Hélène Lauzier est courtière immobilière.
Hélène Lauzier est courtière immobilière.

[AU FRONT] Hélène Lauzier, courtière immobilière: apprendre à ralentir

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
Le déconfinement progressif ramène au boulot des travailleuses et travailleuses de plusieurs secteurs. Mais la COVID-19 a changé leur travail. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux dont le métier ne sera plus jamais vraiment pareil.

En 38 ans de carrière comme courtière immobilière, Hélène Lauzier n’a jamais connu de situation semblable à la pandémie actuelle. Par chance, le secteur de l’immobilier est mieux adapté au télétravail que d’autres. Le grand défi fut d’apprendre à ralentir pour cette pianiste qui est entrée dans le domaine de l’immobilier afin de donner encore plus de rythme à sa vie.

Q: Comment la crise a-t-elle affecté votre quotidien?

R: Être courtier immobilier, c’est un travail où il faut être disponible 7 jours et 7 soirs par semaine. Normalement, je cours tout le temps. Je n’arrête jamais. Je suis habituée de sortir, d’avoir une vie sociale, de voir du monde à longueur de journée, d’aller au bureau, de gérer mon agence immobilière, etc. Alors, je me suis reposée un peu. 

Le premier mois, ce n’était pas si pire. J’ai fait un grand ménage. Éventuellement, je commençais à avoir des fourmis dans les jambes, alors j’ai pris des marches avec mon chien. 

Personnellement, j’ai appris à ralentir. Je pense que cette expérience aura un effet positif sur beaucoup de monde. Il faut le voir comme ça, parce que si on ne voit que le négatif on déprime. Ça va peut-être apprendre aux gens qu’on ne peut pas avoir tout ce qu’on veut tout le temps et qu’on ne peut pas tout contrôler.

Q: Comment la crise a-t-elle affecté vos activités professionnelles ?

R: C’est arrivé très soudainement. Nous avons eu des contraintes énormes quand ils ont décidé que nous n’avions plus le droit d’exercer notre profession. Évidemment, comme tout le monde qui était confiné à la maison, nous avons beaucoup travaillé par téléphone. On peut faire beaucoup de choses par téléphone, mais on ne pouvait pas faire des visites de maisons ni aller chercher de nouvelles inscriptions. 

Éventuellement, le gouvernement a changé son fusil d’épaule en disant qu’on pouvait faire des visites. Il ne voulait pas qu’il y ait une crise du logement, car il y avait des maisons vendues et des gens devaient se reloger absolument. D’abord, ils ont assoupli les règles du notaire, de sorte que les notaires peuvent faire les contrats notariés sans que les personnes soient physiquement présentes. Ensuite, ils ont permis qu’en cas d’exception le courtier puisse faire une visite pour les gens qui ont besoin de se loger avant le 31 juillet. 

Pour ma part, ça m’a permis de faire cinq transactions au mois d’avril, en plein confinement. C’étaient des urgences, des gens qui devaient se loger pour le mois de mai. J’ai eu quelqu’un qui est arrivé hier des États-Unis et qui n’a même pas vu physiquement le condo qu’il a acheté. Il a envoyé son fils, on a fait une visite virtuelle et hier il est arrivé dans le condo où il s’est mis en confinement. Il est content de la vue et du condo, mais c’est quand même un peu spécial de travailler de cette façon.

Habituellement, j’aurais pu faire une dizaine de ventes, mais c’est quand même miraculeux que j’en aie fait cinq durant le confinement. En fait, j’ai fait cinq visites et cinq ventes. Quand quelqu’un nous demandait une visite, c’est qu’il était très sérieux pour se donner la peine de sortir. 

Q: Quels sont les impacts ressentis ?

R: Nos clients qui veulent vendre trouvent le temps long. On doit les garder patients et optimistes. Au lieu de couper, j’ai doublé ma publicité. Les gens sont chez eux, ils sont confinés, alors ils ont juste ça à faire, magasiner une maison, si c’est leur projet. J’ai avisé mes clients de mon plan d’action. C’est ce que je pouvais faire de mieux : rester présente pour quand on reprendrait nos activités. 

Je crois qu’il se vend toujours environ le même nombre de maisons en une année. J’ai confiance, surtout dans une ville comme Québec. Chaque fois qu’il y a eu une crise immobilière, elle était la moins touchée. Québec était la moins touchée à cause de la stabilité des emplois. Je ne crois pas que le marché de l’immobilier de Québec va chuter comme certains se plaisent à le dire. Comme partout il y aura une fluctuation, mais moins élevée que dans des grandes villes industrielles.

Q: Avec le déconfinement qui s’entame, comment cette expérience transforme vos manières de travailler ?

R: Il y a des contraintes à respecter pour les visites. Un visiteur à la fois. Il faut respecter les deux mètres de distance et apporter des désinfectants pour nettoyer tout ce qu’on touche. On demande au propriétaire d’être absent, ce que j’ai toujours prôné. Je demande au propriétaire d’allumer toutes les lumières et de faire la mise en scène avant de quitter la maison pour qu’on touche aux choses le moins possible. 

Honnêtement, on était déjà beaucoup en télétravail. Le domaine de l’immobilier était déjà bien adapté. Évidemment, il faut prendre les contrats de courtage en personne. Il faut qu’on ait évalué la maison, mais à part ça, toutes les autres transactions se faisaient à distance. Dès qu’une personne avait visité la maison, on faisait la promesse d’achat par signature électronique. On faisait déjà énormément de visites virtuelles de maisons. Vendre une propriété à quelqu’un qui habite en Europe, qui l’a visité en ligne, et à qui il ne reste qu’une visite physique à faire avant de conclure : ça se faisait déjà depuis plusieurs années.

Si j’ai réussi à faire cinq ventes en cinq visites durant le confinement, ça veut dire qu’avec les moyens en place, comme les visites virtuelles, fonctionnent bien. Il y a 38 ans quand j’ai commencé, c’était une autre histoire. On mettait une pancarte devant une maison et on avait peut-être cinquante appels. Il fallait décrire la maison au téléphone ou encore la faire visiter cinquante fois, donc faire cinquante fois le ménage et la visite et le suivi!