Plus de la moitié des personnes interrogées dans les provinces qui comptent déjà un système de tarification du carbone — le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique — disent ignorer l’existence d'un tel système.

Tarification du carbone: une énigme pour plusieurs Canadiens

Plus de 40 % des Canadiens sondés sur les changements climatiques le mois dernier affirment qu’il y a des preuves concluantes que le réchauffement de la planète est bien réel, qu’il est causé par l’activité humaine et qu’il devrait s’agir d’une des grandes priorités de nos dirigeants politiques.

Mais même au sein de ce groupe de « climato-convaincus », les deux tiers seulement perçoivent la tarification du carbone comme le meilleur moyen de freiner les émissions de gaz à effet de serre — et moins de la moitié estiment en fait savoir en quoi consiste au juste cette fameuse tarification du carbone, selon le sondage commandé par la Commission de l’écofiscalité du Canada, un groupe indépendant de chercheurs.

Pire encore : plus de la moitié des personnes interrogées dans les provinces qui comptent déjà un système de tarification du carbone — le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique — disaient en ignorer même l’existence.

Ce qui fait dire au président de la Commission de l’écofiscalité du Canada, Chris Ragan, que les gouvernements ont jusqu’ici fait un piètre travail de communications et de sensibilisation à ce chapitre. La commission a d’ailleurs rédigé des explications de la tarification du carbone (en anglais), dévoilées mercredi avec les conclusions du sondage mené en février auprès de 2250 répondants dans la cohorte de participants en ligne de la firme Abacus Data. L’Association de la recherche et de l’intelligence marketing juge qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

« Il y a beaucoup de personnes qui ne comprennent tout simplement pas comment (la tarification du carbone) fonctionne ou est censée fonctionner, et c’est pourquoi nous réalisons ce document », a indiqué M. Ragan.

C’est au Québec que la tarification du carbone serait la mieux accueillie, si l’on se fie au sondage : 56 % des répondants québécois en ont une opinion « très favorable » ou « favorable », comparativement à 48 % dans les provinces de l’Atlantique. Les autres provinces qui comptent déjà un système de tarification du carbone s’en tirent bien aussi, avec des taux d’approbation de 45 % en Colombie-Britannique et de 43 % en Ontario. Les satisfaits sont par contre moins nombreux dans les Prairies, où l’on produit du pétrole — autour de 37 %.

M. Ragan se réjouit par contre de voir que les climato-convaincus sont d’avis que la tarification du carbone constitue la meilleure façon, d’un strict point de vue économique, de lutter contre les changements climatiques.

Une occasion manquée

Lors de son témoignage devant un comité des Communes, le mois dernier, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a été incapable de chiffrer les effets que pourra avoir la tarification du carbone sur la réduction des émissions. Ce qui a fait dire au porte-parole conservateur en matière d’environnement, Ed Fast, que le gouvernement libéral voulait forcer les provinces à se tourner vers la tarification du carbone alors qu’Ottawa ne peut même pas prédire les impacts réels de ces mesures.

M. Ragan y a vu une belle occasion ratée pour le gouvernement. Il soutient que des études démontrent déjà que les entreprises et les consommateurs réduisent leurs émissions lorsqu’ils doivent mettre la main dans leurs poches — que ce soit par le biais d’une taxe directe ou d’un système de plafonnement et d’échanges de droits d’émissions, communément appelé « bourse du carbone ». Un peu comme taxer lourdement la cigarette pour dissuader les fumeurs, illustre le rapport. Car « l’idée du prix du carbone, c’est de ne pas le payer ! », rappellent ses partisans.

Ainsi, en Colombie-Britannique, en Californie et dans certaines régions de l’Europe, la tarification du carbone a permis en général de modifier les comportements, soutient la Commission. En Colombie-Britannique, la consommation de gaz naturel a baissé après la mise en place de la tarification du carbone, et les émissions de GES ont baissé de 15 %. Au Danemark, l’automobiliste moyen a réduit de 3 % son temps de conduite après une hausse de 10 % du prix des carburants.

Par ailleurs, la croissance économique de ces régions n’a pas souffert de cette nouvelle écofiscalité, selon le rapport — elle a même été supérieure à la moyenne nationale en Colombie-Britannique et en Californie.

« Notre message est simple : si vous voulez vraiment réduire les émissions — et tous les gouvernements de ce pays s’y sont engagés —, la tarification du carbone est le choix le plus prudent, d’un point de vue économique », résume M. Ragan.

La Commission de l’écofiscalité du Canada a été fondée par un groupe d’économistes des quatre coins du pays qui veulent « élargir la discussion au-delà du domaine universitaire pour l’amener dans l’univers réel de l’application pratique des politiques ».