Les demandeurs d'asile au Canada continuent à affluer à la frontière.

Un nouveau lieu d'hébergement pour les demandeurs d'asile

Un nouveau lieu d'hébergement pour les demandeurs d'asile pouvant accueillir de 300 à 320 personnes vient d'ouvrir dans les locaux vacants de l'ancien hôpital Royal Victoria, et d'autres endroits d'accueil sont évalués, notamment en Montérégie et sur la couronne nord de Montréal.
Cet endroit d'accueil s'ajoute à l'édifice des Soeurs de la providence, dans le quartier Ahunstic-Cartierville, ainsi qu'au Stade olympique, où plus de 700 personnes sont accueillies, mais qui devra être libéré à la mi-septembre pour les activités courantes de l'établissement.
Jacques Leroux, sous-ministre adjoint au ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec, a affirmé que le gouvernement du Québec, «en lien quotidien avec des représentants du gouvernement fédéral et de la Ville de Montréal», s'assure que les services requis sont offerts aux demandeurs d'asile dans l'attente du traitement de leur dossier.
Francine Dupuis, présidente-directrice générale adjointe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal, a affirmé que les intervenants veulent s'assurer que les hébergements, «quoique temporaires, ne soient pas traumatisants».
Mme Dupuis a indiqué que 2620 personnes sont actuellement hébergées, et qu'il y a eu, mardi, 211 arrivées additionnelles de demandeurs d'asile et 174 «départs» - de gens qui sont hébergés par la famille, qui ont obtenu un logement permanent ou qui ne sollicitent plus d'aide pour d'autres raisons.
Cela confirme que la situation de l'arrivée irrégulière et massive à la frontière, depuis début juillet, de demandeurs d'asile, en grande partie d'origine haïtienne, est stable - ou «au même niveau» -, selon elle.
Environ 250 personnes arrivent chaque jour sur l'île de Montréal, en provenance du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, où elles sont demeurées durant deux à trois jours dans des conditions rudimentaires afin que leur dossier soit examiné par la Gendarmerie royale du Canada. On apprenait mercredi que les Forces armées canadiennes devaient établir un camp d'accueil dans le secteur.
«Dès que les gens arrivent (à Montréal), non seulement on leur trouve un lieu d'hébergement, mais on s'assure que ce lieu soit sécuritaire, qu'ils aient les repas dont ils ont besoin, que l'hygiène soit bonne. On essaie de regrouper les familles dans un même endroit», a expliqué Mme Dupuis.
Selon M. Leroux, le ministère de l'Immigration a augmenté son soutien à ses organismes partenaires afin d'accélérer l'accès des demandeurs à des logements permanents. Depuis le début juillet, environ 700 demandeurs ont trouvé un logement permanent grâce à ces partenaires, a-t-il indiqué.
Le gouvernement du Québec assure par ailleurs que les commissions scolaires seront prêtes à accueillir les nouveaux arrivants pour leur offrir une éducation en attendant le traitement de leur demande d'asile, bien qu'il n'y ait pas de sommes additionnelles prévues à cet effet.
M. Leroux, Mme Dupuis et d'autres représentants du gouvernement du Québec et d'organismes ont tenu un point de presse, mercredi matin, à Montréal, afin de faire une mise à jour opérationnelle concernant l'accueil des demandeurs d'asile qui traversent la frontière canadienne. Ils ont affirmé que tous les partenaires impliqués travaillent de concert, afin d'assurer l'accueil, l'hébergement et les soins de première nécessité aux demandeurs d'asile sur le territoire québécois.
Le Québec, une «passoire»?
Des permis de travail d'une durée déterminée pourraient par ailleurs être accordés à des demandeurs d'asile, comme l'appelait de ses voeux, mardi, la porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration, Carole Poirier.
Actuellement, ces personnes doivent attendre le traitement de leur demande d'asile par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada avant de pouvoir avoir accès à un permis de travail, un processus qui pourrait prendre quelques mois dans le contexte de l'arrivée massive de demandeurs à la frontière.
Mercredi, Louis Dumas, directeur général au ministère fédéral de l'Immigration, a indiqué que le gouvernement fédéral était en train d'évaluer différentes pistes de solution en partenariat avec le gouvernement du Québec afin de trouver des façons «un peu plus novatrices» de pouvoir donner des permis de travail aux demandeurs d'asile, «si possible avant la conclusion du traitement du dossier».
