Le terrain du 1415, rue Saint-Louis

Toyota Gatineau: le projet tombe à l’eau

Le projet de l’homme d’affaires Normand Poirier de déménager son concessionnaire automobile Toyota Gatineau en zone inondable dans le secteur Pointe-Gatineau a essuyé un important revers, mardi soir, à la table du conseil municipal.

Une majorité d’élus s’est rangée derrière la conseillère du quartier, Myriam Nadeau, pour bloquer la demande de changement au schéma d’aménagement de la Ville qui aurait permis au promoteur d’éventuellement ériger au 1415, rue Saint-Louis, un complexe commercial de plusieurs dizaines de millions $. 

Mme Nadeau avait perdu essentiellement la même bataille lors du conseil municipal du 3 octobre dernier. La totalité des élus indépendants avait alors voté en faveur du projet de M. Poirier. 

« Avant les élections, il n’y avait pas de problème, on allait de l’avant, et à un moment donné tout a changé, je ne comprends pas, je ne sais pas ce qui s’est passé, a affirmé le nouveau président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin. C’est un peu triste qu’on refuse de changer le schéma alors qu’il n’y a même pas encore de projet présenté. On se fait des peurs pour rien. »

M. Blondin et ses collègues Gilles Chagnon, Louise Boudrias et Jean-François LeBlanc, ont été les seuls à appuyer la demande du propriétaire de Toyota Gatineau lors du vote au conseil. 

Les résidents du quartier qui s’étaient déplacés pour assister au vote ont poussé un soupir de soulagement. « C’est une question d’équité et de justice sociale, a affirmé la présidente de l’association des résidents du quartier, Lucie Fortin. Quel aurait été le message envoyé par la Ville en permettant à ce monsieur de construire son commerce à cet endroit alors que des résidents dont la maison a été démolie ne peuvent pas reconstruire ? »

Myriam Nadeau était elle aussi visiblement soulagée de voir le conseil changer son fusil d’épaule dans ce dossier.

« On a connu une crue centenaire et malheureusement, des événements de plus en plus extrêmes on va en vivre plus fréquemment, a rappelé Mme Nadeau. C’est, selon moi, d’abord là-dessus que le service de l’urbanisme doit mettre du temps et de l’énergie, avant de s’engager dans la modification d’un schéma d’aménagement pour un projet qui peut-être n’aura jamais sa raison d’être à cet endroit. »

Pour le président de la commission de développement économique, Jean-François LeBlanc, la Ville vient de rater une belle occasion de favoriser le développement des affaires sur son territoire. 

« Si on veut arrêter de monter les taxes des citoyens, il faut développer », a-t-il lancé. 

Il y avait lieu, selon lui, de négocier avec le promoteur pour qu’il modifie son projet plutôt que de bloquer un changement au schéma. 

« Je ne parle pas d’un concessionnaire automobile sur pilotis, ça aurait été ridicule, mais un pavé alvéolé [qui laisse l’eau s’infiltrer dans le sol] ça se fait, a-t-il souligné. J’ai vu ça à une pharmacie. Ils l’ont enlevé depuis à cause des béquilles et des talons hauts, ça ne fonctionnait pas, mais pour un concessionnaire, pourquoi pas ? » 

L’avocat de M. Poirier, Me Anthony Robert, était présent à la séance du conseil municipal. Il a quitté sans répondre aux questions des médias.