Sept ex-élus toucheront la rondelette somme de 559 056 $.

Un demi-million $ en primes

Les élus gatinois sortants qui ont quitté de leur plein gré la vie politique ou qui se sont fait montrer la porte par les électeurs à la fin du dernier mandat se partageront un peu plus d’un demi-million de dollars en primes de « départ » et de « transition ».

Sept ex-élus ne seront pas à leur poste habituel, aujourd’hui, lorsque s’amorcera la toute première séance publique du mandat du nouveau conseil municipal porté au pouvoir le 5 novembre dernier. Ensemble, ces ex-élus toucheront la rondelette somme de 559 056 $. 

Josée Lacasse, Richard Bégin (défait), Maxime Tremblay, Mirelle Apollon, Denise Laferrière, Denis Tassé (défait) et Sylvie Goneau (défaite), se partageront 138 050 $ en « allocation de départ » et 421 006 $ en « allocation de transition ». 

Denise Laferrière, qui a passé 16 ans à la table du conseil de la Ville de Gatineau, est celle qui empoche le magot le plus intéressant. Elle recevra un chèque de 94 417 $, dont 58 488 $ comme allocation de transition. Même si Mme Laferrière a publiquement annoncé qu’elle prenait sa retraite, elle pourra toucher ce montant qui dans les faits doit servir de coussin financier le temps de se retrouver un travail.

L’ancienne conseillère d’Aylmer, Josée Lacasse, qui a eu un mandat relativement timide à la table du conseil et qui est à la tête de sa propre compagnie, recevra un montant cumulé de 64 064 $, dont 55 538 $ pour faire la transition entre la vie politique et le retour à la vie professionnelle. 

En février 2016, dans les mois suivants l’élection fédérale, le cas de l’ancien conseiller devenu député libéral, Stéphane Lauzon, avait créé une polémique qui a mené aux changements des règles dans l’attribution des indemnités de départ. M. Lauzon, qui avait quitté en plein mandat pour un siège à la Chambre des communes, au triple de son salaire de conseiller, avait empoché des primes totalisant 69 471 $. 

Plusieurs élus y avaient vu là quelque chose de difficilement justifiable aux yeux des contribuables. Le conseiller Cédric Tessier, qui siégeait alors au comité de révision des comités et commissions, s’est penché avec ses collègues sur l’enjeu de ces primes, lors du dernier mandat. Le comité a eu l’occasion de les abolir, mais le choix a été fait de les maintenir, sauf si l’élu quitte en cours de mandat pour une raison autre que familiale ou de santé. Ainsi, en vertu des nouvelles règles, Stéphane Lauzon n’aurait pas pu toucher sa prime lorsqu’il a été élu comme député fédéral. 

« Nous nous sommes aussi posé la question pour les cas où l’élu retrouvait un emploi qu’il avait déjà ou s’il prenait sa retraite et nous avons décidé de maintenir les allocations de transitions », explique M. Tessier. La loi québécoise ne laisse que deux choix quant au versement des allocations. Les donner à tous les élus qui quittent, ou à aucun d’entre eux. Le versement ne peut pas se faire au cas par cas. « C’est le package complet pour tout le monde, ou pas pantoute », a résumé M. Tessier. 

Le comité de révision a finalement décidé de ne pas prendre le risque de nuire à des élus qui auraient vraiment besoin de ce coussin financier le temps de retomber sur leur deux pieds et a choisi de maintenir le versement de ces primes pour tous.

Sylvie Goneau, Denis Tassé et Maxime Pedneaud-Jobin

« ÇA NE DEVRAIT PAS ÊTRE AUTOMATIQUE »

Les ex-élus municipaux qui reçoivent une allocation de transition devraient être soumis au même traitement que tout bénéficiaire d’argent public et être redevables de l’utilisation qu’ils en font, estime l’ancien ministre des Affaires municipales et professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), Rémy Trudel. 

Ce dernier ne remet pas en question « l’allocation de départ » qui dans l’esprit de tous fait partie du traitement salarial d’élus jugés souvent comme insuffisamment rémunérés pour le travail qu’ils exécutent dans le cadre de leurs fonctions, mais il admet être agacé par le versement de primes de « transition ». 

« On le voit, il y a des exemples partout au Québec, le versement de cette allocation ne devrait pas être un mécanisme automatique, dit-il. Les Villes devraient plutôt être tenues de constituer une réserve pour aider à la transition des ex-élus, mais ça devrait être une transition vers un projet, pas un free lunch. Il faut que ça serve à retourner à l’école, à aller chercher une formation de perfectionnement ou pendant une recherche d’emploi, mais il faut que ce soit une transition vers quelque chose. »

M. Trudel soutient qu’il doit revenir au conseil en place de déterminer, au cas par cas, la pertinence de verser de l’argent provenant de cette réserve et s’assurer que le bénéficiaire en est redevable. « Dans les villes, tout argent public qui est versé fait l’objet d’une reddition de compte, mais pas ces primes, note l’ancien ministre. C’est de l’argent des contribuables. Les ex-élus qui en bénéficient, même s’ils ne sont plus élus, devraient demeurer redevables comme tout le monde qui reçoit de l’argent du public et démontrer l’utilité de cette allocation de transition. »