Science

Ça coûte cher d’être maman…

SAGUENAY — Devenir mère perce de grands trous dans les finances des nouvelles mamans, et ce n’est pas seulement parce que les couches coûtent cher: l’année de la naissance d’un enfant, les femmes voient leurs revenus chuter de 40 %, et l’écart par rapport aux femmes qui n’ont pas d’enfant se maintient pendant plusieurs années par la suite.

Seule bonne nouvelle, il semble que les programmes sociaux québécois raccourcissent le temps de rattrapage comparé au reste du Canada, selon une étude présentée mardi matin au congrès de l’ACFAS.

«Ce qui est démontré dans la littérature économique, c’est que les mères ont des revenus inférieurs à ceux des «non-mères» mais que, paradoxalement, les pères ont des revenus supérieurs aux non-pères», a indiqué l’auteure de l’étude, Marie Mélanie Fontaine, doctorante en économie à l’UQAM. Des études ont trouvé des écarts variables d’un pays à l’autre, alors Mme Fontaine a voulu savoir ce qui en est au Canada et au Québec.

D’après les données de Statistique Canada qu’elle a analysées, devenir mère fait chuter le revenu annuel d’environ 32 000 $ à 20 000 $ l’année de la naissance. Et même après 20 ans, ces pertes-là ne sont pas complètement résorbées, en moyenne.

Quand on les compare aux femmes sans enfants, les mères gagnent environ 5000 $ de moins par année en moyenne, alors que c’est l’inverse pour les hommes : les pères gagnent environ 15 000 $ de plus que les «non-pères».

Il est évident que le fait de se retirer du travail pendant des mois lors du congé de maternité peut nuire à la carrière des nouvelles mamans, mais il y a plus que cela, explique Mme Fontaine: «On pense que c’est parce qu’il y a une sorte de spécialisation dans le couple: les pères deviennent plus «spécialisés» dans le travail [et les mères dans la famille et les tâches].» Le fait que les femmes assument plus de tâches ménagères que les hommes, comme le montrent nombre d’études, peut faire en sorte qu’elles ont moins d’énergie et de temps à consacrer à leur travail, ou même les pousser vers des choix de carrière moins exigeants, mais moins payants.

Fait intéressant, même quand on corrige les données pour tenir compte du fait que les femmes sans enfants ne sont pas parfaitement comparables aux mères (elles sont en moyenne plus jeunes, plus souvent célibataires, plus instruites, etc.), le fait de devenir mère soustrait quand même 40 % du revenu d’emploi des femmes pendant l’année qui suit la naissance du bébé.

Écart maintenu longtemps

Cet écart entre les mères et les non-mères se maintient longtemps par la suite, mais (toujours quand on annule l’effet des différences d’âge moyen, d’instruction, etc.) la différence se résorbe après quelques années. Or c’est plus rapide au Québec: les mères d’ici mettent autour de 4 ans à rattraper les «non-mères», alors que ce délai est de 11 ans dans le reste du Canada.

Mme Fontaine n’a toutefois pas d’explication définitive pour comprendre ce phénomène, il y a peut-être «un lien à faire avec les politiques familiales plus avantageuses au Québec», mais cela pourrait également être dû à des différences culturelles.

Société

Une chercheuse s’intéresse aux résistances féministes dans le monde du jeu vidéo

MONTRÉAL — Une «résistance féministe» dans le monde du jeu vidéo? Parce que la culture entourant ces jeux peut être toxique pour les femmes, notamment en raison du harcèlement envers les joueuses et par des personnages stéréotypés, elles développent des tactiques pour se réapproprier les jeux vidéo, a relevé une chercheuse québécoise qui s’intéresse au phénomène de près.

Pascale Thériault est étudiante au doctorat à l’Université de Montréal, au département de l’histoire de l’art et d’études cinématographiques, et est spécialisée en jeux vidéos. Elle n’a pas terminé sa thèse de doctorat mais détaillera ses observations et constats préliminaires vendredi lors du congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS). Sa présentation s’intitule: «Les femmes qui jouent sont dangereuses: résistances féministes dans les jeux vidéo».

D’entrée de jeu, la chercheuse note que la culture du jeu vidéo est largement teintée d’une «masculinité militarisée», traditionnellement violente et très compétitive, notamment parce que l’industrie visait traditionnellement un public masculin.

Or, selon elle, on assiste de plus en plus à des tactiques de résistance féministe, pour dénoncer les problèmes latents et pour offrir des alternatives.

Ces tactiques se manifestent à la fois dans la création et dans les pratiques de jeu.

Elles se multiplient mais sont toutefois peu étudiées, relève Mme Thériault, qui vise notamment à les recenser. La chercheuse est aussi membre de LUDOV (Laboratoire universitaire de documentation et d’observation vidéoludiques).

