Pierre-Yves Lemieux, fiscaliste à la Société de comptables professionnels agréés gatinoise QuatreCPA
Pierre-Yves Lemieux, fiscaliste à la Société de comptables professionnels agréés gatinoise QuatreCPA

[AU FRONT] La saison de l’impôt décalée par le confinement

Le déconfinement progressif ramène au boulot des travailleuses et travailleurs de plusieurs secteurs. Mais la COVID-19 a changé leur travail. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux dont le métier ne sera plus jamais vraiment pareil.

Pierre-Yves Lemieux a fondé la Société de comptables professionnels agréés gatinoise QuatreCPA en juillet 2017 avec trois amis de l’université après avoir travaillé dans d’autres firmes. Le comptable de 31 ans spécialisé en fiscalité a acquis d’excellentes aptitudes en négociation au fil des ans en ayant représenté des contribuables devant les autorités fiscales. M. Lemieux est aussi chargé de cours à l’Université du Québec en Outaouais où il enseigne la fiscalité des entreprises et des investisseurs au baccalauréat en comptabilité.

Q Comment la crise de la COVID-19 a-t-elle affecté votre quotidien, vos activités professionnelles ?

R Il y a deux volets, soit la charge de travail et l’organisation du travail. D’habitude, les mois de mars et d’avril sont les mois les plus occupés. Cette année, peut-être que les gens ont décidé de recentrer leurs priorités. De notre côté, la saison de l’impôt a été décalée. J’ai eu un mois d’avril relativement tranquille comparativement à la normale. La quantité de temps supplémentaire est moins élevée que par les années passées, mais en mai on est en train de se rattraper, et pas à peu près. Il y a beaucoup de travail ce mois-ci parce que tout le monde veut ses dossiers en même temps. Tout le monde a besoin de ses états financiers pour obtenir les subventions et tout. Il n’y a donc pas moins de travail, c’est juste qu’il a été décalé. Je m’attends à ce que juin et les mois d’été soient assez occupés avec des projections financières et d’autres choses comme ça que nous devrons préparer en lien avec la pandémie. En ce qui a trait à l’organisation du travail, ça nous a poussés encore plus dans le numérique. Nous étions déjà assez sans papier au cabinet, mais là ça nous met à un autre niveau. Généralement, on rencontrait des gens pour leur faire signer des documents, mais avec la pandémie on a mis un stop à ça. Avec la pandémie, on ne fait plus de rencontres clients face à face. Il a fallu mettre en place des systèmes sécurisés et des portails pour le dépôt des documents, pour les signatures de documents, ainsi qu’avec les échanges avec l’Agence du revenu du Canada et Revenu Québec.

Q Quels sont les impacts de cette crise pour les comptables dans votre firme ?

R La profession comptable s’en allait déjà vers la numérisation. On a qu’à penser aux logiciels comptables qui sont sur le nuage. Tout ça était en branle, mais la pandémie est venue accentuer les choses. On a mis le pied non pas sur le frein, mais sur l’accélérateur. On s’est dit qu’il fallait que ça se fasse parce qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer, et s’il y aura d’autres vagues dans deux ans, dans cinq ans. Je pense que, pour la profession, nous serons prêts pour la suite, pour travailler à distance. Nous pourrons travailler à distance plus facilement. Nous avons fait des modifications à notre serveur pour avoir accès à nos systèmes beaucoup plus vite à distance.

Q Est-ce que le confinement va modifier vos façons de faire ?

C’est possible de faire tout ça à distance. Ça fait deux mois qu’on le fait. Je n’ai pas rencontré de clients sauf par téléphone, par Zoom, mais nous n’avons pas été physiquement près des clients depuis un certain temps. Les dossiers continuent d’entrer et de sortir. Ça fonctionne. Maintenant, les gens voudront-ils garder cette correspondance par voie électronique ? Je ne suis pas certain. Le volet humain est quand même important dans toute relation. Un comptable est une personne privilégiée dans les finances des entrepreneurs et des citoyens. Le contact de personne à personne, ça peut aider. J’ai hâte de voir comment les gens vont réagir. Il y en a peut-être qui diront qu’ils n’ont plus besoin de me rencontrer parce que ça a fonctionné à distance, mais j’ai l’impression qu’une grande partie dira qu’elle aime rencontrer son comptable une fois ou deux par année et jaser de ses problèmes face à face. Est-ce que je manque le contact humain ? Oui, parce que j’aime rencontrer mes clients et leur parler. Le PR [les relations publiques] , ça fait partie de notre travail aussi. J’aimais ça aller dans des lunchs d’affaires, des 5 à 7, mais en ce moment on ne le fait plus.