Le grand patron du CISSSO, Jean Hébert, a annoncé la mise en place d’une « deuxième vague de mesures exceptionnelles » dans les urgences de l’Outaouais.

Transferts obligatoires au CISSSO

La crise qui frappe les urgences urbaines de l’Outaouais en raison de l’intensité de la saison de la grippe force les dirigeants du réseau de la santé à rendre obligatoires les transferts de patients vers des ressources en milieu rural pour libérer des lits dans les hôpitaux de Gatineau.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a annoncé, vendredi, la mise en place d’une « deuxième vague de mesures exceptionnelles » pour tenter d’atténuer l’engorgement dans les salles d’urgence gatinoises. Certaines mesures dites « exceptionnelles » avaient déjà été mises en place au début février, « mais force est de constater qu’elles n’ont pas suffi », a reconnu l’organisation.

Devant l’échec des transferts volontaires de patients vers des ressources en périphérie « en raison des défis que cela pouvait occasionner pour les familles et les proches des usagers », le CISSSO prend maintenant les grands moyens et forcera tout déplacement jugé nécessaire.

« Ce n’est pas un choix qui est facile, a reconnu le grand patron du CISSSO, Jean Hébert. [...] La décision qu’on prend aujourd’hui, c’est qu’on va forcer le déplacement temporaire, et on va aussi s’engager à ce que toute personne transférée de manière transitoire vers un autre territoire soit priorisée pour sa relocalisation. »

Une telle mesure peut toucher, par exemple, une personne qui se trouve à l’hôpital en attendant qu’une place se libère dans un centre d’hébergement en particulier. Si une place se libère ailleurs — que ce soit à Shawville, à Gatineau ou à Maniwaki —, le CISSSO se donne maintenant le droit de forcer le transfert de cette personne jusqu’à ce que la crise se résorbe.

Des transferts sont aussi possibles d’un hôpital à un autre. À l’heure actuelle, une soixantaine de patients occupent « un lit d’hôpital en attente d’une place appropriée à leur condition », a fait savoir le CISSSO. Il y a un an, près de 200 patients se trouvaient dans une telle situation.

L’organisation affirme vouloir quand même établir « un dialogue » avec les patients et leur famille. 

« On n’y arrive pas si les gens ne nous tendent pas la main, affirme le président-directeur général adjoint, le Dr Daniel Tardif. On a besoin de cette collaboration-là avec la population. C’est beaucoup un appel à la population qu’on fait aujourd’hui, pour dire ‘donnez-nous une chance, aidez-nous à vous aider pour que si vous êtes très, très malade, [...] qu’on soit capable de vous accueillir’. »

Pendant ce temps, la grippe continue de sévir. L’achalandage dans les salles d’urgence est aussi élevé en raison des conditions météorologiques qui causent de nombreuses chutes.

Recrutement

L’organisation affirme poursuivre ses efforts de recrutement, et indique avoir augmenté son taux de recrutement de 40 % par rapport à l’an dernier. 

Malgré cela, le taux de dotation de l’ensemble des postes n’atteint que 84 %, alors qu’il était de 87 % à pareille date l’an dernier.

Les dirigeants du réseau demandent donc à « toute personne qualifiée pour travailler à titre d’infirmière, d’infirmière auxiliaire, préposé aux bénéficiaires ou agente administrative » ayant des disponibilités de soumettre sa candidature sur le site Internet du CISSSO. 

L’équipe des ressources humaines contactera les gens « dans les 48 heures ».

La pression liée au manque de personnel risque par ailleurs de se faire encore plus sentir pendant les semaines de relâche du Québec et de l’Ontario, alors que plusieurs employés seront en congé et que le nombre de fractures risque d’être en hausse.

Jean Hébert estime tout de même que malgré le statut « fragile » des services, « ça ne remet pas en question la qualité ou la sécurité des soins ».

PÉNURIE DE MAIN-D'OEUVRE AU CISSSO : LES EMPLOYÉS DES SYNDICATS APPELÉS EN RENFORT

« Certaines activités syndicales internes » seront annulées pour les trois prochaines semaines dans le réseau de la santé de l’Outaouais afin que des employés en libération syndicale puissent remettre leur uniforme pour « prêter main-forte aux collègues sur le terrain ».

Alors que les premières mesures exceptionnelles annoncées au début février n’ont « pas encore permis d’enrayer » les heures supplémentaires obligatoires, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) se tourne vers ses employés libérés pour oeuvrer au sein de leur syndicat afin d’avoir accès des ressources additionnelles.

De l’aveu même du président-directeur général du CISSSO, Jean Hébert, « ça ne s’est jamais vu ».

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a déjà donné son accord à une telle mesure, ce qui devrait permettre l’ajout temporaire de sept préposés aux bénéficiaires et de trois employés de bureau.

« Il faut réagir à ça, il faut prendre les devants et dire ‘on va faire notre part’, a souligné le vice-président régional de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, Christian Meilleur. [...] Mais ce serait important que pendant ces trois semaines-là, qu’ils en profitent aussi pour ajuster le réseau, parce qu’on est toujours en train de gérer une crise, il y a toujours une mesure d’exception. »

Du côté du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), qui représente notamment les infirmières et les infirmières auxiliaires, la présidente Lyne Plante dit avoir refusé la plus récente demande du CISSSO, entre autres pour que ses membres puissent continuer d’obtenir le soutien des employés du syndicat en ces temps de crise.

Lyne Plante, présidente du SPSO

Le SPSO assure néanmoins que ses membres qui sont en libération syndicale n’hésiteront pas à retourner sur le plancher si c’est nécessaire pour éviter un bris de service, comme ils le font « chaque fois » qu’un tel scénario se présente, a mentionné Mme Plante.