Le salubriste Éric Saint-Arnaud sur la ligne de front à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie.
Le salubriste Éric Saint-Arnaud sur la ligne de front à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie.

[AU FRONT] Salubriste: au combat une désinfection à la fois

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Shawinigan — Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui le quotidien continue. Des personnes qui permettent d’offrir quelques sourires dans nos vies chamboulées.

Éric St-Arnaud travaille dans le réseau de la santé depuis 2001. Spécialiste en hygiène et salubrité à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie, à Shawinigan, le salubriste admet que la crise que l’on traverse présentement est du jamais-vu dans toute sa carrière. Malgré tout, son équipe et lui continuent d’être au front pour assurer la désinfection des installations médicales afin de limiter le plus possible la propagation du virus là où il aurait le plus de chances de se propager.

Q Comment estimez-vous que la crise actuelle a changé votre travail?

R C’est la pire crise qu’on a depuis que je suis dans le réseau. Présentement, tout le monde qui entre à l’hôpital est considéré comme porteur de la COVID-19. Pour notre équipe de désinfection, c’est un surplus d’ouvrage. Sur les unités, si un patient s’en va, on le considère quand même COVID. Normalement, on compte une vingtaine de minutes pour une désinfection de chambre lors d’un départ, mais présentement, on peut ajouter 20 minutes de plus en raison de la COVID. On peut donc dire que ça double notre temps de travail.

Quand je reçois les mises à jour, il faut s’arranger pour que les nouvelles informations qu’on peut avoir, quand il y a de nouvelles procédures, de nouvelles méthodes de désinfection, que tout mon personnel soit au courant le plus rapidement possible, que le message soit compris par tout le monde. Ce virus est embêtant. Tu peux l’avoir en isolement gouttelettes ou en isolement aérien. Pour le personnel, ça peut causer de l’ambiguïté. Lorsqu’on entre dans une chambre, il faut avoir la bonne information pour savoir le bon niveau de désinfection à faire, pour que ce soit bien fait. Voilà un mois, les directives changeaient aux 24 heures. Depuis deux semaines, c’est plus stable.

Q Vous et vos équipes êtes directement sur la ligne de front, et donc exposés au virus chaque jour. Est-ce difficile de composer avec ce stress?

R On a hâte que ça finisse. On ne se le cachera pas, c’est toujours dans notre tête et c’est stressant. Il y a aussi la crainte qu’on puisse ramener ça chez nous, la peur de l’inconnu. Il y en a qui ne dorment pas bien. Mais aussi bizarre que ça puisse paraître, on essaie d’en faire des jokes, pour ne pas que ce soit trop pesant. On veut alléger tout ça, tout en prenant ça très au sérieux. Il y a deux semaines, huit de mes collègues sont partis en quarantaine parce qu’un collègue a été testé positif. Ça peut arriver à tout le monde, il ne faut jamais l’oublier.

Q Avez-vous l’impression que le regard des autres a changé sur votre métier depuis le début de la crise?

R Quand il y a des crises comme ça, ou même quand il y a une éclosion de gastro dans une unité, on voit qu’on est très apprécié. On est un peu comme les gardiens de but, ils sont bien contents de nous voir arriver avec nos guenilles dans ce temps-là (rires). Alors ils le sont encore plus ces jours-ci.

Par contre, mon regard à moi, sur mon métier, il n’a pas changé. J’ai toujours fait mon travail professionnellement et je le fais encore aujourd’hui.

Q Sentez-vous que vous avez un bon soutien du réseau et des travailleurs du milieu de la santé?

R Totalement! Je n’ai qu’à penser à mon supérieur, Dany Brodeur, qui doit superviser treize installations. Il se donne corps et âme. Ça fait longtemps qu’il n’a pas eu une journée de congé et on peut toujours compter sur lui. Il y a beaucoup de solidarité entre les différents métiers aussi. C’était déjà bon avant, mais là on sent que c’est une grosse coche au-dessus. On est en guerre, mais on sent qu’on est tous ensemble pour combattre l’ennemi. On a tous besoin les uns des autres.