Quatorze lumières ont illuminé le ciel de la capitale fédérale vendredi soir, en hommage aux victimes de la tuerie de la Polytechnique de Montréal.
Quatorze lumières ont illuminé le ciel de la capitale fédérale vendredi soir, en hommage aux victimes de la tuerie de la Polytechnique de Montréal.

Tuerie à la Polytechnique: «Je travaille encore pour que ça change» — Monique Aubry Frize

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
« J’étais traumatisée par tout ça, je me suis demandé comment j’allais faire mon travail alors qu’elles ont été tuées parce qu’elles voulaient être ingénieures ».

Première femme de l’histoire à avoir obtenu un diplôme en génie de l’Université d’Ottawa en 1966 et professeure émérite, Monique Aubry Frize a eu une longue et brillante carrière en tant qu’ingénieure biomédicale. Au fil des décennies, elle a prononcé de multiples discours pour défendre la cause des femmes et les inciter à faire carrière dans des domaines comme la science et le génie. 

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Aujourd’hui âgée de 77 ans, elle se remémore les tristes événements du 6 décembre 1989, qui ont directement bouleversé sa vie. 

« À ce moment-là, on m’avait choisi pour devenir titulaire de la Chaire pour les femmes en génie pour le Canada, à l’Université du Nouveau-Brunswick. Mon poste devait commencer le 11 décembre afin d’attirer plus de femmes en génie. Mais finalement, le 11, a lieu d’être dans mon bureau pour débuter mon nouvel emploi, je me suis retrouvé dans une cathédrale pour les funérailles de neuf femmes (victimes de la tuerie) à Montréal. J’ai été très touchée par tout cela, c’était épouvantable de voir cette tragédie d’aussi près. Quand j’étais à la cathédrale, je leur ai dit que pour chaque victime, il y aurait 1000 femmes de plus inscrites en génie. On a finalement dépassé cette cible, on a atteint les 15 000 femmes. On a pu traverser tout ça avec positivisme », raconte-t-elle. 

Alors qu’elle et sa famille habitaient à Moncton, Mme Aubry Frize discutait avec son fils de ses travaux scolaires lorsque la tragédie est survenue il y a 30 ans. 

« C’est mon mari qui est venu m’informer que quelque chose de terrible était arrivé. Par la suite, je me suis dit que le tueur ne gagnerait pas, alors j’ai travaillé comme une folle avec 35 discours par an partout au pays. Ç’a été un travail énorme dans les mois qui ont suivi les événements. Ça m’a permis d’envoyer un message aux femmes : qu’elles n’aient pas peur de devenir ce qu’elles veulent devenir, qu’il fallait qu’elles croient en elles », lance-t-elle.

La société a beau avoir beaucoup évolué depuis 1989, la bataille n’est pas encore gagnée, prévient la militante qui a entre autres reçu la Médaille du jubilé de la reine et l’Ordre du Canada. 

« On est encore très loin d’être arrivé à l’égalité. C’est décourageant, mais étant une femme optimiste, je travaille encore pour que ça change. Il y a encore de la violence envers les femmes et de l’iniquité salariale », dit-elle.