Au niveau du jeu, elle explique que les avatars forts qui portent la quête du jeu sur leurs épaules étaient plus souvent qu’autrement des hommes, et que les personnages féminins n’étaient souvent que des princesses à sauver ou des personnages secondaires hypersexualisés.

Les femmes, qui comptent aujourd’hui pour près d’un joueur sur deux, sont à la recherche - comme les minorités visibles ou des personnes de groupes marginalisés - de personnages les représentant. Les plus habiles programmeront les jeux pour en modifier les règles, ou changer, par exemple, l’avatar masculin en un de sexe féminin, une tactique appelée «modding» dans le milieu.

D’autres préféreront se tourner vers des types de jeux offrant une plus grande diversité, notamment ceux des producteurs indépendants, où toute une industrie s’est développée, en marge des jeux vidéos à gros budget et à publicité mondiale.

Elle illustre la tactique de modding en rappelant ce père qui jouait à Zelda (The Wind Waker) avec sa fille, qui voulait incarner un personnage féminin, ce qui n’existait pas. Il a modifié le code du jeu et changé les pronoms; les «il» sont ainsi devenus des «elle» dans le script.

Une autre situation relevée par la chercheuse est la suivante: dans les communautés de joueurs en ligne, il y a beaucoup de menaces de mort, de viol contre les femmes et énormément de blagues sexistes. Certaines femmes utilisent même des modificateurs de voix pour cacher leur sexe aux autres joueurs, dit-elle.

«Ça peut paraître des événements assez isolés les uns des autres mais si on regarde tous ces événements-là, mis en ensemble, on se rend compte qu’il y a un problème par rapport aux femmes et aux personnes marginalisées, les personnes racisées par exemple, et les personnes queer.

«Ce n’est pas une communauté qui est nécessairement accueillante pour ces personnes-là», remarque-t-elle.

Mais l’on peut voir une résistance de ces groupes qui veulent s’approprier les jeux, qui veulent en profiter et se dire qu’ils existent aussi pour eux, a poursuivi la chercheuse en entrevue.

Selon elle, les problèmes se retrouvent aussi au niveau de la création des jeux vidéos.

Pascale Thériault rappelle la controverse du «Gamergate» ayant débuté en 2014, lorsqu’une développeuse a été victime d’une campagne de harcèlement, de menaces de viol et d’attaques. Certains l’ont accusée d’avoir reçu une couverture journalistique trop favorable pour son jeu par rapport à l’accueil offert par les joueurs. La controverse est devenue une bataille «de culture» aux forts accents misogynes. Pour la chercheuse, le Gamergate a mis en lumière le harcèlement dont sont victimes les femmes dans l’industrie. Cela a aussi lancé une réflexion sur leur place dans les différents aspects des jeux.

Selon Mme Thériault, le monde du jeu vidéo a changé ces dernières années. Les studios mettent de l’avant leurs créatrices - bien qu’elles soient encore peu nombreuses. D’après une recension de l’International Game Developers Association datant de 2015, seulement 22 pour cent des travailleurs de l’industrie seraient des femmes. Et elles se retrouvent surtout dans les départements de communication et de ressources humaines, note-t-elle.

Par contre, des jeux de plus en plus diversifiés sont disponibles sur le marché. Elle cite en exemple «Tacoma», où le joueur est le seul survivant d’une station spatiale qui a explosé. Il doit faire enquête et rencontre les membres d’équipage avant le drame: on y retrouve une diversité de personnages, de corps et d’orientations sexuelles, note Mme Thériault.

Affaires

La Presse devient un OBNL

La Presse se détache de Power Corporation et devient un organisme indépendant à but non lucratif (OBNL), ouvrant ainsi la porte à des dons philanthropiques, à une aide gouvernementale et à un régime fiscal plus avantageux, tout en se mettant à l’abri d’acheteurs éventuels.

Le président du quotidien de la rue Saint-Laurent, Pierre-Elliott Levasseur, a annoncé mardi que «pour assurer son développement (La Presse) évoluera au sein d’une structure sans but lucratif qui deviendra l’unique actionnaire de La Presse».

«C’est le meilleur des deux mondes», a assuré M. Levasseur en conférence de presse à la suite d’une rencontre avec les employés.

Invoquant le dernier budget fédéral, qui prévoit «étudier de nouveaux modèles pour permettre aux médias de recevoir des dons et du soutien philanthropique», M. Levasseur a fait valoir qu’il était nécessaire de présenter un «nouveau modèle d’affaires» tel que l’invoque constamment la ministre fédérale du Patrimoine Mélanie Joly, parce qu’«il n’y a pas un donateur, il n’y a pas une personne dans la communauté qui va (...) donner de l’argent à La Presse qui est détenue par Power Corporation».

