Un masque mortuaire aux traits de Marie de l’Incarnation? [VIDÉO]

Un professeur de l’Université Laval entreprend une enquête «médico-légale» dans l’espoir d’identifier le personnage historique derrière un vieux masque mortuaire retrouvé dans une valise en loup marin au grenier des Ursulines du Vieux-Québec… Et si c’était la fondatrice de la première école pour filles de la Nouvelle-France, Marie de l’Incarnation, décédée en 1672.

Devant l’objet précieux, lundi, nous discutions avec sœur Lise Munro, la responsable du Centre Marie-de-l’Incarnation de la rue du Parloir. Fébrile ? En fait, pas tant que ça! La religieuse voudrait bien croire la rumeur qui court dans la congrégation, voir dans le masque de sable et de chaux les traits de la sainte. Elle doute cependant qu’une relique irremplaçable ait été remisée sommairement alors que les livres, les écrits, même le chapelet de la sainte sont en lieu sûr.

S’il advenait que les scientifiques authentifient la pièce, que ce soit effectivement le visage de Marie Guyart, dit Marie de l’Incarnation, ce serait cependant jour de fête : «Ça va faire notre grande joie… Mais on attend les résultats.»

Le scepticisme ne freine pas Philippe Roy-Lysencourt, titulaire de la chaire Marie-de-l’Incarnation de l’Université Laval. Il visitera une clinique médicale cette semaine, le masque sous le bras, pour lui faire subir un «scanneur surfacique». Le faciès moulé sera numérisé puis reproduit en trois dimensions.

Ensuite, un micro fragment sera prélevé pour confirmer la composition du masque et le dater. Puis Philippe Roy-Lysencourt et sa précieuse cargaison prendront l’avion : direction France, à la rencontre du médecin légiste Philippe Charlier, habitué des reconstitutions anatomiques des ancêtres.

Des recherches seront dès lors entreprises dans les documents d’époque afin de trouver des notes sur la couleur des yeux de la défunte et le teint de sa peau — les deux seuls portraits disponibles sont des représentations artistiques. Cela pour guider le laboratoire Visual Forensic, mandaté pour construire un visage à partir des données accumulées durant l’enquête.

«Vraisemblable»

Encore faut-il que le masque mortuaire soit vraiment celui de Marie de l’Incarnation. M. Roy-Lysencourt juge que c’est «vraisemblable».

Il y a des signes. Marie de l’Incarnation est morte en 1672, avant que le plâtre soit introduit en Nouvelle-France en 1678, raconte-t-il. Voilà qui expliquerait pourquoi le masque est fait de sable et de chaux.

Aussi, seuls les personnages éminents avaient droit à l’honneur du moulage du cadavre. «On ne faisait pas des masques pour n’importe qui. C’est probablement le masque d’une personne d’importance si ce n’est pas celui de Marie de l’Incarnation.»

L’universitaire convient cependant que la certitude n’est pas de mise. «On va donner une échelle de probabilité.»

Fin janvier, les investigateurs espèrent être en mesure de présenter le fruit de leur boulot.

Au fait, la dépouille de Marie de l’Incarnation se trouvant dans la chapelle voisine du monastère, n’aurait-il pas été plus simple de fonder les travaux sur son crâne? Philippe Roy-Lysencourt en convient. Il y a toutefois un obstacle insurmontable : ce crâne a disparu. Il n’est plus dans le tombeau. D’où les travaux s’appuyant sur le masque. 

Pour les amateurs d’histoire nationale, les Ursulines ont été fondées en Italie en 1535. Marie Guyart a entendu «l’appel» et s’est embarquée à 40 ans, en 1639, vers la Nouvelle-France. Elle s’est rapidement mise au boulot pour enseigner aux «sauvages et infidèles» dans la Basse-Ville en attendant la construction du monastère du Vieux-Québec. 

Aujourd’hui, seules quatre sœurs habitent toujours le monastère, dont Lise Munro. Les autres ont déménagé dans une résidence, Les Jardins d’Évangéline du secteur Beauport, pour leur «retraite».