Susan Aglukark au Musée canadien de l'histoire, à Gatineau

Susan Aglukark et le réveillon autochtone

Alors que plusieurs activités reliées au réveillon de la Saint-Sylvestre battaient leur plein un peu partout en Outaouais et dans l’Est ontarien, le Musée canadien de l’histoire à Gatineau s’est mis à l’heure autochtone pour clore cette année exceptionnellement festive.

Dans le cadre d’un événement intitulé Nimidiwin (qui signifie «danse» en langue algonquine), des dizaines  de danseurs, chanteurs et musiciens autochtones de toutes les provinces canadiennes ont envahi la Grande Galerie du musée pour interpréter des chants et des danses de leurs communautés respectives.

La chanteuse et auteure-compositrice bien connue, lauréate d’un prix Juno, l’Inuk Susan Aglukark agissait à titre d’ambassadrice pour l’occasion.

Chaque artiste ou formation musicale disposait de cinq minutes pour s’éclater devant un auditoire de plusieurs centaines de spectateurs. Rarement aura-t-on vu une foule aussi compacte dans la Grande Galerie du musée. 

La chanteuse et auteure Katia Rock, une Innue de Maliotenam, vivant maintenant à Montréal, était présente et y a interprété une pièce folk en montagnais et en français, «Quand le jour se lève», accompagnée de son amie guitariste, Louise Poirier.


L’année qui se termine lui semble-t-elle en avoir été une bonne pour les Autochtones du Canada? 

Elle la voit plutôt comme une année charnière entre les années conservatrices sombres et le renouveau libéral.

«Ça fait des années qu’on se bat dans plusieurs sphères [...] On vit une réappropriation de notre langue, de notre culture, un budget à la fois».


Mais la nouvelle année en soi n’est-elle pas un concept chrétien propre aux colonisateurs?

«Nous, on célébrait les saisons, on célébrait la chasse, on célébrait les naissances [...] les partenariats entre les peuples autochtones. La nouvelle année, j’ai jamais entendu dire qu’on la fêtait comme telle. C’est depuis que les missionnaires sont arrivés que l’on célèbre ça. On embarque dans Noël, on embarque dans le Jour de l’An aussi


Son souhait le plus cher pour la nouvelle année qui débute?

«Que les arts autochtones, toutes disciplines confondues, soient vraiment au même niveau que ceux des Québécois et des Canadiens [...] Mon grand rêve aussi, ce serait que dans les livres d’histoire, il y ait la vraie Histoire


Et comment réagit-elle devant les Autochtones qui ont boycotté les fêtes du 150e, comme le trio A Tribe Called Red, qui a demandé à être retiré de la trame musicale du spectacle son et lumière Mìwatè, présenté à la chute des Chaudières, l’automne dernier?

«On n’est pas des marionnettes. Là, c’était juste pour prouver qu’on pense à nos pauvres petits autochtones qui vivent autour d’Ottawa. Écoutes, pourquoi vous nous consultez pas pour monter les vraies affaires? C’est toujours la grosse machine qui dit: ¨bon, là on va engager un Haïtien, on va engager un Autochtone¨, c’est multiculturel, t’sais», déplore Katia Rock.


Après sa prestation au Musée canadien de l’histoire, madame Rock se préparait à une retraite au Manoir des Pins, à Sainte-Lucie-des-Laurentides, en janvier, pour préparer un album dans le cadre duquel onze artistes autochtones et autant d’artistes québécois formeront des duos et créeront des pièces originales en tandem. Catherine Durand, Geneviève Toupin, Lynda Thalie et Bïa, entre autres, ont déjà répondu à l’appel.

Lorsqu’elle s’est entretenue avec Le Droit, Katia Rock revenait de Colombie-Britannique (en septembre 2017) et de l’Inde (en novembre) où elle avait participé à des rassemblements culturels autochtones.

Pour Katia Rock, l’année 2018 en sera assurément une de réappropriation culturelle pour les Autochtones.