Vue sur le réacteur nucléaire de la centrale de Chalk River, en Ontario, en décembre 2007.

Un journaliste a sonné l'alerte

Journaliste retraité spécialisé dans le domaine du nucléaire, Gilles Provost est « scandalisé » par le projet de dépotoir de déchets radioactifs de Chalk River, mais aussi choqué parce que les francophones n'ont pas accès à une version française de l'analyse d'impact environnemental du promoteur, Les Laboratoires nucléaires canadiens, le consortium mandaté pour gérer le site par le gouvernement fédéral.
Comme journaliste, M. Provost a couvert les dossiers du nucléaire au Devoir et à l'émission Découverte à Radio-Canada. La semaine dernière, il a envoyé plus de 300 courriels à toutes les personnes d'intérêt, incluant les politiciens, pour sonner l'alerte non seulement sur ce projet, mais aussi pour dénoncer que l'analyse d'impact ne soit disponible qu'en anglais. À ses yeux, cette situation est inacceptable, compte tenu de l'ampleur de ce projet de dépotoir de surface, qui doit accueillir au cours des prochaines décennies plus d'un million de mètres cubes de déchets à environ un kilomètre des berges de la rivière des Outaouais, à deux heures à l'ouest d'Ottawa et Gatineau. 
« C'est un dossier d'importance nationale parce que c'est un ancien site militaire qui appartient à toutes les provinces. Après tout, on veut y mettre les déchets radioactifs du pays. Nous avons le droit, nous les francophones, d'avoir accès aux mêmes documents que les anglophones », a souligné M. Provost, qui s'apprêtait à déposer une plainte auprès du commissaire aux langues officielles, comme l'a déjà fait vendredi le député néo-démocrate François Choquette.
La documentation de 990 pages, avec autant de pages en annexe, a été rédigée en anglais pour le compte du promoteur Les Laboratoires nucléaires canadiens, un mandataire d'Énergie atomique du Canada pour la gestion du site de Chalk River, où la fermeture des installations nucléaires est prévue en 2018.
« Ce qui me scandalise le plus dans cette affaire, c'est l'incurie des autorités fédérales, explique-t-il. Quand j'ai lu le document en anglais, je ne pouvais croire tous les détails croustillants, toutes les choses inacceptables qu'on ne trouve nulle part dans le sommaire en français. Je n'ai pas réagi en lisant le sommaire, mais je l'ai fait en lisant le document de 990 pages en anglais. Donc, pour les francophones, c'est difficile d'avoir une véritable idée de ce projet. »
Parmi les « détails croustillants », M. Provost souligne par exemple le fait que l'on propose d'y déposer 1 % du volume de déchets plus radioactifs que le reste.
« Quand on parle de mettre volontairement dans un dépotoir des déchets aussi radioactifs de 2kw par mètre cube, c'est dément, dit-il. Ces produits radioactifs ne peuvent être près de la membrane. On ne trouve pas ce genre de détails dans le sommaire en français. »
M. Provost trouve difficile de concevoir que la seule rencontre publique prévue au Québec pour ce projet aura lieu à Rapides-des-Joachims, une municipalité située huit heures de route de Montréal.