Le pompier gatinois, Stéphane Craig, se rappellera longtemps de ce vendredi 21 septembre 2018.

Tornade de septembre 2018: «Le temps s’est arrêté»

Une partie du troisième étage d’un immeuble éventré au beau milieu de la rue, des sinistrés qui saignent, la pluie battante, le vent et l’adrénaline qui le tient : les souvenirs du 21 septembre 2018 sont gravés dans la mémoire du chef de division aux opérations du Service de sécurité incendie de Gatineau (SSIG), Stéphane Craig.

Ce jour-là, aux alentours de 17 h, il s’apprête à fermer les livres pour retourner à la maison lorsqu’il reçoit l’alerte météo de tornade, qu’il ne prend pas totalement au sérieux. Puis, quelques minutes plus tard, il entend sur les ondes radio le premier appel signalant qu’un incendie a pris naissance à l’école secondaire Mont-Bleu. Il n’a alors aucune idée de ce qui se trame réellement dans le ciel.

« Il y avait déjà un chef en devoir, ce n’était pas moi à ce moment-là, mais comme il y avait de plus en plus d’appels, j’ai décidé de me mettre en route pour aller prêter main-forte. Il ne fait pas beau, on ne voit rien, je me faufile dans le trafic. Entre-temps, on reçoit un appel pour un début d’incendie avec effondrement de structure sur la rue Jumonville. J’ai pris cet appel. [...] Je suis dans la bretelle de la 50 qui mène au boulevard Saint-Joseph et je vois plein de débris dans la sortie. À ce moment-là, je ne clique même pas encore qu’il s’agit d’une tornade, je me dis qu’un camion a renversé son matériel de construction. C’est quand je suis arrivé sur Mont-Bleu, que je suis tourné sur Daniel-Johnson et que j’ai vu tous les débris dans la rue, mais aussi une grosse carcasse, que j’ai commencé à réaliser ce qui se passait. »

Tout a alors déboulé en peu de temps et l’homme, qui compte 27 ans d’ancienneté au SSIG, n’a eu d’autre choix que de passer en mode intervention d’urgence, mettant de côté les émotions.

Une violente tornade a frappé la région d'Ottawa-Gatineau le 21 septembre 2018.

« Je regarde alors un peu autour et il y a plein de gens qui se tiennent bras dessus, bras dessous, des gens ont du sang sur eux. J’ai un ambulancier qui se présente à moi et qui me dit que c’est épouvantable, que plein de bâtiments sont touchés. [...] Je suis un peu surpris de ce qui nous arrive, mais je ne vois pas encore toute l’ampleur, parce que je ne suis pas allé dans les autres rues », raconte-t-il.

C’est avec le recul, en parlant avec des gens dans les jours suivants, que Stéphane Craig confie avoir réalisé la gravité de la situation.

« Je vais toujours me souvenir de cette journée-là comme si c’était hier. Les détails, le visage des gens, c’est incroyable. Le temps s’est comme arrêté. Je me souviens, moi-même, j’avais mis en place des ressources et j’avais l’impression que ça avait pris trois heures avant qu’elles n’arrivent. Les gens m’ont ensuite confirmé qu’en l’espace d’une demi-heure, ils étaient là. »

L’image saisissante d’une femme âgée assise sur une chaise, sur le trottoir et sous la pluie forte, lui vient rapidement en tête lorsqu’on lui demande si une scène l’a personnellement marqué.

« Il y avait des gens qui passaient à côté et ne l’aidaient pas. Je n’avais pas de ressources disponibles, alors je prenais des gens dans la rue qui filmaient et leur donnait des tâches, par exemple amener cette dame-là dans un autobus de la STO. [...] C’est un événement exceptionnel, alors les gens capturent des images, parce qu’eux-mêmes n’en reviennent pas, au lieu de s’attarder à voir si des gens autour d’eux ont besoin d’aide. »

Stéphane Craig réitère que c’est « un petit miracle » que personne n’ait perdu la vie lors du passage de la tornade EF3.

De retour dans le quartier, 365 jours plus tard, il se replonge dans les événements en l’espace de quelques secondes, se rappelant avec exactitude où des arbres s’étaient affaissés et quels édifices ont subi des dommages.

« Personne n’a calculé ses heures. C’est vraiment une grosse force qu’on a eue d’être capable de déployer autant de monde dans une situation aussi grandiose, un vendredi en fin d’après-midi », conclut-il, ajoutant que le plan de mesures d’urgence de Gatineau fait l’envie de plusieurs autres villes.