Plus de 50 personnes se sont rassemblées devant le palais de justice de Sherbrooke samedi afin de tenir une vigile afin de demander au gouvernement d'accorder un sursis à la famille Charris-Batalla, menacée d'être déportée le 27 novembre.

Un appel à l'humanité empli d'espoir pour la famille Charris-Batalla

« Il y a de l’espoir. » C’est dans cet esprit, mais en larmes, que Carolina Batalla, mère d'une famille sherbrookoise d’origine colombienne menacée d’expulsion, s’est adressée aux plus de 50 personnes réunies devant le palais de justice de Sherbrooke pour la soutenir.

De l’espoir, parce qu’au même moment où elle prononçait ces mots, son époux Normando Charris et leur avocate rencontraient la nouvelle députée fédérale Élisabeth Brière afin de solliciter son aide. La libérale, qui avait signifié plus tôt cette semaine qu’elle se rendrait à la vigile, a finalement convoqué la famille en même temps que l’événement.

À LIRE AUSSI : Une famille menacée d'expulsion : « Nous voulons rester ici »

Sursis pour la famille Cardona

Une famille sherbrookoise menacée d'expulsion : « On a très peur » 

« Elle a dit à la radio qu’elle travaillait pour les citoyens. C’est ce qu’elle doit faire », estime Mme Batalla.

« On va continuer à aller travailler, à aller à l’école, et on va faire comme tous les Canadiens. Parce qu’on est Canadiens. C’est notre rêve, rester ici, et tout le monde qui est venu aujourd’hui le sait », a prononcé avec émotion celle qui est propriétaire d’une garderie en milieu familial et qui est décidée à rester au pays pour le bien-être de ses enfants.

La semaine a été éprouvante pour les Charris-Batalla, qui ont trois enfants, dont un né au Canada. Jeudi, La Tribune partageait le cri du cœur de la famille, qui doit répondre à une mesure de renvoi du pays le 27 novembre prochain.

Le couple a quitté la Colombie pour des raisons de sécurité en 2007 vers l’Espagne, où ils ont eu leurs deux premiers enfants. Ils ont quitté ce pays d’Europe en 2015 pour venir au Canada en raison de problèmes de discrimination liée à leur origine colombienne.

Leur demande d’asile a été rejetée par les services d’immigration canadiens principalement parce qu’ils pourraient recevoir la protection de l’État espagnol.

« On s’adresse au gouvernement, mais spécialement à la personne chargée du dossier de la famille Charris-Batalla, indique Edwin Moreno, qui s’est impliqué à titre de citoyen et de membre de la communauté colombienne pour l’événement. Nous avons fait une demande de sursis qui permettra à la famille de rester jusqu’à la décision de visa humanitaire. C’est difficile pour la famille, parce que selon la loi, elle doit quitter le Canada et peut revenir après, mais si c’est le cas, elle devra payer 1500 $ d’amende par personne. C’est une question de sécurité et de stabilité pour la famille. »

Selon la famille, la rencontre avec Mme Brière se serait bien déroulée. On attendrait la suite des actions de la députée, qui aurait bien pris connaissance du cas.

Exception?

Yenny López, une amie de la famille qui se porte publiquement à sa défense, s’est dite touchée de voir autant de gens se déplacer malgré le froid. « On est là, a-t-elle lancé. On n’a pas le contrôle sur les décisions, mais au moins, on aura tous le sentiment qu’on aura fait le meilleur effort pour faire en sorte que la décision change. »

Pour elle, le modèle d’intégration que représente la famille mérite assurément une exception auprès des autorités. « On met des lois pour mettre de l’ordre dans la société, c’est bien, dit Mme López. Mais les règles sont générales et chaque cas est particulier. Là, on se retrouve dans une situation qui est hors de la loi. Selon la loi, la famille n’entre pas dans les paramètres. Ce qu’on est en train de faire, c’est un appel humanitaire. Quand on fait une exception, ça ne veut pas dire que ça va devenir la règle. Ici, on a la considération de toute une communauté qui s’est liée à cette cause. »

Le citoyen Raymond Goyette a pour sa part eu vent de la situation des Charris-Batalla par l’entremise des médias. « Une famille aussi bien impliquée dans le Canada, qui travaille depuis le début et dont les enfants sont à l’école, menacée d’être déportée, je ne peux pas comprendre ça. Surtout qu’on a besoin d’immigration. Ça a touché une corde sensible », explique celui qui réside à Sherbrooke depuis peu.   

La vigile a été forte en émotions pour Carolina Batalla.

L’exemple des Cardona

La dernière fois que Carolina Batalla s’est retrouvée devant le palais de justice de Sherbrooke était à l’occasion de la vigile tenue pour la famille Cardona. Cette famille, elle aussi d’origine colombienne, vivait une situation semblable alors que quatre de ses membres étaient menacés d’expulsion l’été dernier.

Le moment était donc venu samedi pour Estefania Cardona et son mari, Marlon Tucker, de renvoyer la pareille à Mme Batalla en lui offrant leur appui.

Depuis que leur demande de sursis administratif a été acceptée à la fin juillet 2019, Mme Cardona et M. Tucker respirent, mais seulement à moitié. La partie n’est pas encore gagnée pour ceux qui tentent de faire valoir leur union et la résidence permanente de M. Tucker, tout en espérant obtenir un visa humanitaire pour la mère d’Estefania.  

« Ils sont restés ici! On va faire la même chose, nous aussi », s’est exclamée Carolina Batalla, emplie d’espoir.

La ressemblance des situations n'est toutefois pas sans soulever d'inquiétudes chez Yenny López au sujet des lois et procédures en place. « Il faudrait qu'on ait un système qui puisse traiter plus rapidement les demandes d'asile, afin de ne pas créer de fausses attentes et des années de travail et d'intégration, ou qu'on ait une politique pour faciliter l'accès pour les familles à la résidence en passant par un autre chemin dans les cas où le gouvernement ne répond pas assez rapidement », avance-t-elle.  

Carolina Batalla