Maintenant qu’Ottawa a répondu à la demande de l’UPA d’autoriser les travailleurs étrangers à pouvoir entrer au Canada malgré la fermeture des frontières nationales, ce sont plusieurs producteurs de la région qui peuvent pousser un soupir de soulagement.
Maintenant qu’Ottawa a répondu à la demande de l’UPA d’autoriser les travailleurs étrangers à pouvoir entrer au Canada malgré la fermeture des frontières nationales, ce sont plusieurs producteurs de la région qui peuvent pousser un soupir de soulagement.

Travailleurs étrangers admis au pays: soulagement chez les agriculteurs

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Maintenant qu’Ottawa a répondu à la demande de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) d’autoriser les travailleurs étrangers à pouvoir entrer au Canada malgré la fermeture des frontières nationales, ce sont plusieurs producteurs de la région qui peuvent pousser un soupir de soulagement.

Mercredi matin, l’UPA a demandé, au gouvernement fédéral, moyennant un protocole strict de mesures de contrôle sanitaire, une exemption pour l’entrée au pays de travailleurs étrangers temporaire, sans quoi le syndicat national mettait en garde que la saison de production agricole à venir risquait d’être compromise, ce qui aurait eu comme conséquence la mise en péril de la sécurité alimentaire des Québécois et une flambée des prix des fruits et légumes.

Selon l’UPA, les quelque 16 000 travailleurs issus du Mexique et d’Amérique centrale permettent de sécuriser les récoltes au Québec depuis plusieurs années.

« C’est une très bonne nouvelle. Avec les travailleurs qui vont rentrer dans les champs, les producteurs vont pouvoir commander leurs semences et commencer la plantation. Ça vient permettre de stabiliser la base de l’agriculture qui est de semer, de planter et de récolter », a réagi le président de l’UPA Outaouais-Laurentides, Stéphane Alary, lorsque joint par Le Droit, en fin d’après-midi.

Même si l’agriculture de l’Outaouais est davantage axée sur la production bovine, laitière et céréalière, elles sont tout de même plusieurs entreprises maraîchères d’ici qui auraient pu subir les contrecoups de la fermeture des frontières à la main-d’œuvre étrangère.

Dans la région, ce sont un peu plus d’une centaine de travailleurs étrangers qui sont embauchés chaque année par des entreprises agricoles, selon Émilie Caron, directrice du Centre d’emploi agricole de la Fédération de l’UPA de l’Outaouais-Laurentides.

« Le printemps, c’est là où il y a l’arrivée massive de nos travailleurs. C’est une période critique où on fait la plantation, mais aussi où on récolte certains produits comme les fraises », indiquait plus tôt cette semaine Mme Caron.

L’inquiétude était palpable depuis les derniers jours parmi les producteurs de la région. Le cas de la Ferme aux pleines faveurs, située à Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation, démontre bien l’impact que risquait d’avoir la fermeture des frontières canadiennes sur l’économie agricole régionale, si les travailleurs étrangers n’étaient plus admissibles au pays. La ferme maraîchère qui se spécialise dans la production de paniers de fruits et légumes biologiques embauche chaque année 10 travailleurs saisonniers en provenance du Guatemala.

Une première vague doit arriver autour du 10 avril. Deux autres groupes sont attendus un peu plus tard en mai. Le propriétaire de l’entreprise, Martin Turcot, s’inquiétait pour la suite, mercredi, avant que le gouvernement Trudeau annonce son intention d’appuyer la demande de l’UPA.

« Pour l’instant, nous sommes corrects, mais si jamais c’est bloqué pour longtemps, on ne pourra pas cultiver autant qu’à l’habitude. L’impact financier sera énorme. On pourrait perdre des centaines de milliers de dollars de vente », confiait l’agriculteur.


« Les producteurs vont pouvoir commander leurs semences et commencer la plantation »
Stéphane Alary

Ces travailleurs sont des employés qui reviennent à la ferme depuis déjà quelques années. Ils connaissent les rouages de l’entreprise et sont formés pour bien accomplir leurs tâches respectives. La ferme a besoin d’eux, disait M. Turcot. Remplacer ceux-ci du jour au lendemain par des gens non qualifiés n’était pas une option envisageable, selon lui. « Notre gérant à l’emballage est un Guatémaltèque. Dans les champs, mon bras droit est un Guatémaltèque. S’ils ne reviennent pas, notre production va baisser de moitié », expliquait le producteur agricole.

La sœur de M. Turcot, Isabelle, est également productrice. Elle est copropriétaire de la Ferme Vianney et Marguerite Turcot également établie à Saint-André-Avellin. Son entreprise, qui exploite 225 acres dont la majorité est consacrée à la production de pommes de terre, fait appel annuellement à cinq travailleurs en provenance du Guatemala et un travailleur en provenance du Mexique. Elle craignait aussi les conséquences de la fermeture des frontières aux ressortissants étrangers.

« Ça va devenir un problème après le début mai. Nos plants de choux sont déjà commandés. Si on n’a pas nos travailleurs, ça va tout ralentir la chaîne. C’est notre production de choux et de maïs qui risque d’être affectée. C’est très préoccupant », affirmait Mme Turcot, quelques heures avant l’annonce du gouvernement.

Selon les chiffres de l’UPA, les produits horticoles représentent environ 17 % du panier d’épicerie des Québécois.

+

Des mesures d’urgence pour les PME en milieu rural

Les entreprises basées dans la Basse-Lièvre ainsi que dans les MRC de Papineau et des Collines-de-l’Outaouais pourront obtenir une aide financière immédiate si elles sont impactées par la pandémie de la COVID-19. La Société d’aide au développement des collectivités (SADC) de Papineau-Collines a annoncé lundi le déploiement de « solutions » d’urgence pour venir appuyer les petites entreprises rurales. Un prêt de type « soutien » pouvant atteindre jusqu’à 25 000 $, avec possibilité de moratoire de capital et intérêt de six mois, remboursable sur un maximum de 48 mois, sera offert par l’organisme, tout comme des prêts souples et flexibles pouvant aller jusqu’à 300 000 $, adaptés aux besoins des entreprises soumissionnaires. « Par ailleurs, la SADC tient à souligner que tous les dossiers d’investissement en cours et les nouveaux dossiers continueront d’être traités en déployant les meilleurs efforts. Notre bureau demeure ouvert selon l’horaire habituel pour accueillir les entrepreneurs », a fait savoir l’organisation, par voie de communiqué.