Power Corporation se retire donc comme actionnaire du quotidien, mais non sans lui donner les moyens de prendre son envol; ainsi, le conglomérat versera une contribution de 50 millions $ à la nouvelle entité et assumera entièrement les obligations passées des régimes de retraite.

Par contre, assure M. Levasseur, les lecteurs ne verront aucune différence : «La Presse va continuer de défendre les mêmes valeurs qu’elle a défendues au cours des 50 dernières années : La Presse a toujours défendu les intérêts du Québec et va continuer de défendre les intérêts du Québec», a-t-il affirmé ajoutant qu’aucune mise à pied n’était prévue et que les journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et patrons de la salle de nouvelles demeureraient en poste.

États financiers secrets

M. Levasseur et l’éditeur du quotidien, Guy Crevier, n’ont cependant pas voulu révéler l’ampleur du déficit que présente le régime de retraite des employés.

Ils ont expliqué qu’un autre régime de retraite sera mis en place par la nouvelle structure et que les retraités continueront de recevoir leur pension du fonds assuré par Power, que les employés actifs recevront à leur retraite deux chèques, un du régime détenu par Power et l’autre du nouveau régime et que les futurs employés cotiseront exclusivement au régime de l’OBNL.

Bien que les résultats réels de La Presse demeurent eux aussi secrets — amalgamés avec plusieurs autres entités sous la rubrique «autres filiales» dans les résultats de Power corp — Guy Crevier a cependant tenu à contrer certaines données spéculatives qui ont circulé dans le passé : «Tous les chiffres qui sont avancés par nos concurrents sur l’état de nos pertes, il y a beaucoup de folklore dans ça», a-t-il dit. Selon lui, dévoiler ses résultats placerait l’entreprise en désavantage concurrentiel face à des «compétiteurs géants» comme Québecor et Bell.

Fiducie et transparence

Cela pourrait toutefois changer avec la nouvelle structure. L’OBNL sera en effet chapeauté par une «fiducie d’utilité sociale» qui deviendra l’unique actionnaire de La Presse.

Cette approche réjouit les quatre syndicats de l’entreprise. Leur porte-parole, Charles Côté, a d’ailleurs accueilli «favorablement» l’annonce «dans la mesure où cette structure continue d’assurer l’indépendance de l’information et le maintien des emplois», des assurances fournies par la haute direction, mardi.

Mais surtout, l’occasion est inédite pour les syndiqués d’obtenir les informations financières qu’ils réclament depuis des années : «Toute fiducie d’utilité sociale devrait avoir une pratique de transparence économique et de gestion collaborative sinon participative et, par conséquent, les employés veulent avoir une place au conseil d’administration.»

La démarche a par ailleurs comme effet collatéral de mettre fin à la spéculation qui courait depuis quelques années sur une éventuelle vente du quotidien.

«Je ne vois pas comment quelqu’un peut acheter un organisme à but non lucratif», a laissé tomber Guy Crevier à ce sujet.

L’un des acheteurs potentiels, l’homme d’affaires et actionnaire de Power Corporation, Graeme Roustan, exigeait de Power Corporation qu’elle se départisse de cet actif en raison des pertes qui y sont associées. Il se disait même prêt à acheter La Presse, rendre l’abonnement payant et recommencer à publier une version en papier.

Rejoint par La Presse canadienne, M. Roustan a déclaré par voie de courriel que la décision de transformer La Presse et de ne pas la mettre en vente «m’indique qu’elle perd tellement d’argent que personne ne l’achèterait».

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Société

Des certificats de naissance non binaires en Ontario

Un-e cinéaste né-e en Ontario a obtenu un certificat de naissance non binaire après un an d’efforts auprès des autorités provinciales.

Joshua Ferguson ne s’identifie ni comme un homme ni comme une femme - utilisant le pronom personnel pluriel «ils», en anglais. «Ils» estiment que ce certificat, obtenu de haute lutte, respecte davantage leur genre véritable.

Joshua Ferguson avait demandé sans succès à Services Ontario, en 2017, de modifier la mention de sexes sur son certificat de naissance, pour ajouter la case «non binaire». Une plainte à la Commission des droits de la personne a plus tard amené le gouvernement à modifier sa politique en matière de genres.

Les citoyens ontariens peuvent maintenant cocher dans un formulaire la case M, F ou X.

Par ailleurs, sur leur certificat de naissance, les Ontariens peuvent aussi choisir de ne plus préciser du tout le genre auquel ils s’identifient. L’Ontario avait offert précédemment des cartes non binaires pour le permis de conduire et l’assurance-maladie.

Joshua Ferguson estime que cette politique reconnaît l’existence des personnes non binaires. «Je sais que cette politique va sauver des vies.»

De tels certificats de naissance non binaires sont déjà délivrés à Terre-Neuve-et-Labrador et dans les Territoires du Nord-Ouest.