Top Aces entrepose et fait l’entretien de ses Alpha Jet dans son hangar de Bagotville.

Top Aces choisit la région

Top Aces poursuit sa croissance au Saguenay. L’entreprise spécialisée dans l’entraînement des pilotes de CF-18 en combat aérien en leur servant d’ennemis loue 30 000 pieds carrés dans la bâtisse de Proco qui accueillait l’ancienne usine de panneaux MDF de La Baie. Elle y a aménagé un atelier pour le réusinage des turbines de ses Alpha Jet et d’autres projets sont sur sa planche à dessin.

Cet espace s’ajoute au hangar appartenant à Promotion Saguenay à côté du terminal civil de Bagotville qu’elle utilise comme base d’opérations.

Auparavant, les moteurs de ces petits jets européens étaient remis à neuf outre-Atlantique par un sous-traitant et une petite partie seulement se faisait au Saguenay. En plus de son atelier où on démonte et remonte entre 30 et 40 turbines par année, l’espace comprend un banc d’essai pour faire tourner les moteurs et évacuer le jet des turbines en toute sécurité, auquel s’ajoute un entrepôt suffisamment vaste pour entasser des carlingues d’avions qui servent de réservoirs de pièces.

À moyen terme, on projette également d’y aménager un atelier pour réusiner les systèmes hydrauliques des Alpha Jet.

Avec ces ajouts, l’entreprise fondée par d’anciens pilotes de CF-18 de l’Aviation royale canadienne embauche une cinquantaine de personnes au Saguenay et dépense près d’un demi-million de dollars par année en location pour ses deux places d’affaires totalisant plus de 42 000 pieds carrés.

«Avec le contrat que nous avons décroché à la Défense nationale, nous allons augmenter nos activités au Saguenay», rapporte le gérant des opérations de Top Aces, Didier Toussaint.

«Nous sommes en pleine expansion», ajoute le vice-président ICATS James Manning, qui dirige le programme canadien d’entraînement des pilotes de Top Aces.

En plus de doubler l’espace de 15 000 pieds carrés qu’elle occupait dans l’édifice situé dans le couloir d’approche de la piste 29, l’entreprise vient d’embaucher six nouveaux techniciens d’entretien d’aéronefs et est à la recherche de six autres.

«Avant l’entente avec la Défense, nous en avions 35. Ils sont maintenant 41 et nous recrutons encore. Pour l’instant, ce sera pour une période d’environ deux ans, mais nous sommes en pleine expansion. Ils devraient donc rester avec nous après», ajoute M. Manning, qui subit lui aussi les contrecoups de la rareté de la main-d’oeuvre malgré des salaires très compétitifs, auxquels on ajoute diverses primes et du temps supplémentaire. «L’entente entre Bombardier et Airbus, qui a permis le démarrage de la CSeries, exerce de la pression sur le métier, tout comme l’escadron L-3 de Bagotville (entretien des CF-18). Heureusement, on ne perd pas trop d’employés», rapporte M. Manning.

Un technicien d’entretien d’aéronefs n’a pas besoin d’avoir sa licence pour entrer chez Top Aces. Il peut être apprenti. «Nous les formons. C’est un métier de pointe très intéressant, car c’est plutôt rare de pouvoir travailler sur des jets en région», souligne James Preston Manning.

On se souviendra que Top Aces a renouvelé, en novembre, son contrat avec l’Aviation royale canadienne. L’entente sera valide pour 10 ans, renouvelable pour deux de plus avec une option supplémentaire de 17 mois.

L’entreprise fondée par d’anciens pilotes de CF-18 de l’Aviation royale canadienne embauche une cinquantaine de personnes au Saguenay.
Yvan Lessard, James Manning, Claude Létourneau, technicien en avionique, et David Baron sont fiers des installations permettant à Top Aces de faire l’entretien des moteurs d’Alpha Jet au Saguenay.

