Tanorexie : dangereuse dépendance

Daniel Leblanc
Daniel Leblanc
Le Droit
Après l'anorexie et la boulimie, voilà qu'un nouveau phénomène a fait son apparition ces dernières années: la tanorexie. Touchant bon nombre de jeunes, il s'agit d'une dépendance marquée au bronzage, à une époque où un cancer de la peau est diagnostiqué toutes les 7 minutes au pays. Dans cette optique, les organismes ayant milité pour l'instauration de la nouvelle loi interdisant l'accès aux salons de bronzage aux moins de 18 ans se disent rassurés par les résultats de l'enquête du Droit, mais estiment que la partie n'est pas encore gagnée.
«Il est évident qu'on espère qu'avec le temps, ça sera respecté à 100%, car les rayons UV dans de tels appareils sont de 5 à 15 fois plus forts que les rayons du soleil en plein mois de juillet. C'est dangereux, une fois la structure cellulaire attaquée, c'est irréversible. La notion de croire qu'une peau bronzée est en santé est complètement fausse», soutient le porte-parole de la Société canadienne du cancer (SCC), André Beaulieu. «On fait croire qu'il s'agit d'une dose de vitamine D, alors que quelques minutes par jour à l'extérieur suffisent pour en avoir.»
Avant l'instauration de la loi, poursuit-il, il s'agissait d'un non-sens total qu'une adolescente de 16 ans ne pouvait pas se procurer un billet de loto, mais pouvait se faire bronzer dans de telles machines. M. Beaulieu croit d'ailleurs que les exploitants de salons de bronzage ne disent pas toute la vérité lorsqu'ils affirment que leur chiffre d'affaires n'a pas diminué depuis février, considérant que les adolescents de 15-16 ans représentaient une bonne part de leur clientèle.
Abolition éventuelle?
La présidente de l'Association des dermatologistes du Québec, la DreDominique Hanna, interprète les données du Droit comme un pas dans la bonne direction. Mais elle va même plus loin en rappelant qu'ultimement, les spécialistes de la santé souhaitent carrément bannir les salons de bronzage.
«Ça faisait partie de notre demande initiale. Certains pays comme la France et l'Australie travaillent là-dessus. On verra lorsque la loi sera révisée en 2018. Que ce soit au soleil ou dans les salons, il faut éviter de se faire bronzer. Chaque fois, ça s'accumule pour tout le reste de notre vie. Mais on ne doit pas arrêter de vivre pour autant, il y a plusieurs alternatives. Nous ne sommes pas des fous furieux qui vivent sur la planète Mars», affirme-t-elle, consciente qu'une levée de boucliers est à prévoir.
Au ministère de la Santé et des Services sociaux, la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn soutient que les exploitants de salons de bronzage ont été inscrits à un registre et doivent avoir reçu une trousse d'informations au sujet de la loi. Et il est faux de croire qu'un délai de grâce est en vigueur. «On sensibilise les commerçants afin qu'ils comprennent bien la loi et qu'ils aient une plus grande propension à l'appliquer, mais il n'y a pas de clémence», dit-elle.
On ignore si des commerçants se sont vus infliger des amendes depuis deux mois.