Deux tentes abritent le tout premier centre de prévention des surdoses à Gatineau, derrière les locaux du Gîte-Ami, dans le secteur Hull.
Deux tentes abritent le tout premier centre de prévention des surdoses à Gatineau, derrière les locaux du Gîte-Ami, dans le secteur Hull.

Un premier site temporaire de prévention des surdoses à Gatineau

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
En réponse à une hausse marquée de décès liés à la surconsommation de drogues, un premier site temporaire de prévention des surdoses a ouvert lundi à Gatineau.

Le centre est situé dans deux tentes plantées derrière le centre d’hébergement temporaire du Gîte Ami, dans le secteur Hull. Il est géré par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et opéré par le Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), avec le soutien du Bureau régional d'action sida (BRAS) Outaouais. 

Cette nouvelle ressource veut aider à résoudre une situation « préoccupante ». Déjà en augmentation dans les dernières années, le nombre de décès potentiellement causés par des surdoses a connu une hausse plus prononcée pendant la pandémie. Selon des chiffres du CISSSO, en 2019, 30 personnes seraient mortes de cette façon. Cette année, pour mai et en juin seulement, le CSSSO rapporte 12 nouveaux cas.  

« Dans le contexte particulier de la pandémie, le besoin de ce type de service-là s’est clairement manifesté », a expliqué Camille Paquette, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive au CISSSO. Le centre sera en opération jusqu’au 30 septembre. Dans le cas particulier des sites de supervision temporaires, « Santé Canada octroie des permissions d’opérer à coups de six mois, ajoute la docteure. Ce peut être renouvelable, si le besoin d’en avoir un persiste. » 

Le centre temporaire sera accessible aux usagers chaque jour, entre 18h et 22h. Des intervenants du milieu communautaire seront sur place – avec le soutien d’infirmiers sur appel  – afin de superviser la consommation par injection et par voies nasale et orale. Tout usager devra se faire évaluer par un intervenant, signer un code de vie, prendre du matériel propre, et sera surveillé pendant une trentaine de minutes avant de sortir. En cas d’urgence, le 9-1-1 sera contacté systématiquement. Le site offrira également de l’information, de la sensibilisation, des références vers des services connexes ainsi que l’analyse des substances.


« Dans le contexte particulier de la pandémie, le besoin de ce type de service-là s’est clairement manifesté. »
Dre Camille Paquette, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive au CISSSO

Les bienfaits des centres de consommation supervisée sont multiples, a souligné la Dre Paquette. À Vancouver, le site Insite, en opération depuis 17 ans, a fait chuter les surdoses mortelles de 35%. Outre la diminution des décès, ces sites servent également de connexion additionnelle entre le monde communautaire et ses usagers, et contribuent à faire baisser la consommation en public ainsi que la quantité de matériel à la traîne. La mise sur pied du centre « s’inscrit dans l’ensemble des services en réduction de méfaits, a détaillé la Dre Paquette. Cela va aider les gens à minimiser les risques et conséquences de leur consommation. » 

Les tentes seront plantées près de l’aréna Robert-Guertin, où un centre d’hébergement temporaire sert actuellement d’abri à jusqu’à une soixantaine d’itinérants. Ce centre ferma le 21 août. Vendredi, le CISSSO a confirmé que l’édifice situé au 55 rue Marengère, dans le secteur Pointe-Gatineau, faisait partie « des options regardées attentivement » en guise de remplacement. 

« C’est sûr que si le refuge de l’aréna déménage, on va étudier plusieurs scénarios, a détaillé la Dre Paquette. On a déjà amorcé une réflexion en ce sens. On se réorganisera selon les besoins. »