Selon les environnementalistes, les Québécois autrefois champions de la petite voiture économe en essence achètent de plus en plus massivement des gros véhicules polluants.
Selon les environnementalistes, les Québécois autrefois champions de la petite voiture économe en essence achètent de plus en plus massivement des gros véhicules polluants.

Transport et environnement: les Québécois font l’inverse de ce qu’ils souhaitent

La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Les Québécois se disent massivement en faveur de certains gestes pour lutter contre les changements climatiques, mais leur comportement en matière de transport privé va complètement à l’encontre de cette bonne volonté apparente.

Un sondage Léger réalisé pour le compte de quatre organismes environnementaux et dévoilé lundi à Montréal démontre que près de huit Québécois sur dix (78 %) sont en faveur d’un soutien de l’État québécois pour encourager l’utilisation de véhicules moins polluants. Ce soutien demeure majoritaire lorsqu’on leur demande si Québec devrait imposer une nouvelle taxe pour décourager l’achat et l’usage de véhicules polluants, mais cette majorité baisse alors à 55 %.

Ce soutien plus tiède pour une nouvelle taxe n’étonne pas et, surtout, ne décourage pas Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki, bien au contraire.

«Si je vais faire un vox pop dans la rue et que je demande aux gens: voulez-vous une nouvelle taxe? Probablement que huit ou neuf personnes sur dix vont me dire non. C’est très parlant qu’une majorité de personnes au Québec considèrent légitime d’avoir une redevance sur les voitures les plus polluantes. Ça veut dire que cette mesure d’écofiscalité a une certaine légitimité dans la population.»

Bien que ces réponses aient de quoi encourager les groupes environnementaux, les données touchant le comportement réel des Québécois montrent une insouciance qui les inquiète.

Ainsi, alors que la stratégie gouvernementale de réduction de gaz à effet de serre (GES) vise une diminution de la consommation de produits pétroliers de 40 % en 2030 par rapport à 2013, la consommation d’essence a au contraire augmenté de 24 % entre 2013 et 2018 au Québec.

Cette augmentation s’explique en grande partie par deux autres constats, soit que le nombre de véhicules personnels a augmenté de 65 % depuis 1990, soit trois fois plus que la croissance démographique, qui a atteint 19 %. Aussi, et c’est là où le bât blesse selon les environnementalistes, les Québécois autrefois champions de la petite voiture économe en essence achètent de plus en plus massivement des gros véhicules polluants. Depuis 2015, les ventes de gros véhicules polluants surpassent celles de voitures écoénergétiques et ont représenté 64 % des ventes totales de véhicules neufs en 2018, ce qui représente une augmentation de 263 % par rapport à 1990.

En dévoilant les résultats du sondage, Équiterre, la Fondation David Suzuki, Vivre en ville et l’Association des véhicules électriques du Québec ont fait valoir qu’avec les incitatifs actuels d’achat de véhicules électriques, le Fonds vert sera rapidement épuisé ou, à tout le moins, assez sérieusement grevé, d’où leur proposition d’accentuer les pénalités à l’achat de grosses cylindrées polluantes et d’utiliser cet argent pour financer davantage d’incitatifs à l’achat de véhicules non polluants. Avec une telle approche, l’électrification du parc automobile personnel des Québécois s’autofinancerait.

Christian Savard, de Vivre en ville, note que le programme incitatif pour l’achat de véhicules électriques représente un déboursé de 250 millions $ par année.

«Pour l’instant, cet argent est pris dans le Fonds vert qui est doté d’environ 750 millions $ par année. Donc, pour à peu près 30 000 véhicules, on prend le tiers du Fonds vert annuellement.

«À terme, on va faire face à un écueil. On n’aura pas assez d’argent pour continuer les incitatifs à travers le Fonds vert. Surtout, le Fonds vert ne servira plus à aider nos collectivités à s’adapter aux changements climatiques, aux inondations, à l’érosion côtière. Ça veut dire ne plus avoir d’argent pour le transport collectif, ça veut dire ne plus aider nos industries à prendre le virage. Donc on a besoin d’une source de revenus supplémentaire pour réussir ce virage-là et c’est pour ça qu’on parle d’un fonds autofinancé redevance/remise qui serait financé, lui, par une redevance à l’achat des véhicules polluants», explique-t-il.

Par ailleurs, ils demandent également au gouvernement d’intensifier les mesures punitives envers les constructeurs automobiles qui traînent la patte pour répondre à la demande des consommateurs pour les véhicules électriques.