Damien Allard avec le navet record dans les mains.
Damien Allard avec le navet record dans les mains.

Un maraîcher gaspésien bat le record Guinness du plus gros navet

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
SAINT-OMER – Le maraîcher autodidacte Damien Allard, de Saint-Omer, en Gaspésie, a fait pousser entre le printemps et l’automne trois navets dont le poids devrait mener à une inscription au firmament des records Guinness, puisque chacun d’entre eux a nettement dépassé la marque précédente.

Le nouveau détenteur du record, dont l’homologation devrait suivre son cours dans les prochains mois, est un navet d’abord pesé à 28,98 kilos, puis à 29 kilos précisément, soit 11,3 kilos de plus que le précédent record de 17,7 kilos établi par un jardinier d’Alaska en 2004.

Gardés en terre eux aussi jusqu’à lundi, les deux autres navets ont été pesés à 22,9 et 24,4 kilos, dans l’ordre de sortie de terre.

«Je suis très, très heureux. Ça faisait deux ans que je travaillais assez intensément pour obtenir ces résultats (…) J’invite tous les Gaspésiens à tenter de me battre», a indiqué Damien Allard, une fois la pesée terminée.

Il s’agissait effectivement pour cet ingénieur forestier à la retraite d’une seconde tentative de supplanter le record mondial. Il y a un an, il avait «échoué», un terme bien relatif quand on obtient un navet de 15,52 kilos, à 2,2 kilos du record.

La pesée de lundi a été réalisée en présence de témoins officiels, dont l’agronome Germain Babin et la vétérinaire Nicole Lépine, que Damien Allard avait désignée comme responsable du protocole établi par Guinness. C’est sur un terrain appartenant à la famille Lépine-Landry qu’ont grossi les trois navets géants.

Ce protocole stipulait notamment la présence de deux témoins, l’autre étant Jean-Christophe Gagnon, un «ami indépendant qui n’a pas été impliqué dans le projet», précise Damien Allard. Avant la pesée, il a spécifié la source de ses semences, la variété laurentienne en l’occurrence, et il a réalisé des tests sur la balance choisie, précise à 5 milligrammes pour chaque tranche de 15 kilos.

La «bête» gagnante mesure 138 centimètres de circonférence, 35 centimètres de hauteur et 46 centimètres à son plus fort diamètre.

Il a fallu que M. Allard taille le navet longitudinalement pour prouver qu’il ne contenait aucun élément ayant pu augmenter son poids artificiellement. Les témoins ont aussi examiné sa surface pour s’assurer qu’elle n’avait pas été fendillée pour y glisser des corps étrangers dans le même dessein.

Toutes ces étapes ont été couronnées par une dégustation d’une partie du poids lourd, succulent de l’avis de tous. Les remarques admiratives fusaient.

«Ce navet-là serait illégal en alimentation, où on ne peut lever des produits de plus de 25 kilos», s’est exclamé Gérard Landry, en regardant son ami Damien lever le légume racine du sol avant de le fragmenter. «On va pouvoir faire de la crème de navet en quantité industrielle», a-t-il répondu.

Le secret pour arriver à un tel résultat tient à l’assiduité dans les soins, et non dans le cumul du temps consacré, assure Damien Allard.

«Il faut arroser beaucoup, mettre du borax sur les feuilles les jours où il ne pleut pas. Il a manqué d’engrais, en plus, cet été», souligne-t-il, en faisant référence aux centres de jardinage.


« On va pouvoir faire de la crème de navet en quantité industrielle »
Gérard Landry, ami du maraîcher Damien Allard

Il a aussi démarré ses navets dans un terreau neuf par rapport à 2019, incluant 200 litres de compost. «Ça prenait 10 minutes de mon temps par jour pendant quatre mois», dit M. Allard, qui a bénéficié de la seule éclaircie ensoleillée d’une journée pluvieuse pour présenter le fruit de cette assiduité.

Le froid des derniers jours n’a pas gâté le goût du légume gagnant. «Mon grand-père disait que le navet était meilleur après une gelée», assure-t-il.

Le navet de 29 kilos sera distribué dans la famille et chez les amis. Un deuxième navet sera vraisemblablement vendu aux enchères au profit de la ZEC de la rivière Nouvelle, et le troisième sera donné à la Source Bonavignon, une banque alimentaire.

Damien Allard tentera-t-il de battre son record en 2021. Il exulte un dernier moment de fierté avant de répondre, laissant l’incertitude planer. «On est 8 milliards de personnes sur la terre et il y a juste moi qui aie réussi à faire ça (…) Je me retire. Est-ce que je vais essayer autre chose? Quand j’entreprends quelque chose, je vais jusqu’au bout. C’est presque un défaut. Demandez à ma mère et à ma blonde».