Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le commissaire en équité et droits de la personne au CEPEO, Yves-Gérard Méhou-Loko.
Le commissaire en équité et droits de la personne au CEPEO, Yves-Gérard Méhou-Loko.

Un «agent facilitateur» fin prêt à jouer son rôle au CEPEO

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Article réservé aux abonnés
Ce serait «se mettre la tête dans le sable» que de croire qu'il n'y a pas de racisme dans la sphère scolaire, estime le Commissaire en équité et droits de la personne du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO), Yves-Gérard Méhou-Loko, en poste depuis un mois dans ses fonctions et qui se décrit comme un «agent facilitateur».

Le rôle qu'occupe depuis la mi-décembre celui qui a auparavant oeuvré au Bureau de l'Ombudsman de l'Ontario et à l'ancien Commissariat aux services en français de l'Ontario est une première au sein d'un conseil scolaire francophone à travers la province.

«Mon rôle en est un d'agent facilitateur, de médiateur, d'agent de changement en matière de droits de la personne, de lutte contre les iniquités, le racisme, la discrimination. Si j'avais à résumer, c'est à peu près ça. [...] Il y avait une volonté d'avoir une structure indépendante au sein du conseil qui a comme mandat, oui, certes, de gérer et recevoir les plaintes, donc il y a un mandat d'ombudsman assez traditionnel qui est lié au poste; mais également il y a un rôle de médiateur, de conseiller auprès de la haute direction pour le respect du plan d'action provincial mis de l'avant par le gouvernement (au sujet de l'équité et des droits de la personne en milieu scolaire)», affirme le principal intéressé.

Le commissaire soutient que ses fonctions ont certaines similitudes avec le rôle de protecteur de l'élève au Québec, mais sans plus. 

«Je ne veux pas parler à travers mon chapeau, je ne connais pas totalement son rôle, mais de ma compréhension, car j'ai eu à l'étudier, ça reste un rôle d'ombudsman, un peu au même titre que le Protecteur du citoyen, mais transposé dans la réalité scolaire. Il y a une similitude, oui, car l'une de mes responsabilités, c'est d'être à l'écoute des élèves, mais aussi de l'ensemble de la communauté, comme les parents, les tuteurs et bien entendu les enseignants, qui eux aussi sont parfois sujets à de l'iniquité, de la discrimination et de l'oppression. C'est là que je vois une certaine différence, c'est un peu plus large comme mandat. Et je n'entre pas dans les questions de pédagogie», de dire M. Méhou-Loko.

Précisant être encore dans une phase d'observation et d'écoute des préoccupations, il indique du même coup que le titre de commissaire ne doit pas être interprété comme un poste ayant des pouvoirs de coercition. 

«Je ne suis pas là pour imposer des sanctions disciplinaires mais bel et bien pour guider le conseil vers l'atteinte de son objectif qui est l'éducation inclusive pour tous. C'est un mandat de sensibilisation et d'éveil. J'ai de la difficulté à dire d'éducation, parce que je pense que tous nos enseignants, tous les membres du personnel qui ont de bonnes têtes, ont déjà une certaine sensibilité. Mais c'est pour leur rappeler que s'ils se posent des questions, s'ils ne sont pas certains, que je suis là pour les guider, pour leur dire que ces préoccupations-là sont louables, mais qu'il y a éventuellement une piste de solution pour essayer de remédier à la situation. Même chose pour les élèves et les parents, bien entendu», lance-t-il.


« Vous savez, un système scolaire, c'est un microcosme d'une société, alors dire qu'il n'y a pas de racisme dans un conseil scolaire, ça voudrait dire qu'il n'y en a pas dans la société, ce qui n'est pas vrai en soi. »
Yves-Gérard Méhou-Loko, commissaire en équité et droits de la personne au CEPEO

Le père de deux enfants de 8 et 5 ans ne cache pas que la pandémie de COVID-19 freine un peu ses élans car son but ultime est d'interagir de vive voix avec les gens. Pour l'instant, il est contraint comme tout le monde d'avoir recours aux plateformes technologiques. Mais il promet de «prendre son bâton de pèlerin et faire une tournée des écoles» dès que la crise sera derrière nous.

«Je suis de nature relativement optimiste, je me dis que chaque jour, chaque minute et chaque seconde qui passe nous rapproche de la fin de cette pandémie. Je tente de profiter de toutes les opportunités qui se présentent à moi pour démontrer que je suis là, que j'existe», lance-t-il.

Alors que le sujet n'a jamais été autant d'actualité, la lutte au racisme fait aussi partie du mandat d'Yves-Gérard Méhou-Loko. Et à son avis, c'est jouer à l'autruche que de penser que cet enjeu n'en est pas un en milieu scolaire.

«Au CEPEO, je pense que ç'a été très clair, on dit que le problème, la difficulté existe, mais le fait de le reconnaître veut dire qu'on en est conscient et qu'on est prêt justement à trouver des solutions et à voir comment est-ce qu'on va changer les choses pour éviter que ce problème 'gangrène' véritablement l'organisation et surtout devienne un frein à ce qui nous est le plus cher, c'est-à-dire de voir nos élèves avoir des possibilités de réussite qui soient les mêmes pour tous. [...] Vous savez, un système scolaire, c'est un microcosme d'une société, alors dire qu'il n'y a pas de racisme dans un conseil scolaire, ça voudrait dire qu'il n'y en a pas dans la société, ce qui n'est pas vrai en soi. On doit être réaliste et surtout candide par rapport à cela», explique le nouveau commissaire.

Il précise qu'en matière de racisme et de racisme systémique, c'est faire fausse route que de cibler des individus plutôt que de s'attaquer au système dans son ensemble. Selon lui, il faut identifier les biais culturels, trop souvent perçus comme des éléments de racisme.

«Il y a des gens qui s'expriment et agissent avec malveillance, mais il y a aussi celui qui a un biais culturel profondément ancré en lui, qui est socialement intégré et il ne sait pas comment s'en défaire. Il faut que cette personne-là soit consciente de ça et vienne demander de l'aide», affirme-t-il.

Se décrivant comme un «francophone complètement convaincu» et un «franco-fier», il estime que la communauté francophone doit préserver ses acquis dans tous les domaines, y compris l'éducation.

«Je suis optimiste quand on regarde la croissance du CEPEO et des autres conseils francophones. Le nombre d'écoles a augmenté mais c'est vrai que le territoire est très mal desservi. Quand on prend Ottawa par exemple, il manque d'écoles francophones, notamment au centre-ville.  Ça reste un enjeu qui est critique, on a publié plusieurs rapports en ce sens au Commissariat (services en français), mais je demeure optimiste parce qu'on le voit, les écoles sont vivantes, vibrantes», conclut-il.