Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Me Samuel Massicotte et Me Caroline Gagnon
Me Samuel Massicotte et Me Caroline Gagnon

Télétravail: et si on prenait le temps de «décrocher»? 

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Avec le télétravail, il devient parfois (souvent!) difficile de laisser de côté certains dossiers. Résultat? Un courriel envoyé à 22h ou une poignée de textos au réveil à 6h. 

En février, les avocats du Barreau de Québec proposent de décrocher. Ils se lancent un défi : pas de communications non urgentes entre collègues de 19h le soir jusqu’à 7h le matin, pendant 28 jours.

«On reçoit des courriels à toute heure du jour et de la nuit. Nous sommes toujours dans l’instantanéité», indique Me Samuel Massicotte.

Me Massicotte a eu l’idée du défi après qu’un de ses collègues lui ait partagé une certaine irritation après la réception d’un courriel, envoyé à une heure plus que tardive.

«Il y avait surement quelque chose à faire pour empêcher qu’on soit toujours à l’affut d’un courriel qui peut entrer. Il y a manière d’aller se coucher la tête tranquille», explique l’avocat.

Me Massicotte et la bâtonnière de Québec Me Caroline Gagnon se veulent clairs : ce défi s’adresse aux travailleurs qui ont la chance de laisser patienter les dossiers quelques heures, sans que leur action n’ait de graves conséquences.

«Les infirmières n’ont pas cette chance, par exemple. Il y a plusieurs professions dans l’urgence. On ne parle pas d’elles. Nous, on peut le faire, pourquoi pas en profiter?» note Me Gagnon.

Une réponse immédiate aux clients et la gestion des urgences sont évidemment autorisées. Les communications doivent être limitées entre collègues, consœurs ou confrères de travail.

«On pense que c’est intéressant d’avoir une nouvelle routine. On a besoin de remettre de l’ordre pour être plus efficace et être en meilleure santé, puis avoir une meilleure efficacité dans nos communications», ajoute la bâtonnière, qui représente plus de 4300 avocats de Québec, Montmagny et de la Beauce.

Si un employé décide d’avancer ses dossiers en soirée parce qu’il avait des exigences familiales dans la journée, pas de problème. Toutefois, les courriels à transmettre peuvent patienter dans la section «brouillon» jusqu’à demain matin ou peuvent être envoyés grâce à l’option «retardataire».

Effet boule de neige

Après que le comité ait annoncé la tenue de son défi sur les réseaux sociaux, les commentaires se sont multipliés. Plusieurs personnes de l'extérieur du Barreau de Québec ont démontré de l'intérêt.

«On a manifestement touché un point sensible chez les gens. En période de pandémie, oui, mais surtout pour le télétravail en général. Il faut dire que la distance entre ma cuisine et mon bureau est mince, je ne dois pas être le seul, ça fait du bien de savoir qu’on est tous un peu accrochés», explique Me Massicotte.

D’autres regroupements d’avocats de la province ont alors choisi de participer au défi eux aussi. Puis, les travailleurs d’autres professions ont levé la main.

«Des gens en finances, des comptables, des architectes… On ne les force pas, on veut juste suggérer une bonne façon d’être efficace. On ne pensait pas que ça pouvait aller à l’extérieur de la région. Les gens ont vraiment embarqué dans l’idée», note Me Gagnon.

La première vague de COVID-19 au printemps 2020 a mis plusieurs travailleurs sur pause, puis, tranquillement, la machine est repartie pour de nombreux secteurs. La bâtonnière croit donc que c’est le bon moment pour peaufiner certaines pratiques de télétravail, telles que le «décrochage» sain.

«L’instantanéité crée une pression sur tout le monde pour traiter ta boîte courriel. On veut aussi enlever ce sentiment de culpabilité que les travailleurs peuvent avoir s’ils ne répondent pas tout de suite», ajoute-t-elle.

Santé mentale 

Étant donné que la situation pandémique se prolonge et les mesures sanitaires se resserrent, la santé mentale en ces temps troubles demeure au cœur des discussions. L’idée de «décrocher» devient un bon outil pour éviter l’épuisement.

«Le petit hamster ne sort jamais de sa roue… il commence à être fatigué. À un moment donné, il faut arrêter. Il faut décrocher. Faire un ménage dans la tête, ça peut être bénéfique pour tout le monde», insiste Me Massicotte.

Par ce petit geste, la bâtonnière et Me Massicotte espèrent offrir des outils à leurs collègues, afin qu’ils prennent soin de leur santé psychologique. Les effets néfastes que la surcharge de travail a sur la vie personnelle des gens et leur moral se fait sentir. Des discussions qui se veulent cordiales peuvent prendre de vilaines tournures… puis un manque de courtoisie élémentaire complique les échanges d’informations.

«Les avocats, on s’occupe des problèmes des autres. Mais il faut s’occuper de soi aussi. Notre esprit est notre principal outil de travail, si on est pas reposé ou trop énervé, on ne sert pas nos clients ni notre équipe. Je le dis souvent : prendre soin de toi pour bien prendre soin des autres», soulève Me Gagnon

«C’est comme si on s’offre collectivement la même thérapie», ajoute son collègue.

Le Défi…On décroche 2021 débute lundi, jusqu'au 28 février. S’il fonctionne bien, les avocats du Barreau de Québec espèrent que certaines habitudes resteront ancrées pour le mois de mars et les autres à venir.