Un hommage aux victimes de la tuerie de la Polytechnique de Montréal a été rendu à l'Université d'Ottawa vendredi soir.

Tuerie à la Polytechnique: «Un point tournant dans notre société» — Renée Amyot

« Ç’a marqué l’imaginaire. Mon premier réflexe a été de prendre ma fille dans mes bras ».

La conseillère du district Limbour à Gatineau, Renée Amyot, habitait dans la métropole et travaillait comme infirmière-chef à l’Hôpital Royal Victoria quand le drame de Polytechnique s’est joué il y a 30 ans. Elle se souvient de cette journée comme si c’était hier.

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« J’avais 30 ans à l’époque, c’était un mercredi et j’étais une jeune maman d’une petite fille de cinq mois. Et tous les mercredis, des collègues infirmières anglophones se réunissaient chez moi pour apprendre le français. Ce soir-là, nous étions six femmes, ma fille était dans un siège sauteur et mon mari était dans la cuisine en train de préparer le souper. Nous échangions sur des sujets de tous les jours, c’était très rigolo. Tout à coup, mon époux est entré dans la salle à dîner absolument catastrophé et nous a dit que quelque chose d’extrêmement grave se passait, qu’il y avait un tireur sur place. Des bribes d’information entraient peu à peu et il faut dire qu’au départ, on ne savait pas que ce sont des femmes qui étaient visées. On a fini par comprendre tranquillement, mais sûrement. Mon premier réflexe a été de prendre ma fille. On pleurait tous et ç’a évidemment mis fin abruptement à notre activité », raconte-t-elle.

La conseillère du district Limbour à Gatineau, Renée Amyot

L’élue municipale se souvient que c’était la consternation dans son entourage et qu’une réflexion sociologique à plus grande échelle s’est alors entamée, entre autres concernant l’accès aux armes à feu et l’égalité des sexes. 

« On se demandait ce qui était en train d’arriver, on voyait ça comme un point tournant dans notre société. Je me suis mis à regarder ma fille et à me demander ce que je pouvais faire pour la protéger de tout ça. Même bien des années plus tard, quand ma fille a intégré un programme à majorité masculine (la physique), ça me restait derrière la tête comme étant un risque potentiel. C’est fou », confie-t-elle.

Mme Amyot affirme qu’à son grand désarroi, rien ne peut garantir qu’un tel attentat se reproduise.

« Malheureusement, on ne peut pas se prémunir de tout, malgré l’ensemble des facteurs de protection que l’on met en place dès le plus jeune âge, comme un discours ouvert sur l’équité, un mouvement comme #MoiAussi, le respect mutuel, etc. », termine-t-elle.