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Suspension du couvre-feu pour les itinérants: « ils vont geler quand même », dénonce un organisme gatinois

Jean-Simon Milette
Jean-Simon Milette
Le Droit
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La décision de la Cour supérieure du Québec de suspendre le décret de couvre-feu pour les personnes en état d’itinérance aura peut-être des effets néfastes sur ces personnes vulnérables, selon un intervenant du milieu œuvrant à Gatineau.

« Ce qu’on dit, c’est qu’au lieu d’ouvrir des haltes-chaleur pour accueillir tout le monde, on va leur dire “c’est trop de trouble, donc toi reste dehors” », explique le directeur général d’Itinérance Zéro, Benoît Leblanc. « On ne leur donnera pas de ticket, mais ils vont geler quand même. »

Selon M. Leblanc, cette décision de la Cour supérieure garde les personnes en situation d’itinérance loin des services qu’ils ont besoin.

« Selon moi, l’effet néfaste c’est que si on dit à la personne “tu n’es pas obligé d’aller à la halte-chaleur, restes dans la rue”. Cette personne-là peut mourir gelée ou d’une overdose. Il y a plein de trucs qui peuvent arriver. Tandis que si on leur dit qu’à 20 h ils doivent rentrer en-dedans, au moins ils sont près des intervenants qui peuvent les aider. Il y a des intervenants qui sont formés exprès pour les aider et leur fournir une banque de ressource. »

Selon M. Leblanc, il aurait été préférable d’ouvrir davantage de haltes-chaleur pour accueillir la population itinérante, au lieu de les laisser dehors en pleine pandémie.

« Je comprends qu’on est dans une pandémie mondiale et qu’on doit s’ajuster, mais pourquoi est-ce qu’on laisserait ces gens-là continuer d’être à risque et exposés au virus parce qu’ils sont sans-abri ? »

Le directeur général d’Itinérance Zéro, Benoît Leblanc

« Ça aurait été beaucoup plus simple à mon avis de multiplier les haltes-chaleurs. Ceux qui n’ont pas envie d’y aller après 20 h, c’est dommage, mais c’est une pandémie, les règles sont les mêmes pour tout le monde. Il faut leur apprendre aussi qu’on doit avoir des responsabilités si on veut les guider vers l’autonomie. On ne peut pas juste les lâcher dans la ville, il faut les encadrer », enchaîne-t-il.

Il ajoute que cette décision de la Cour n’aura pas d’impact sur la situation à Gatineau, étant donné que les haltes-chaleur ne débordent pas, comme c’ets le cas ailleurs au Québec.

« Il y a des villes comme Montréal où les haltes-chaleur débordent et au lieu de faire de la place pour ces gens-là, on les laisse dehors. »

« À Gatineau, il y a une personne de temps en temps qui ne peut pas entrer dans les haltes-chaleur par manque de place. Quand une halte-chaleur est pleine, on appelle un taxi pour les rediriger vers une autre halte-chaleur dans un autre secteur et on les ramène ensuite le lendemain matin. Donc ça ne nous affectera pas trop ici à Gatineau. C’est juste dommage qu’on leur donne l’occasion de s’éloigner des soins dont ils ont besoin », conclut-il.