Marie-Claude Blanchard, la chef de l’équipe de soutien psychosocial de mesures d’urgence du CISSSO.

Tornades: mélange de choc et de résilience chez les sinistrés

Il y a eu ce monsieur, sinistré, « tout seul avec ses trois enfants ». Malgré sa détresse, il aurait voulu « faire une dinde et un bon souper de l’Action de grâce aux intervenants qui prennent soin de sa famille depuis le passage dévastateur de la tornade dans le quartier Mont-Bleu, le 21 septembre.

Chef de l’équipe en soutien psychosocial de mesures d’urgence et de sécurité civile au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Marie-Claude Blanchard a été marquée par de nombreux sinistrés qu’elle a rencontrés depuis que la tornade a frappé. D’abord au Cégep de l’Outaouais, puis au centre communautaire Père-Arthur-Guertin où le centre des sinistrés a été déménagé, elle a été «touchée par la résilience des gens». «Les gens étaient toujours souriants, ils étaient contents de nous avoir et reconnaissants de l’aide apportée», raconte celle qui est intervenue dès les premières heures de la crise.

Le père de famille seul avec ses trois enfants qui lui a dit qu’il aurait aimé concocter un souper de l’Action de grâce à l’équipe d’intervenants fait partie des souvenirs empreints d’émotion qu’elle gardera des dernières semaines. «Dans toute sa détresse, avec l’épuisement qu’il vivait, il pensait à nous, donc c’est sûr que ça m’a touchée», souligne Mme Blanchard.

En entrevue avec Le Droit, la chef d’équipe a rappelé que plus de 1700 personnes affectées par la tornade dans le Mont-Bleu se sont inscrites auprès de la Croix-Rouge. De nouveaux noms s’ajoutent encore, par exemple de gens initialement accueillis par des amis qui ont maintenant besoin d’hébergement. Le centre de sinistrés n’est plus ouvert la nuit, mais «une centaine» de sinistrés dorment encore à l’hôtel. Le centre demeure ouvert le jour et en soirée, tant pour ceux qui «ont besoin de ventiler» que pour ceux qui doivent, par exemple, renouveler leur hébergement auprès de la Croix-Rouge.

Rétablissement

Dans les minutes suivant le passage de la tornade, de nombreux partenaires se sont mobilisés. Au départ, «les gens étaient vraiment sous le choc». «Il y avait de la détresse, il y avait des gens qui étaient juste en choc, qui ne croyaient pas à ce qui s’était passé parce que c’était trop gros, raconte Mme Blanchard. [...] Là, on est dans la phase de rétablissement. Pour les gens qui ont réintégré leur logement, ça va bien, mais il y a des gens qui ne sont pas certains de la suite et ça cause beaucoup d’anxiété. Certains vivent de la frustration.»

Au-delà des interventions initiales, l’équipe de soutien psychosocial tente de voir à plus long terme — entre autres avec des rencontres de groupe —, car la détresse peut frapper à retardement. «Dans la période de choc, il y a un petit peu de déni, explique Mme Blanchard. Les gens sont sur l’adrénaline, un peu en mode survie. Il y a des parents qui doivent être forts pour leurs enfants. C’est sûr que quand tout va se rétablir, qu’ils vont être retournés dans leur routine et qu’il va y avoir moins d’aide de l’extérieur, il peut y avoir des symptômes de stress post-traumatique qui s’installent avec beaucoup de flashbacks ou de l’hypervigilance. S’il y a un vent ou si on annonce une tempête, le déclencheur peut être là et c’est là qu’ils vont remarquer que ça les ébranle.»

Ce qu’il faut surveiller

L’anxiété initiale est «très normale», a-t-on expliqué aux sinistrés. Mais si les flashbacks et les cauchemars perdurent et s’aggravent, «c’est ça qu’il faut regarder», précise Mme Blanchard.

Les interventions peuvent aussi être particulières auprès d’immigrants ayant connu «beaucoup de traumatismes et de situations difficiles dans leur propre pays», qui sont arrivés au Canada «avec peu» et qui doivent encore repartir à zéro.

Les sinistrés qui n’ont pas déjà été «repérés» peuvent contacter le service Info-Social en composant le 8-1-1. «Les sinistrés sont priorisés» assure Marie-Claude Blanchard, qui précise que certaines personnes n’ayant pas été directement touchées par la tornade ont aussi sollicité de l’aide en raison d’une «anxiété d’anticipation», par crainte d’être elles aussi un jour victimes d’une telle tragédie.

Pour les intervenants, malgré les longues heures et la charge émotive inhérente à toute crise de la sorte, une «énergie positive» a toujours été au rendez-vous, souligne Mme Blanchard. Car à travers le choc, la résilience «remarquable» des sinistrés aura assurément marqué leur travail.