«Au-delà de la crise, du confinement, je vois la capacité de l’humain à s’adapter, à trouver des forces en lui qu’il ne soupçonnait pas», indique Esther Laframboise, directrice du CPS de la Haute-Yamaska.
«Au-delà de la crise, du confinement, je vois la capacité de l’humain à s’adapter, à trouver des forces en lui qu’il ne soupçonnait pas», indique Esther Laframboise, directrice du CPS de la Haute-Yamaska.

[AU FRONT] Esther Laframboise, directrice en prévention du suicide: «On cultive l’espoir»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Le mot crise est intimement lié à la détresse. En cette période de pandémie, la directrice du Centre de prévention du suicide (CPS) de la Haute-Yamaska, Esther Laframboise, est en première ligne avec son équipe pour soutenir la population dans cette épreuve aux nombreuses ramifications, tant sur le plan personnel que professionnel. Dans ce tumulte, les collègues ont également dû se serrer les coudes pour garder le cap.

Q Comment vivez-vous cette crise au Centre de prévention du suicide?

R Comme tout le monde, ça a demandé une grande capacité d’adaptation. On travaille toujours dans un contexte d’intervention de crise. Là, c’est toute la population qui est touchée. On a dû s’organiser pour que notre personnel puisse continuer à travailler. À l’interne, des gens sont anxieux, d’autres moins, alors on a dû mettre des mesures en place pour rassurer les gens. On a aussi instauré des moments de détente pour être capables de rester à l’écoute des personnes qui nous appellent. On a dû trouver un équilibre.

Q Où puisez-vous votre motivation, alors que vous vivez également les contrecoups de la pandémie?

R Le fait d’être reconnu comme un service essentiel contribue à la fierté dans notre travail. On sait que les gens ont besoin de nous, de parler, d’avoir accès à plusieurs de nos services. On puise notre force dans notre esprit d’équipe. On ne doit rien tenir pour acquis pour continuer d’avancer.

Q La détresse des gens se manifeste-t-elle de façon bien tangible? Croyez-vous qu’un certain ressac surviendra au cours des semaines, voire des mois à venir?

R On anticipait que le flot d’appels allait s’accroître rapidement. Mais actuellement, on ne constate pas de pic marqué. On a misé sur la prévention auprès des gens que l’on connaissait déjà. Il faut savoir que le suicide est multifactoriel. En contexte de pandémie, le facteur d’isolement peut augmenter la détresse. On croit qu’au cours des semaines à venir, quand les difficultés financières vont s’ajouter, la détresse suicidaire va augmenter. Donc, il ne faut pas attendre pour parler de son anxiété à un proche ou à un intervenant (du CPS). Ça permet de désamorcer plusieurs choses.

Q Quelle image vous vient en tête lorsque vous pensez à la crise actuelle?

R On cultive l’espoir depuis 35 ans. Et c’est plus vrai que jamais. Au-delà de la crise, du confinement, je vois la capacité de l’humain à s’adapter, à trouver des forces en lui qu’il ne soupçonnait pas. Je crois qu’il y aura de beaux constats de société à travers ça. On va retrouver une vie agréable et continuer de se serrer les coudes en tissant des liens de façon créative.