Le cheptel de caribous de la Gaspésie décline depuis des années, selon Fanie Pelletier, professeure à la Faculté des sciences à l’Université de Sherbrooke.

Un avenir incertain pour le renne gaspésien du père Noël

Le père Noël ne pourra plus un jour se tourner vers le parc de la Gaspésie pour renouveler son attelage de rennes qui le transporte autour de la Terre pour distribuer ses cadeaux.

En perdition, le cheptel de caribous ne va pas mieux et décline toujours depuis des années, constate Fanie Pelletier, professeure titulaire à la Faculté des sciences à l’Université de Sherbrooke.

On a recensé deux groupes de caribous dans le parc de la pointe gaspésienne d’environ une quarantaine d’individus. Ce n’est pas nouveau. Le caribou des bois est sur la liste des espèces menacées du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada depuis 2000. Très peu de changements pouvant améliorer la situation ont été faits depuis ce constat.

« On constate toujours une perte d’habitat dû à la déforestation et une plus grande prédation. Les coupes à blanc, c’est bon pour les orignaux, mais pas pour les caribous », analyse le spécialiste lors d’un entretien accordé à La Tribune. 

« Les veaux ne survivent pas. Ils se font presque tous tuer par les prédateurs. La population est vieillissante et ne se renouvelle pas. Environ 80 individus, c’est très peu. Nous serons chanceux s’il en reste dans 50 ans. » 

Mme Pelletier fait remarquer que le renne du père Noël, en fait le cousin européen de notre caribou, va beaucoup mieux parce que vivant en semi-liberté.

Chez nous, des tentatives ont eu lieu pour renverser la vapeur. Les avantages économiques de la déforestation pèsent plus lorsque les arguments en faveur de la protection du couvert forestier, ajoute-t-elle.

On a aussi voulu viser les prédateurs que sont l’ours noir et le coyote. Les résultats sont mitigés, car on ne réussit pas toujours à éliminer celui qui s’attaque précisément au caribou, mentionne la spécialiste.

« C’est difficile de faire quelque chose pour rétablir le cheptel. Il faudrait rétablir son habitat, mais il y a toujours une confrontation quand il est question de freiner la déforestation pour maintenir la diversité écologique », dit-elle. 

Autre fait inquiétant, on observe que la population du caribou migrateur du Nord québécois diminue toujours. « Il y en avait énormément il y a 20 ans, mais il est en déclin aussi. On estimait le troupeau à un million d’individus », souligne Mme Pelletier.

En 2011, les populations de caribous migrateurs, constitués de deux troupeaux (celui de la rivière Saint-Georges et celui de la rivière aux Feuilles), étaient en forte décroissance. La population du premier troupeau avait diminué de 90 pour cent au cours des 15 années précédentes, passant de 800 000 caribous en 1996 à 75 000 en 2010.

Les changements climatiques pourraient avoir un impact négatif sur cette population dont les femelles peuvent parcourir de 4000 à 6000 km par an.