Aviva Canada dit avoir découvert que près de la moitié des frais imposés pour des réparations lors de son enquête en Ontario étaient fictifs.

Un assureur dénonce les fraudes des ateliers de débosselage

TORONTO — Des employés d’ateliers de débosselage ont volontairement endommagé des véhicules, installé des pièces usagées en facturant le prix de pièces neuves ou même facturé des réparations fictives, selon le rapport d’enquête de la compagnie d’assurances Aviva qui demande aux gouvernements d’aider à corriger ce problème.

Aviva Canada dit avoir découvert que près de la moitié des frais imposés pour des réparations lors de son enquête en Ontario étaient fictifs. Une somme d’argent qui pourrait représenter des centaines de millions de dollars par année.

Selon le vice-président du Service antifraude d’Aviva Canada, Gordon Rasbach, personne n’avait encore réellement échantillonné l’ampleur de la fraude dans l’industrie du débosselage jusqu’à aujourd’hui.

En entrevue à La Presse canadienne, il soutient que l’enquête menée par l’assureur est la première à tenter de mesurer le phénomène en visant au hasard un petit échantillon d’ateliers.

Selon les résultats de l’enquête, qui doivent être dévoilés lundi, Aviva a tenté de simuler des accrochages routiers typiques en endommageant volontairement dix véhicules.

Des experts en évaluation de dommages et en estimation de coûts de réparation ont analysé les voitures, puis les véhicules ont été placés en bordure de la route avec l’ajout de caméras cachées. Les voitures ont été déployées à divers moments de l’année dans la région de Toronto.

Les enquêteurs d’Aviva se sont présentés comme des conducteurs malchanceux ayant été impliqués dans leur premier accident de la route.

Des factures allant de 30 000 $ jusqu’à 60 000 $

Gordon Rasbach dit avoir été étonné qu’un seul atelier de débosselage se soit comporté de manière totalement honnête. Les neuf autres entreprises de carrosserie ont commis des fraudes de manière «claire», à divers degrés d’importance, selon M. Rasbach.

Alors que les experts mandatés par Aviva ont estimé l’ensemble des dommages sur les dix voitures à quelque 30 000 $, les ateliers de réparation ont facturé environ 61 000 $, a révélé l’assureur.

Parmi les mauvais comportements observés par Aviva, des remorqueurs ont facturé des services de remorquage et d’entreposage qui n’ont jamais eu lieu, des conducteurs se sont fait demander de signer des bons de travail vierges, des voitures ont été intentionnellement endommagées dans les ateliers de réparation et des magouilles ont été orchestrées autour des pièces de remplacement.

«Les images vidéo et les preuves évidentes de factures frauduleuses démontrent à quel point le problème est généralisé. Les consommateurs honnêtes font les frais de cette fraude», a commenté Gordon Rasbach.

La fraude sur l’assurance gruge les marges des entreprises comme Aviva Canada.

L’industrie estime qu’entre cinq et 15 pour cent des primes d’assurance payées par les conducteurs servent à couvrir les réclamations frauduleuses non repérées. Aviva, dont les pratiques de se battre contre les réclamations légitimes ont été dénoncées par la cour, soutient qu’il faut agir davantage pour lutter contre la fraude. L’entreprise souhaite que le gouvernement force les assureurs à partager l’information lorsqu’elle découvre un cas de fraude.

«Au Canada, les assureurs sont non seulement libres de ne pas rapporter les cas de fraude, ils ne sont même pas tenus de réagir d’aucune façon. Les assureurs semblent eux-mêmes incapables de s’entendre pour réagir ensemble au problème», déplore M. Rasbach.

Aviva demande aussi au gouvernement d’interdire de facturer les services d’un tiers, comme un remorqueur par exemple, et d’interdire de demander qu’un client signe un bon de travail vierge.

Le directeur général du Conseil des consommateurs du Canada, Ken Whitehurst, doute que l’ampleur de la fraude soit aussi grave que le prétend Aviva, surtout que la plupart des réparations sur les véhicules ont lieu dans des ateliers recommandés par les compagnies d’assurances. Toutefois, il dit reconnaître qu’il faut accorder un certain mérite à la démarche d’Aviva.

«C’est très bien qu’ils démontrent que (la fraude) existe réellement. C’est positif qu’ils proposent des solutions qu’ils espèrent à faible coût pour résoudre le problème», a commenté M. Whitehurst.

Cette enquête menée par Aviva survient à quelques mois des élections provinciales en Ontario où les primes d’assurance automobile représentent un sujet épineux depuis des décennies. Selon une étude réalisée par le gouvernement, le coût moyen d’une police d’assurance automobile serait deux fois plus élevé qu’au Québec.