Natalie Ward est préposée aux services aux donneurs au Salon PLASMAVIE de Gatineau depuis quatre ans.
Natalie Ward est préposée aux services aux donneurs au Salon PLASMAVIE de Gatineau depuis quatre ans.

[AU FRONT] Natalie Ward, d’Héma-Québec: «Un simple sourire vaut mille mots»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopération nationale de l’information indépendante publient une série de portrait de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison, ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

C’est le cas de Natalie Ward, préposée aux services aux donneurs au Salon PLASMAVIE de Gatineau depuis quatre ans. Pour les habitués de l’endroit, l’employée d’Héma-Québec est celle qui accueille, inscrit et accompagne les donneurs de sang, de plasma ou de lait maternel. Veillant à la satisfaction et à la fidélisation de la clientèle, elle est aussi l’un des visages qui, par sa grande écoute et son humanité, rassurent les nouveaux venus qui pourraient avoir certaines craintes. Mme Ward a entre autres également comme tâches de préparer, monter et démonter les instruments et appareils en vue du don, en plus de préparer, sceller, étiqueter et emballer les échantillons et les produits sanguins. Le dynamisme et les relations interpersonnelles, c’est son affaire.

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Q Depuis le début de la crise, en quoi votre quotidien au travail a changé?

R C’est certain que l’achalandage est plus élevé, avec l’appel à tous lancé par le premier ministre Legault. D’autre part, nos mesures d’hygiène et notre protocole pour le nettoyage, qui étaient déjà des choses très importantes pour nous, ont été renforcées. On nettoie et stérilise chaque surface à l’entrée des gens, on prend la température de tout le monde qui entrent au salon, on désinfecte systématiquement les cabines et chaises de prélèvement. On s’assure que tout le monde qui fait un don est en santé.

Q Votre travail consiste à côtoyer le public sur une base quotidienne, à les accompagner parce qu’ils viennent poser un geste généreux, sur une base volontaire. La distanciation sociale étant tout le contraire de notre nature comme humains, quel est votre état d’esprit?

R Je me dis que ce n’est pas deux mètres de distance qui vont nous empêcher d’avoir une relation étroite avec une personne. On se trouve une autre façon de communiquer, l’amour et le respect sont des valeurs à avoir avec les autres. On peut aller au delà de ça, rien n’empêche d’être de bonne humeur. On peut communiquer avec un simple sourire, qui vaut mille mots. Même si on se sent tous vulnérables, chaque être humain vaut un sourire, il ne faut pas l’oublier. Et les règles, on doit les respecter car on a une responsabilité sociale envers ceux qui se déplacent, tandis que nous, on doit demeurer en santé pour continuer à pouvoir se présenter au travail.

Q Jusqu’à quel point l’appel lancé par le premier ministre François Legault et Héma-Québec pour demander à la population en santé de continuer à faire des dons de sang et de plasma pendant la pandémie a été entendu sur le terrain?

R Il y a un plus gros achalandage, c’est vraiment beau de voir un tel mouvement de solidarité. Le nombre d’appels a doublé au départ, là ça se stabilise. Vous savez, du plasma, on peut en donner tous les six jours, donc les gens reviennent. C’est un peu leur sortie officielle de la maison. Il y a aussi beaucoup de nouveaux donneurs. Ce sera important de les remercier et de les inciter à revenir. Les produits comme le plasma, c’est important pour nos receveurs et pas uniquement en période de crise. Le plasma, on ne peut pas l’inventer, il n’y a pas de recette magique. Il ne faudrait pas que les gens oublient ce geste une fois qu’ils retomberont dans la routine. 


« Même si on se sent tous vulnérables, chaque être humain vaut un sourire, il ne faut pas l’oublier. »
Natalie Ward

Q La situation actuelle vous rappelle-t-elle d’autres événements semblables à celui que nous sommes en train de vivre?

R C’est l’événement le plus marquant de ma vie. On entend souvent parler de tous les événements à travers le monde et on dirait qu’on minimise un peu tout ça quand ça se passe ailleurs, sauf que quand ça nous touche directement, ça fait réaliser à quel point personne n’est exempt de certaines choses qui peuvent se produire. Ça fait réaliser à quel point c’est important de respecter les règles et de prendre soin des gens. 

Q Une fois la crise terminée, jusqu’à quel point avez-vous l’impression que notre société et nos relations entre humains auront changé?

Je pense que la vie, c’est comme naviguer un bateau en mer. N’importe qui peut le faire quand la mer est calme, même un enfant, mais ça prend tout un capitaine quand il y a une tempête. Chaque individu est responsable de sa propre barque, mais il ne faut pas oublier de tendre une rame ou un gilet de sauvetage aux autres s’il le faut. Ce n’est pas tout le monde qui peut mener sa barque seul, qui est outillé pour passer à travers sur le plan à la fois physique et psychologique. Ça va nous demander d’être beaucoup plus solidaires et de faire preuve de résilience. Et pour prendre soin des autres, il faut aussi prendre soin de soi-même. J’offre mes plus sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la COVID-19 et du courage à tous ceux aux prises avec ce virus.