Des dizaines de Québécois vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble de spectre de l’autisme ont perdu leur emploi dans l’un des 26 magasins Walmart de la province qui participaient à un programme d’intégration au travail.

Walmart: un employé touché à Gatineau

La décision de Walmart Canada de renoncer à son programme d’intégration qui permettait l’embauche de personnes atteintes de déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme touchera un employé à Gatineau. « Mais une personne, c’est une personne de trop pour nous », laisse tomber le directeur général de l’Association pour l’intégration communautaire de l’Outaouais (APICO), Stéphane Viau.

Sans avertissement, des dizaines de Québécois vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble de spectre de l’autisme ont perdu leur emploi dans l’un des 26 magasins Walmart de la province qui participaient à un programme d’intégration au travail. Certaines régions sont plus touchées. C’est notamment le cas de la Mauricie, où 19 personnes subissent les contrecoups de la décision de la branche canadienne de la multinationale.

Plus de détails sur la décision de Walmart Canada

À l’APICO, M. Viau indique qu’une seule personne profitait de ce programme à Gatineau, qui compte quatre magasins Walmart sur son territoire. L’homme qui vit avec une déficience intellectuelle œuvrait depuis plus de 20 ans au magasin du boulevard Maloney Ouest. Deux décennies au cours desquelles il a accompli avec le sourire « un peu de tout », que ce soit de l’étalage ou du ménage, a indiqué M. Viau. « Il était considéré comme un employé à part entière », ajoute le directeur général de l’APICO.

Ce dernier affirme que « des négociations » ont présentement lieu avec l’employeur. « On essaye de voir s’il y a des alternatives, a confié M. Viau. Mais, c’est sûr que [la décision de mettre fin au programme] ne vient pas du gérant du magasin. Ça vient du siège social. »

Walmart Canada a choisi d’utiliser la sémantique pour se défendre d’avoir « congédié » les employés souffrant d’un handicap intellectuel ou d’un trouble du spectre de l’autisme, même si le géant du commerce de détail leur a bel et bien montré la porte.

Dans un courriel envoyé vendredi à La Presse canadienne, la porte-parole de Walmart Canada, Anika Malik affirme qu’« il est important de comprendre que Walmart ne congédie pas d’employés. »

« Ces personnes, poursuit-elle, ont participé à un programme volontaire coordonné par des agences locales qui se sont associées à nos magasins pour offrir un environnement dans lequel ils pourraient s’impliquer. »

Mme Malik ajoute que son entreprise a, après analyse, « dû prendre la difficile décision de mettre fin à (son) partenariat au programme de formation professionnelle ».

Le courriel précise que Walmart prévoit « mettre fin graduellement à ce programme au cours des prochaines semaines » afin de permettre aux personnes touchées « de planifier la transition et de trouver des mesures alternatives », tout en souhaitant « la meilleure des chances aux participants » et en les remerciant « pour leur temps avec nous ».

L’entreprise dit avoir révisé son programme de formation professionnelle en tenant compte « des changements à la législation », des « propres politiques » de Walmart afin de s’« assurer de travailler de façon efficace et pertinente ».

La porte-parole ajoute que le détaillant est « heureux (...) d’avoir permis aux participants du programme d’acquérir de nouvelles connaissances en plus de leur donner l’occasion de se développer ».

Walmart n’a pas voulu confirmer le nombre de succursales où ce programme était en vigueur et n’a pas non plus précisé le nombre total de ces travailleurs qu’elle n’a « pas congédiés », mais qui n’ont plus d’emploi pour autant.

Vague d’indignation

La nouvelle, qui a d’abord fait la manchette en Mauricie lorsque le Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS-MCQ) a alerté les médias des pertes d’emploi, a soulevé une vague d’indignation de la part des travailleurs eux-mêmes, ainsi que de nombreux organismes impliqués dans la réinsertion sociale de personnes handicapées.

Des vedettes du petit écran ont également manifesté leur colère sur les réseaux sociaux.

Certaines répliques, toutefois, ont plutôt salué le fait que Walmart ait participé à ce programme durant de nombreuses années et ont plutôt pointé du doigt les entreprises qui n’ont jamais daigné fournir leur part en matière de réinsertion.

Avec La Presse canadienne