soit pas davantage développé dans un pays comme le nôtre », lance-t-il. 

Au sujet du projet de MOOSE, le directeur général Joseph Potvin soutient que « des discussions sont toujours en cours avec des investisseurs internationaux » et que le consortium attend une étude de faisabilité dont les résultats devraient être publiés en mai 2018. Il y a présentement des pourparlers compagnies ferroviaires d’ailleurs sur le globe, prétend-il, refusant cependant de les nommer pour ne pas nuire au processus.

Dans un monde idéal, le président de la carrière Morrison dit espérer que les pelles mécaniques s’activent pour la première fois d’ici 2019 pour entamer des travaux sur le terrain de cette ancienne carrière de magnésium. 

Par la suite, l’imposant projet pourrait être réalisé par étapes afin qu’il soit complété dans un horizon de 10 à 15 ans, affirme M. Asseer.

SCEPTICISME ET QUESTIONNEMENT À CHELSEA

La mairesse sortante de Chelsea, Caryl Green, ne cache pas son scepticisme face au projet d’envergure dans les cartons pour la carrière Morrison. 

«Il y a plusieurs enjeux à considérer. D’abord, s’il y a du développement résidentiel, ça nécessite que le gouvernement nous autorise un nouveau périmètre d’urbanisation, pour les infrastructures d’eau potable et d’eaux usées. Pour le village de Farm Point, par exemple, Québec a refusé notre demande. D’autre part, il y a toute la question de la voie ferrée. De notre côté, on a déjà approuvé le démantèlement des rails pour y aménager un sentier communautaire», affirme-t-elle. 

Mme Green ajoute que le projet train de passagers caressé par MOOSE n’est de toute façon pas propice dans le corridor existant. «Il ne peut pas y avoir un train qui circule à haute vitesse à cet endroit, il y a beaucoup de maisons en bordure de la voie ferrée et ce serait trop dangereux pour les résidents. Par contre, y a-t-il d’autres possibilités ? Peut-être, mais je n’en ai pas entendu parler de leur part. Certains ont parlé d’un corridor longeant l’autoroute 5», dit-elle. 

L’élue avoue aussi se questionner sur le potentiel d’un tel projet au moment où, à quelques kilomètres de là, des développements sont sur la planche à dessin pour la station Mont-Cascades, à Cantley. 

Le bruit, la luminosité et la protection de l’environnement, en particulier de la rivière, sont parmi les facteurs souvent évoqués pour s’opposer à de tels projets, rappelle-t-elle. Le maire de La Pêche, Robert Bussière, n’a pas retourné les appels du Droit.