+ L'HISTOIRE D'AMOUR DE DAVID BARON

David Baron a travaillé 23 ans comme technicien d’entretien d’aéronefs pour l’armée de l’air française, dont 19 sur les Alpha Jet. Touché par une flèche de Cupidon lors du passage de la Patrouille de France à l’aéroport de Québec en 2009, Top Aces lui est apparu comme un beau moyen de venir rejoindre sa belle Saguenéenne de l’autre côté de l’Atlantique.

Spécialisé dans les moteurs, c’est lui qui a proposé à son nouvel employeur d’aménager un atelier de réusinage en 2013. Les débuts furent modestes, mais aujourd’hui, tous les moteurs des Alpha Jet de Top Aces sont réusinés au Saguenay au lieu d’être expédiés à une entreprise privée au Proche-Orient.

« Quand je suis arrivé ici, c’était vide. J’ai tout monté de A à Z », s’est souvenu M. Baron lorsque Le Quotidien l’a rencontré dans l’immense bâtisse de Proco à La Baie.

« Pour nous, c’est un gain important, car on perdait notre moteur pour six mois quand on le faisait remonter à l’extérieur. Maintenant, ça prend moins d’un mois », rapporte James Manning.

Ces appareils franco-allemands fabriqués par le consortium Dassault-Dornier sont propulsés par deux moteurs et s’il n’y a pas de pépin, ceux-ci doivent être démontés et inspectés toutes les 500 heures de vol, alors que les avions font entre 300 et 400 heures par année. L’an passé, donne comme exemple David Baron, 39 moteurs ont été démontés et remontés. Il y a deux ans : 43.

Partout dans le monde

Top Aces rayonne au Canada, en Allemagne et en Australie et a bon espoir de décrocher un important contrat aux États-Unis. Actuellement, trois de ses appareils volent au pays des kangourous pour un contrat de deux ans démarré en août qui pourrait déboucher sur une entente plus importante et à plus long terme, si l’expérience est concluante. Quelques avions sont également déployés en Louisiane pour l’entraînement hivernal des escadrons 433 et 425 de Bagotville. Si elle conclut une entente avec les Américains, ce ne sera toutefois pas avec des Alpha Jet, mais des F-16, un avion supersonique de catégorie supérieure qui offre un plus grand défi aux pilotes qui doivent le combattre. James Manning ne peut dire si les F-16 pourraient également servir à l’entraînement des pilotes de CF-18 canadiens, car la décision relève de l’ARC, mais précise que ses 16 Alpha Jet ont encore une bonne quinzaine d’années de vie utile devant eux.

La flotte de Top Aces comprend également 10 chasseurs A4, dont sept sont mobilisés pour le contrat allemand, et des appareils biréacteurs de transport Westwind, qui remorquent des cibles servant à l’entraînement de la marine canadienne, mais seuls les Alpha Jet ont leur base d’attache pour l’entretien au Saguenay.

L’entreprise, qui négocie actuellement le renouvellement de son contrat arrivant à échéance le 31 décembre 2018 avec Promotion Saguenay, est à la recherche de plus d’espace pour aménager d’autres ateliers. Cela fait partie des discussions avec Promotion Saguenay qui pourrait agrandir le hangar qu’occupe actuellement Top Aces ou en construire un plus grand. « Nous devons refaire tout le cockpit de nos avions pour mettre leurs systèmes électroniques à niveau afin d’offrir une bonne opposition aux pilotes de CF-18 », explique James Manning, ajoutant que l’entreprise devra consacrer plus de deux ans à cette tâche. Elle a aussi besoin d’un atelier pour travailler le métal, une chambre de peinture, et une baie de maintenance lourde pour réaliser les inspections de 500 heures de vol sur la flotte de 16 appareils.

« Pendant cette inspection, on démonte tout l’avion et on le rebâtit. Ça demande six semaines de travail à six mécaniciens », conclut l’ancien pilote de l’Escadron 425 qui a aussi piloté des F-16 lors d’un échange avec l’aviation américaine.

 Yvan Lessard et Gaétan Sasseville, d’anciens techniciens de CF-18, remontent le moteur d’un Alpha Jet après sa remise à neuf dans l’atelier que Top Aces a aménagé dans l’ancienne usine MDF à La Baie.
David Baron contrôle les paramètres des moteurs de jet lors des essais.