Le patrouilleur pour le SPVG, Patrick Kenney
Le patrouilleur pour le SPVG, Patrick Kenney

[AU FRONT] Patrick Kenney, policier: «C’est un privilège»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopération nationale de l’information indépendante amorcent aujourd’hui une série de portrait de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison, ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Patrouilleur pour le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) depuis 2012, Patrick Kenney ne le cache pas: la crise de la COVID-19 à laquelle nous sommes tous actuellement confrontés est un «événement qui met au défi les autorités policières», sachant que son travail est en constante évolution. Le père de quatre adolescents, qui doit concilier travail et famille puisqu’il est en autopatrouille autant le jour, le soir que la nuit, a également oeuvré comme policier à la Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l’Outaouais puis comme patrouilleur en vélo à l’Université d’Ottawa. 

Q Jusqu’à quel point votre quotidien de policier a changé depuis le début de la crise?

R Oui, en ce sens où il y a un peu moins d’activité, moins de trafic sur les routes. La majorité des commerces sont fermés aussi, alors il y a évidemment une diminution du nombre de vols à l’étalage. Le nombre d’appels a beaucoup diminué également, la majorité des gens respectent les consignes d’isolement. Par contre, dans les derniers jours, il y a eu une hausse du nombre d’appels liés à des dénonciations.

Q On nous a soufflé à l’oreille que vous avez eu une initiative personnelle au tout début de la crise pour donner un coup de pouce à vos collègues. Laquelle?

R En discutant avec un collègue de travail au sujet des emplois des services essentiels, parce que dans son cas, sa conjointe est paramédic et ils ont de jeunes enfants, je lui ai dit que les miens étaient grands et qu’on pourrait aider. De là m’est venue l’idée de s’entraider pour le gardiennage, parce qu’ils n’étaient pas seuls dans ce bateau-là. Ma fille a créé une page Facebook, avant que le gouvernement n’annonce qu’il y aurait des services de garde d’urgence (NDLR: qui ne sont pas ouverts le soir et la nuit, quarts de travail possibles pour les policiers, par exemple). Ce n’est donc plus très populaire, mais ça pourrait continuer dans le futur (après la crise), ne serait-ce que quand certains veulent une gardienne, car ils veulent faire une sortie de couple.

Le patrouilleur pour le SPVG, Patrick Kenney

Q Quel sentiment éprouvez-vous face au fait d’être au front pour aider les gens?

R Un sentiment de fierté, car c’est un privilège de pouvoir sortir et être contact avec les gens ces derniers jours, en respectant bien sûr les consignes de distanciation. C’est un privilège qu’on a les policiers et tous les intervenants de première ligne. J’ai moi-même été confiné avec les enfants, alors je peux m’imaginer que les gens qui le font depuis le tout début, sachant qu’il reste encore des semaines à venir, à quel point ça ne doit pas être facile. Évidemment, malgré tout, ça prend quelqu’un pour faire respecter les règlements.

Q Cette crise, c’est du jamais vu pour la grande majorité des gens. Est-ce que vous êtes inquiets, pour vous ou pour vos collègues, face à l’augmentation du nombre de cas confirmés de la COVID-19 ?


« C’est un privilège de pouvoir sortir et être contact avec les gens ces derniers jours, en respectant bien sûr les consignes de distanciation. »
Le patrouilleur du SPVG, Patrick Kenney

R Je fais confiance aux autorités ministérielles, je pense que ce sont les bonnes consignes qui sont données. Mon épouse travaille dans le domaine de la santé, alors je suis assez au courant des bonnes pratiques de travail que l’on doit employer et j’essaie de les répandre. Le seul élément sur lequel on n’a pas le contrôle, c’est les gens avec qui on fait affaire. Est-ce que ça aide à diminuer l’inquiétude? Je ne suis pas capable de le mesurer. Les policiers, on a tous prêté serment quand nous nous sommes engagés et nulle part dans un paragraphe on mentionnait ‘sauf si’. C’est certain que nous sommes tous des humains, on a tous des craintes, mais on prend toutes les précautions nécessaires pour se protéger.

Q Au final, quand la crise se résorbera, qu’est-ce que vous espérez que la société en ressortira de positif?

R Je suis confiant qu’on en tirera du bon. Il y a tellement de beaux messages qui circulent, il y a entre autres les artistes qui offrent du divertissement gratuit sur les réseaux sociaux. Les gens réalisent les bienfaits au niveau de la pollution, la population va peut-être juste réaliser que la nature a ses droits. Quand on prend une marche, tout le monde se dit bonjour. Il y a beaucoup d’humanité.