Apolinaire Kattou Yapo travaille à temps plein comme préposé aux bénéficiaires. Lorsqu’il ne travaille pas, il cherche un meilleur endroit où loger les siens. Il vit avec ses cinq enfants dans un deux chambres.

Vivre dans la promiscuité

CHRONIQUE / La crise du logement à Gatineau, Apolinaire Kattou Yapo la connaît bien. Trop bien.

Cet immigré ivoirien rêve de quitter le logement trop petit et mal aéré qu’il habite avec sa famille au sous-sol d’un bloc du boulevard Gréber.

Il vit avec ses cinq enfants (5 à 17 ans) dans ce deux chambres à coucher de l’Office d’habitation de l’Outaouais (OHO) qui n’a rien de plus spacieux à lui offrir pour l’instant.

La plus vieille dort sur le canapé du salon. Lui-même partage sa chambre avec les deux plus jeunes. Un frère et une sœur partagent l’autre chambre disponible.

La promiscuité est parfois difficile à gérer. « Et la nuit, c’est tout un calvaire pour arriver à dormir », raconte M. Kattou Yapo.

Père monoparental, il travaille à temps plein comme préposé aux bénéficiaires. Ses temps libres, il les passe à chercher un meilleur endroit où loger sa progéniture.

« J’ai fait plus de 150 appels pour nous trouver un logement. Je suis allé sur Kijiji, j’ai fait des listes, j’ai appelé chez Brigil, dans des coopératives d’habitation. Souvent, mes enfants trouvent un numéro de téléphone sur une annonce de logement à louer. Ils vont même faire des visites sans moi à l’occasion ! »

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Des mesures d’exception nécessaires

Dans son cas, ce n’est pas l’argent le problème. « Je ne me rends jamais à l’enquête de crédit. Dès que je dis que j’ai cinq enfants, on me rappelle pour me dire que le logement n’est plus disponible, qu’il vient d’être loué à quelqu’un d’autre… On trouve toutes sortes de raisons. »

Son bail avec l’OHO se termine le 1er juillet. « Après, il n’y a rien à l’horizon, laisse-t-il tomber. Le bail est fini et je n’ai pas pu le renouveler. Le propriétaire attend que je déménage avant de le louer à quelqu’un d’autre. On ignore s’ils accepteront qu’on reste après le 1er juillet, si on ne trouve rien d’autre. »

Il a plaidé sa cause auprès du conseil municipal de Gatineau et du système de santé. Quand le premier ministre François Legault est débarqué en Outaouais, début juin, il était aux côtés de François Roy de Logemen’Occupe pour revendiquer de l’aide au loyer.

Vivre dans l’incertitude mine le moral de sa famille. Son salon est encombré de matelas et de matériel qu’il s’est procuré en attendant de déménager dans un logement plus grand. Avec l’aide des enfants, il a commencé à faire des boîtes. Mais le cœur n’y est pas.

« Le 1er juillet, c’est presque demain ! La date approche et ça nous met une pression énorme, raconte le père. Je suis toujours en train de courir, entre le travail et la recherche de logement. C’est difficile à vivre. Les enfants me demandent souvent ce qui va se passer. On est tous anxieux à la maison. »

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PRÉCISION

Les Habitations de l’Outaouais métropolitain ont tenu à apporter des précisions à la suite de la chronique «Vivre dans la promiscuité» publiée dans notre édition du samedi 22 juin. M. Apolinaire Kattou Yapo est locataire d’un logement de HOM (géré par l’Office d’habitation de l’Outaouais). L’organisme tient aussi à préciser que M. Kattou Yapo a volontairement résilié son bail au mois de mars. «Les agentes de HOM lui ont conseillé de trouver un logement avant de résilier un bail, surtout dans le contexte de la pénurie actuelle», précise l’organisme. HOM affirme également lui avoir proposé dernièrement de renouveler son bail.