Soukaina Boutiyeb a été réélue présidente de l'Association des communautés francophones d'Ottawa pour un troisième mandat.
Soukaina Boutiyeb a été réélue présidente de l'Association des communautés francophones d'Ottawa pour un troisième mandat.

Soukaina Boutiyeb réélue présidente de l’ACFO

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Pour un troisième et dernier mandat, Soukaina Boutiyeb sera le visage de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO). Réélue par acclamation jeudi soir, elle compte dorénavant faire entendre la voix de l’organisation dans la refonte de la Loi sur les services en français, se rapprocher des communautés, et se permet de rêver d’une province bilingue. 

La leader francophone reste réaliste : non, ce n’est pas demain la veille que l’Ontario adoptera la langue de Molière comme seconde langue officielle. Mais « quand on en parle avec les élus, on commence à y penser concrètement », observe avec optimisme celle qui est aussi directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne. 

Jeter les bases d’un mouvement éventuel dans cette direction sera donc l’un des objectifs des deux dernières années de sa présidence. Dans un futur plus rapproché, outre faire front commun avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario dans la refonte de la Loi sur les services en français, qui selon Soukaina Boutiyeb ne répond plus aux besoins des communautés d’aujourd’hui, l’ACFO se rapprochera des résidents des secteurs de la capitale. « Je veux créer une table de concertation pour les différents quartiers à travers la ville pour s’assurer que dans tous les quartiers, on sache quels sont les enjeux, et pour les appuyer, au besoin », envisage la jeune trentenaire. 

Soukaina Boutiyeb est entrée en poste en 2017 après que sa prédécesseure, Ajà Besler, soit devenue directrice générale de l’ACFO. 

En regardant le chemin parcouru, la présidente se félicite d’avoir redressé les finances de l’organisme, qui ont été sa priorité et celle d’Ajà Besler dès son arrivée. « Aujourd’hui, si on fait le bilan, on a une ACFO qui est très stable financièrement. Maintenant, on a une équipe de travail; pas seulement une direction générale. » Résultat direct et indirect de cette stabilité financière, souligne-t-elle, l’ACFO est « très chanceuse » depuis le début de la pandémie et ressent assez peu les contrecoups de la situation sanitaire. 


« Notre francophonie est plurielle, et notre francophonie va au-delà de la langue maternelle. »
Soukaina Boutiyeb

Une autre victoire : sous sa gouverne, l’ACFO a gagné en présence médiatique. Soukaina Boutiyeb était présidente le 15 novembre 2018 lors du « jeudi noir » des Franco-Ontariens, le jour où le gouvernement conservateur de Doug Ford a mis fin au projet de création de l'Université de l'Ontario français. 

« Il fallait organiser des manifestations, et c’est quelque chose dont je suis vraiment fière : les manifestations qu’on a eues un peu partout au Canada et en Ontario, souligne-t-elle. Celles d’Ottawa ont fait partie des plus grandes. On en a eu trois, dont une où il y a eu 5000 personnes. C’est du travail d’équipe qui s’est fait, qui rappelle justement notre leadership dans la francophonie ontarienne. » 

Enfin, sa plus grande fierté est la réalisation du projet Ottawa bilingue. Ce programme de micro-subventions qui appuie la création de projets de bilinguisme dans la capitale a attribué au total 968 000$ à 77 projets en un an. À travers ces projets, 757 activités bilingues ou en français ont eu lieu. 

« Pour l’ACFO, en 50 ans d’existence, c’est l’enveloppe la plus grande » jamais gérée avec un budget de 1,25 million $. « Il y a eu un travail pour renforcir la crédibilité de notre organisation, auprès des élus, des bailleurs de fonds, du gouvernement… C’est sûr qu’on a travaillé pour qu’il y ait la confiance pour nous laisser gérer un aussi grand projet. On a dû mettre du temps et de l’énergie à ce niveau-là, et on a des résultats. » 

Arrivée du Maroc à l’âge de 14 ans, Soukaina Boutiyeb est la première personne racialisée et immigrante à prendre la tête de l’ACFO. Jeudi soir, elle a constaté avec fierté que des douze candidatures pour obtenir trois postes au conseil d’administration, plusieurs étaient celles de personnes issues de minorités culturelles. 

Par ailleurs, ces dernières années, dans l’ensemble de la communauté, elle a noté une ouverture de la définition de ce qu’est un « francophone » en milieu minoritaire; on peut être francophone et allophone à la fois, insiste-t-elle. « Notre francophonie est plurielle, et notre francophonie va au-delà de la langue maternelle. Moi-même, ma langue maternelle n’est pas le français, mais ça ne fait pas moins de moi une Franco-Ontarienne, illustre-t-elle. (L’ACFO) a pris compte que c’est une communauté plurielle, aux différents visages. »