Émilie Barrette et ses deux enfants ont eu la vie sauve grâce à leur détecteur de monoxyde de carbone qui s’est déclenché pendant la nuit.

Un avertisseur de monoxyde de carbone sauve la vie d'une famille

Émilie Barrette, une mère de famille du secteur Buckingham, était loin de se douter que l’avertisseur de monoxyde de carbone, offert en cadeau par son beau père lorsque son conjoint et elle ont fait l’achat de leur maison en 2016, allait un jour sauver sa vie et celle de ses deux fils.

C’est pourtant ce qui s’est produit dans le courant de la soirée du 8 janvier, entre les murs du bungalow des Thibaudeau-Barrette. Un peu avant l’heure du coucher, Émilie s’affairait dans la cuisine vers 20 h 30, alors que son conjoint Simon était au travail. Clément (3 ans) et son petit frère Louis (1 an) dormaient au rez-de-chaussée quand l’un des deux avertisseurs de monoxyde de carbone installés dans la maison s’est déclenché subitement.

Sans tarder, la mère de famille a contacté le 9-1-1. Face au fait qu’un seul des deux détecteurs avait retenti et devant le doute qu’il s’agissait peut-être d’un problème de pile ou d’appareil, la Gatinoise a attendu l’arrivée des pompiers avant de sortir à l’extérieur.

Une fois arrivés sur les lieux, les pompiers ont immédiatement évacué la mère et les deux enfants qui ont été sortis de leur sommeil en vitesse.

« Aussitôt qu’ils sont entrés dans la maison, leur détecteur s’est mis à sonner. Moi, je n’avais aucun effet secondaire, pas d’étourdissement rien, mais on nous a dit qu’il y avait une présence assez élevée de monoxyde dans la maison. Quand les pompiers sont allés au sous-sol, ils ont dû mettre leur masque de protection parce que le niveau était trop important. Ce que le chef pompier nous a dit, c’est qu’il ne faut jamais courir de risque et qu’il faut sortir quand le détecteur sonne », raconte Mme Barrette au Droit.

Les ambulanciers sont ensuite arrivés sur place. Mme Barrette et les deux garçons ont été transportés à l’hôpital où on leur a donné de l’oxygène à l’aide de masques. Le trio a dû passer des examens sanguins et est demeuré plusieurs heures au centre hospitalier avant d’obtenir son congé en milieu de nuit.

« Mon taux de monoxyde dans le sang était proche de la limite, mais ceux de Louis et Clément étaient un peu plus élevés que le seuil normal, surtout Louis qui est plus jeune », souligne Mme Barrette.

Et la cause de la fuite de gaz dans tout ça ?

Le poêle au bois de la résidence qui ne fonctionnait pourtant pas au moment de l’incident. « On nous a expliqué qu’il y avait eu une backdraft. On avait ramoné la cheminée il n’y a pas longtemps, mais le monoxyde s’échappait des cendres de la veille », note Émilie Barrette.

« Ce que le chef des pompiers m’a dit, c’est que le détecteur nous avait sauvé la vie. J’étais sur le point d’aller me coucher. Si l’avertisseur n’avait pas sonné, probablement que nous serions morts durant la nuit », relate la maman de 32 ans.

Sensibiliser les gens

Dans les derniers jours, Émilie Barrette a partagé son histoire sur les réseaux sociaux avec un seul et unique objectif en tête.

« Je ne suis vraiment pas du style à commenter ma vie privée sur Facebook, mais je veux que les gens prennent conscience de l’importance d’avoir un avertisseur de monoxyde de carbone à la maison », lance-t-elle.

La résidente de Buckingham estime avoir été très chanceuse dans les circonstances. Elle a réalisé après coup la gravité de la situation.

« Dans le moment présent, tu essaies d’être forte pour tes enfants qui ne comprennent pas ce qui se passe. C’est après ça que tu as le choc et que tu réalises que ça aurait pu finir très mal. Au fond, c’est mon beau-père qui nous a sauvé la vie en nous achetant ce détecteur-là quand on a pris possession de la maison. C’est le père de Simon notre héros », confie-t-elle.

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LE « TUEUR SILENCIEUX » EST À PRENDRE AU SÉRIEUX

Le Service de sécurité incendie de la Ville de Gatineau soutient avoir enregistré plus de 200 appels, en 2018, en lien avec de possibles fuites de monoxyde de carbone (CO) à l’intérieur de résidences ou de bâtiments situés sur son territoire.

Depuis le début de la nouvelle année, c’est une dizaine de coups de fil qui a été logée au 9-1-1 par des citoyens de Gatineau en lien avec ce gaz qualifié de «tueur silencieux» qui est le résultat d’une combustion incomplète. 

Fort heureusement, la majorité des cas se sont avérés non problématiques, comme le souligne la chef de division intérimaire en prévention au Service de sécurité incendie de Gatineau, Sophie Bourgeois.

«Il faut comprendre qu’en majorité, les gens qui nous appellent ne sont pas incommodés par le monoxyde de carbone. Nos équipes prennent les mesures en arrivant sur place, mais il n’y a pas systématiquement la présence de CO. Ce sont souvent des gens qui sont inquiets d’avoir du monoxyde de carbone dans leur demeure», explique cette dernière.

Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, une centaine d’intoxications au monoxyde de carbone surviennent annuellement dans la Belle Province. De ce nombre, une quinzaine sont mortelles. 

Obligation municipale

Le CO, un gaz incolore, inodore, insipide et non irritant, peut provenir autant d’un appareil fonctionnant au gaz comme une cuisinière, un réfrigérateur, une sécheuse ou un barbecue, que d’un système de chauffage à combustion comme une chaudière au mazout, un poêle à bois ou un foyer au gaz. Les véhicules et autres appareils motorisés fonctionnant à l’essence ou au diesel dégagent aussi le gaz toxique.

Les intoxications ont d’ailleurs tendance à survenir «plus particulièrement lors de la saison froide lorsque les appareils de chauffage fonctionnent à plein régime et que des abris temporaires pour les véhicules sont installés», met en garde le ministère sur son site Web.

En vertu de la réglementation municipale, les maisons et bâtiments munis d’un appareil de combustion ou d’un garage de stationnement ou de réparation doivent d’ailleurs être dotés d’un avertisseur de monoxyde de carbone, à Gatineau, à l’instar de l’obligation pour tous les logements d’avoir un détecteur de fumée à chaque étage. 

Au moment d’une inspection par les autorités, un propriétaire fautif peut se retrouver avec un avis d’infraction sur les bras et éventuellement être visé par un constat d’infraction s’il ne se conforme pas, rappelle Mme Bourgeois.

«Malheureusement, encore en 2019, on retrouve encore des résidences ou des bâtiments qui n’ont pas leur avertisseur de CO au même titre que des gens qui n’ont pas d’avertisseur de fumée fonctionnel à la maison. On parle d’une trentaine de dollars pour faire l’achat d’un avertisseur de monoxyde de carbone et ça peut sauver des vies», indique-t-elle.