Le lieutenant-général à la retraite, Roméo Dallaire

TSPT: le soutien des pairs est essentiel

Bien qu’il soit retraité des Forces armées canadiennes depuis 17 ans, Roméo Dallaire ne chôme pas. Loin de là.

Le lieutenant-général à la retraite continue sa mission d’offrir de la formation aux militaires pour que ceux-ci puissent mieux composer avec la présence d’enfants soldats en zone de guerre. Et, il s’assure de parler de l’importance de traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT) dont il est affligé, comme de nombreuses autres personnes ayant vécu un choc.

« Quand on est occupé, ça fait moins mal. On est aussi bien de se garder occupé à aider que de jardiner. Tant et aussi longtemps que les gens trouvent que c’est utile, je resterai utile », a philosophé M. Dallaire en entrevue au Droit à la suite d’un panel de discussion sur le TSPT, qui s’est déroulé cette semaine à l’Université d’Ottawa.

Et utile, il l’est. Pas moins de 300 personnes ont assisté à cette activité qui a aussi réuni deux professeurs de l’école de l’École de psychologie de l’université, Andrea Ashbaugh et Stuart Fogel, le coordonnateur du programme de gestion intensive de cas du Centre communautaire Côte-de-Sable, Jean-François Martinbault, ainsi qu’Hélène LeScelleur, une ancienne combattante des Forces armées canadiennes (FAC) et étudiante au doctorat à la Faculté des sciences sociales.

L’aide aux victimes de l’état de stress post-traumatique et les pratiques pour traiter les personnes qui en sont atteintes ont beaucoup progressé, a indiqué M. Dallaire, qui vit toujours avec les séquelles de ce qu’il a vécu alors qu’il était commandant de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda durant le génocide.

« Nous sommes partis de zéro et nous sommes rendus bien avancés, mais il y a toujours une demande croissante. Les conditions changent avec chaque conflit. Il faut s’adapter et continuer la recherche. Il faut être prêt pour la prochaine occasion, et ne pas attendre qu’on soit dedans et essayer de la solutionner, comme on a fait avec l’Afghanistan et d’autres missions avant », a plaidé M. Dallaire, auteur et ancien sénateur.

Des travailleurs de nombreux corps de métier sont affectés par le trouble du stress post-traumatique (TSPT). Militaires, ambulanciers, policiers, membres d’organisations d’aide humanitaire, gardiens de prison, entre autres, sont tous à risque.

Selon la professeure Andrea Ashbaugh de l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa, 76 % des Canadiens peuvent s’attendre à vivre une expérience traumatisante comme un viol, une agression physique, un accident de voiture, un désastre naturel ou une zone de combat au cours de leur vie. Dans l’armée, cette proportion peut s’élever à 84 %. Seulement 12 % des personnes qui vivent ou sont témoins d’une expérience traumatisante développeront un TSPT, a-t-elle indiqué.

Durant son allocution lors du panel, M. Dallaire a rappelé que le TSPT détruit des individus, détruit des familles, mène à des suicides, et que c’est pour cette raison que la blessure psychologique doit être traitée avec autant d’urgence qu’une blessure physique, parce qu’elle croît et amène les victimes à des extrêmes.

« Les horreurs de la guerre ne disparaissent pas, contrairement à ce que m’ont dit mes supérieurs à mon retour (du Rwanda) », a souligné M. Dallaire dans son allocution, tout en recommandant aux victimes de ne pas hésiter à consulter des professionnels, comme des thérapeutes des psychologues et des psychiatres.

« Il n’y a rien de déshonorant à prendre des médicaments, comme ça ne l’est pas lorsqu’on en prend pour des blessures physiques », a-t-il précisé.

« C’est une blessure à l’âme qui a des conséquences importantes sur votre physique », a-t-il en outre signalé.

« Aussi, ça prend du soutien des pairs, avoir une oreille qui va vous écouter, quelqu’un avec qui vous allez parler, rire. Vous devez laisser sortir la souffrance, que ce soit en parlant avec un oncle, un ami ou quelqu’un qui vous est étranger », a-t-il recommandé. 

Itinérance

Jean-François Martinbault est coordonnateur du programme de gestion intensive de cas au Centre communautaire Côte-de-Sable. Les clients de la clinique Oasis du Centre sont des personnes itinérantes, qui ont des problèmes de santé mentale, des prostituées, soit des gens qui sont souventes fois toxicomanes, isolés et exclus, a-t-il signalé.

« Les gens marginalisés qui souffrent du TSPT souffrent beaucoup, mais en contrepartie on peut les aider et ils peuvent guérir », a précisé M. Martinbault.

M. Martinbault a déploré que les services de santé et les services sociaux soient mal outillés pour aider les gens qui souffrent du TSPT. C’est pour ça, a-t-il dit, que les intervenants militent pour que les victimes obtiennent les services dont elles ont besoin. Malgré tout, ils s’efforcent de créer un environnement qui favorise la guérison.

« À la clinique Oasis, on essaie d’enlever les barrières qui entravent les soins. Nous mettons beaucoup d’accent sur la création d’un environnement positif et accueillant. On dit bonjour, on écoute, on va lentement. Tout le monde, du concierge au médecin, a toujours le réflexe d’écouter. C’est fou comme l’écoute peut créer un environnement positif », a fait valoir M. Martinbault.

LE STRESS POST-TRAUMATIQUE EN CHIFFRES

1/6

En 2013, environ 1 membre à temps plein sur 6 de la Force régulière des Forces armées canadiennes a déclaré avoir éprouvé des symptômes correspondant à au moins un des troubles suivants : épisode dépressif majeur, trouble panique, trouble de stress post-traumatique, trouble d’anxiété généralisée, et abus d’alcool ou dépendance à l’alcool.

2

Le trouble de stress post-traumatique et le trouble panique étaient deux fois plus élevés chez les membres de la Force régulière qui avaient été déployés en Afghanistan que chez ceux qui ne l’avaient pas été. Les membres de la Force régulière avaient des taux plus élevés de dépression et de trouble d’anxiété généralisée que la population canadienne en général.

Source : Statistique Canada

JOUR DU SOUVENIR

La cérémonie nationale jour du Souvenir se déroulera aujourd’hui de 10 h 15 à 12 h, au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa.

Présentée par la Légion royale canadienne, cette cérémonie rassemble des vétérans de toutes les guerres, ainsi que des dignitaires, est diffusée à travers le pays.

À Gatineau, la parade de la Légion royale canadienne filiale 58 se mettra en marche dès 13 h 30 (86, rue de la Baie), en direction du cénotaphe situé à l’angle du boulevard Maloney Est et de la rue Notre-Dame, où se tiendra une cérémonie à compter de 14 h.