Justin Trudeau s'est excusé de ne pas s'être récuser lorsque son gouvernement a attribué à UNIS un contrat de 900 millions $ pour la gestion du programme de bourses aux étudiants qui feront du bénévolat cet été.
Justin Trudeau s'est excusé de ne pas s'être récuser lorsque son gouvernement a attribué à UNIS un contrat de 900 millions $ pour la gestion du programme de bourses aux étudiants qui feront du bénévolat cet été.

Trudeau s'excuse pour son erreur dans le dossier du bénévolat étudiant

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne
OTTAWA — Justin Trudeau a admis lundi qu'il avait personnellement commis une erreur en décidant de ne pas se récuser lorsque son gouvernement a attribué à l'organisme de charité «UNIS» un contrat pour gérer un important programme de bourses aux étudiants qui feront du bénévolat cet été.

Le premier ministre a pris les devants lors de sa conférence de presse quotidienne, lundi, pour expliquer que son implication de longue date, et celle de sa famille, avec l'organisme UNIS (WE) auraient dû le pousser à se retirer des discussions qui ont mené à l'attribution de ce contrat pour la gestion du programme de 900 millions $. «Je n'aurais pas dû être impliqué dans ces discussions, a-t-il admis. C'était mon erreur, je m'en excuse profondément.»

Ces excuses surprises constituent une volte-face pour le premier ministre, qui a essayé depuis des semaines de défendre le contrat controversé, à fournisseur unique, avec UNIS. Les excuses de M. Trudeau surviennent aussi à la suite de révélations selon lesquelles sa femme, son frère et sa mère ont reçu 300 000 $ pour avoir participé à des événements publics d'UNIS depuis quelques années.

M. Trudeau a par ailleurs esquivé lundi matin les questions des journalistes qui lui demandaient s'il était au courant que sa famille avait reçu de l'argent d'UNIS lorsque le cabinet a décidé d'approuver le contrat : il a simplement soutenu qu'il connaissait leur implication dans l'organisme, mais pas en détail.

Désolé des retards

Le premier ministre a indiqué qu'il était particulièrement désolé que le retard dans le programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, causé par la décision de l'organisme de s'en retirer, nuise aux étudiants qui cherchent des moyens d'aider leur communauté pendant la pandémie de COVID-19, alors que les emplois d'été pour les jeunes se font plus rares.

M. Trudeau avait d'abord annoncé la création du nouveau programme en avril, et les détails ont été dévoilés le 25 juin. Le gouvernement a alors déclaré que des dizaines de milliers d'étudiants qui auront des difficultés à se trouver un emploi d'été en raison de la pandémie pourront obtenir une bourse d'études postsecondaires s'ils font du bénévolat — jusqu'à 5000 $ pour le maximum de 500 heures.

Mais le programme a immédiatement suscité des interrogations lorsqu'on a appris que l'organisme UNIS avait été choisi pour l'administrer. M. Trudeau a d'abord assuré que la recommandation venait de fonctionnaires fédéraux et que l'organisme UNIS, bien implanté partout au pays, était considéré comme le seul capable de se lancer rapidement dans la gestion de ce programme.

Mais M. Trudeau a rapidement fait face à des allégations de conflit d'intérêts à cause de ses relations antérieures avec UNIS. Ces allégations n'ont fait que s'amplifier lorsqu'on a appris, la semaine dernière, que sa femme, son frère et sa mère avaient été payés pour participer à des événements publics d'UNIS. Par ailleurs, l'une des filles du ministre des Finances, Bill Morneau, a elle aussi pris la parole lors d'événements d'UNIS, tandis qu'une autre travaille sous contrat pour l'organisme.

Un contrat de 20 millions $

MM. Trudeau et Morneau ont tous deux confirmé qu'ils ne s'étaient pas retirés lorsque le cabinet a approuvé l'octroi du contrat à UNIS. Mais le cabinet de M. Morneau a nié, dimanche, tout lien entre la participation de ses filles et le contrat gouvernemental octroyé à l'organisme pour gérer le programme de bourses — dont la valeur atteignait 20 millions $, a révélé M. Trudeau. L'organisme UNIS a déclaré, notamment par une annonce pleine page dans un quotidien lundi, que cette somme n'aurait couvert que ses frais.

Le gouvernement et UNIS ont mis fin à l'entente le 3 juillet. Le ministère fédéral de l'Emploi et du Développement social a depuis repris la gestion du programme, mais les responsables ont reconnu que ce changement entraînerait des retards dans son déploiement.

Le commissaire à l'éthique, Mario Dion, enquête actuellement sur un éventuel conflit d'intérêts de M. Trudeau dans cette affaire. Les conservateurs et les néo-démocrates ont aussi demandé au commissaire Dion de se pencher sur l'implication du ministre Morneau. Les conservateurs veulent aussi que M. Trudeau comparaisse devant le comité des finances de la Chambre des communes pour répondre aux questions sur la façon dont l'entente avec UNIS a été conclue. M. Trudeau a indiqué qu'il examinerait toutes les invitations et en discuterait avec ses collaborateurs.

Les partis de l'opposition demandent également une enquête du comité d'éthique de la Chambre des communes, et le sénateur conservateur Don Plett a écrit au président de la chambre haute pour lui demander que le Sénat soit rappelé cet été afin d'amorcer sa propre enquête.

Le quotidien «The Globe and Mail» a écrit lundi que le ministre des Ressources naturelles, Seamus O'Regan, et la cheffe de cabinet de M. Trudeau, Katie Telford, avaient déjà aidé l'organisme UNIS à recueillir des fonds, avant que les libéraux ne forment le gouvernement en 2015.