La construction de la route Maniwaki-Témiscamingue pourrait forcer le déménagement du pont couvert de l’Aigle.
La construction de la route Maniwaki-Témiscamingue pourrait forcer le déménagement du pont couvert de l’Aigle.

Un pont couvert presque centenaire en danger

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le pont couvert de l’Aigle qui enjambe la rivière Désert dans la Vallée-de-la-Gatineau unit les municipalités de Egan-Sud et Montcerf-Lytton depuis maintenant près d’un siècle. Le tracé de la future route Maniwaki-Témiscamingue pourrait forcer la MRC à le retirer de son site d’origine pour le déménager dans un parc et le «mettre en valeur». Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO), Michel Prévost, s’insurge. «Ça ne se fait pas», dit-il.

Le petit pont couvert de type «Town» a été construit en 1925. Il est l’un des huit derniers ponts couverts de la région à avoir survécu à l’urbanisation, aux incendies et au temps. Il en reste moins de 90 au Québec. La province en comptait jadis plus de 1000. «On ne bouge pas un pont couvert, insiste M. Prévost. D’un point de vue patrimonial c’est inacceptable de vouloir amener le pont de l’Aigle dans un parc. Ça ruine complètement la nature de la construction. Ce n’est pas une façon de valoriser le patrimoine. Ça ne se fait pas. Les ponts couverts font partie de notre patrimoine, ils embellissent les paysages depuis la fin du XIXe siècle. Ce sont des témoins d’une époque où on protégeait les tabliers des ponts en les couvrant.»

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La préfète de la MRC Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche s’explique mal la levée de bouclier de la SHO. Plusieurs municipalités au Québec ont fait la même chose, dit-elle. «Il faut aussi dire que le pont a failli partir avec le courant lors des inondations de 2019, ajoute la préfète. La sécurité civile était convaincue qu’on allait le perdre. On a eu peur.»

Même si elle ne doit pas être écartée, l’option de déménager le pont de l’Aigle n’est cependant pas celle privilégiée par la MRC. «Ce n’est pas décidé encore, précise Mme Lamarche. On négocie avec quelques propriétaires terriens. Si ça fonctionne, ça permettrait de faire passer la route Maniwaki-Témiscamingue un peu plus au nord, avec un nouveau pont. Le pont couvert pourrait demeurer là où il est.»

François Ledoux, directeur du Centre d’interprétation de l’historique de la protection de la forêt contre le feu, situé à Maniwaki, assure que personne n’est contre cette route dans la région. «Je peux cependant vous assurer que personne ne veut voir le pont de l’Aigle disparaître du paysage, lance-t-il. Les gens y sont très attachés, il fait partie de notre histoire.»