«On regarde beaucoup la façon avec laquelle on pourrait augmenter notre capacité de traitement. On est dans une période de pointe avec des inventaires importants», a dit M. Dumas en entrevue.
Le chef de la CAQ, François Legault, a publié un message plus hostile à l'accueil de demandeurs d'asile sur sa page Facebook.
La porte-parole péquiste a fait valoir que les demandeurs d'asile étaient tout à fait capables de se trouver un travail, et qu'avec un chèque de dernier recours d'environ 600 $ par adulte, il n'était pas possible «pour une famille de trois enfants de subvenir à ses besoins».
Le message envoyé mercredi par le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, était bien différent.
Dans un texte publié sur sa page Facebook, M. Legault a dit avoir l'«impression que la frontière du Québec est devenue une véritable passoire».
Selon le chef de la CAQ, les libéraux lancent un «très mauvais signal aux migrants illégaux en ouvrant grands les bras, comme si le Québec pouvait accueillir «toute la misère du monde», pour paraphraser l'ancien premier ministre français Michel Rocard».
«Pour tous les migrants potentiels, ce discours libéral officiel équivaut à une invitation à se ruer vers la frontière québécoise sans passer par les douanes. Ceci se déroule dans un contexte où le Québec accueille déjà beaucoup plus d'immigrants que sa capacité d'intégration ne le permet», a affirmé M. Legault.
Legault alimente la peur, selon Couillard
Philippe Couillard
Le gouvernement Couillard accuse son adversaire caquiste François Legault d'»alimenter la peur» et de manquer de hauteur à propos de l'afflux au Québec de demandeurs d'asile haïtiens en provenance des États-Unis.
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait dit mercredi que le Québec «ne doit pas devenir une passoire» et que «les libéraux lancent un très mauvais signal aux migrants illégaux en ouvrant grands les bras».
Le cabinet du premier ministre Philippe Couillard n'a pas mis de temps à répliquer. Jeudi matin, il a transmis une déclaration où il reproche à François Legault de faire preuve d'»un manque flagrant de leadership».
«Monsieur Legault se trompe en cherchant à attiser les inquiétudes que peuvent ressentir les Québécois», affirme un courriel transmis par le responsable des relations médias au cabinet du premier ministre, Charles Robert.
«Il est important de rassurer la population, poursuit-on. Les Québécois s'attendent de leurs leaders politiques qu'ils évitent d'alimenter la peur d'une partie de la population avec des discours alarmistes. Monsieur Legault échoue une fois de plus à ce test en ne proposant absolument rien de concret pour améliorer la situation.»
Enfin, les libéraux accusent le chef de la CAQ d'avoir «encore une fois manqué une occasion de s'élever à la hauteur requise pour traiter d'un enjeu humanitaire de premier plan».
Le gouvernement Couillard soutient que le Québec est une société mature et disposant des ressources nécessaires pour faire face à cette situation dans l'ordre et la dignité.
Il a aussi pris la défense du gouvernement fédéral en faisant valoir qu'il contrôle la frontière québécoise et que les demandeurs d'asile qui la traversent de façon irrégulière sont interceptés par les forces policières et pris en charge afin qu'ils puissent formaliser leur demande d'asile.
«Aucun compromis n'est fait sur la sécurité», a-t-on assuré.
Dans un message publié dans sa page Facebook mercredi, M. Legault avait soutenu qu'il y avait «quelque chose de totalement irresponsable dans le discours politique officiel depuis quelques jours. Les libéraux lancent un très mauvais signal aux migrants illégaux en ouvrant grands les bras, comme si le Québec pouvait accueillir toute la misère du monde».
Selon lui, ce discours libéral équivaut à «une invitation à se ruer vers la frontière québécoise sans passer par les douanes».
Or, à son avis, le Québec accueille déjà beaucoup plus d'immigrants que sa capacité d'intégration ne le permet. Les réfugiés qui suivent les procédures établies sont «frustrés» par les Haïtiens qui traversent la frontière sans respecter les règles, tandis que «la générosité et la solidarité des Québécois envers les réfugiés sont ébranlées». Si les responsables politiques ne changent pas d'attitude, «on peut s'attendre à un ressac», a-t-il conclu.
Il faut envoyer un «signal fort» à ceux qui veulent franchir la frontière par des moyens illégaux, selon lequel ils seront refoulés par les autorités.
Patrice Bergeron, La Presse canadienne