Selon cet ancien ambassadeur américain au Canada, Bruce Heyman, Donald Trump a largué ses alliés, dont le Canada, dans son intervention militaire en Irak.
Selon cet ancien ambassadeur américain au Canada, Bruce Heyman, Donald Trump a largué ses alliés, dont le Canada, dans son intervention militaire en Irak.

Trump a largué ses alliés, selon l’ex-ambassadeur d’Obama au Canada

Mike Blanchfield
La Presse Canadienne
L’ancien ambassadeur de Barack Obama à Ottawa affirme que le président Donald Trump vient de larguer encore une fois le Canada et d’autres alliés en ordonnant unilatéralement l’assassinat d’un haut dirigeant iranien en Irak.

Bruce Heyman estime que le meurtre du major-général iranien Qassem Soleimani par un drone américain près de l’aéroport de Bagdad, la semaine dernière, fait franchir un nouveau cap dans le mépris affiché par cette administration envers ses alliés dans le monde.

L’ex-ambassadeur y voit un nouvel épisode dans la longue liste des décisions controversées du président Trump, comme le retrait de l’accord de Paris sur le changement climatique, du Partenariat transpacifique et de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne.

Ces décisions avaient déjà provoqué de graves maux de tête aux alliés de Washington, dont le Canada, mais le meurtre du major-général Soleimani vendredi dernier met maintenant en péril la mission de formation de l’OTAN en Irak, commandée par le Canada, rappelle M. Heyman. Bagdad ordonne maintenant à tous les soldats étrangers de quitter le territoire parce que l’Irak considère l’attaque américaine sur son sol comme une violation de sa souveraineté nationale.

M. Heyman a aidé à négocier l’entrée du Canada en Irak en 2014 en tant qu’allié américain dans sa lutte contre la progression de Daech (le groupe armé État islamique) dans ce pays et en Syrie voisine. « Nous étions partenaires dans cette lutte contre le terrorisme », a déclaré M. Heyman en entrevue avec La Presse canadienne. « Ce qui m’inquiète, c’est que les États-Unis, si l’on se fie à ce qui a été rapporté publiquement, n’ont pas consulté nos alliés avant cette opération. Et si tel est le cas, cela a mis le Canada et d’autres pays dans une situation assez difficile et complexe sur le terrain. »

Combler le vide diplomatique

M. Heyman, un démocrate, a été un critique acerbe du président Trump ; il s’est souvent porté à la défense de saines relations entre le Canada et les États-Unis pendant le mandat houleux du président républicain.

Quant aux retombées des événements de la semaine dernière au Moyen-Orient, M. Heyman a soutenu que les alliés des Américains, dont le Canada, ont un rôle à jouer pour combler le vide diplomatique laissé par M. Trump. « J’espère que les alliés se parlent et essaient de trouver le meilleur moyen de calmer le jeu », a estimé M. Heyman.

C’est précisément ce qu’a fait lundi le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, au téléphone avec ses homologues irakien et jordanien, notamment. « Les deux ministres ont convenu qu’une désescalade des tensions est nécessaire, car la paix et la stabilité sont essentielles pour poursuivre les réformes politiques et économiques en cours en Irak », a indiqué le cabinet de M. Champagne, concernant sa conversation avec son homologue irakien, Mohammed Ali al-Hakim.

M. Champagne a tenté de transmettre le même message dans un entretien avec le ministre jordanien. Ayman Safadi a écrit sur Twitter qu’il avait eu une « discussion approfondie » avec M. Champagne, qui « a insisté sur le fait que tous doivent travailler pour apaiser les tensions croissantes ». 

Le ministre canadien aurait souligné que « la stabilité de l’Irak est la clé de la sécurité dans la région et pour vaincre Daech », et que la coalition internationale devait rester intacte.