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Après des années d’attente, tout indique que l’Outaouais accueillera dans la prochaine année sa première maison de 2e étape pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants.
Après des années d’attente, tout indique que l’Outaouais accueillera dans la prochaine année sa première maison de 2e étape pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants.

Violence conjugale: une première maison de 2e étape en Outaouais

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
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Après des années d’attente, tout indique que l’Outaouais accueillera dans la prochaine année sa première maison de 2e étape pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants (MH2).

La directrice générale de la Maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées, Annick Brazeau, l’organisme qui pilote le projet Le Toit d’Erica, confirme que la Société d’habitation du Québec (SHQ) a débloqué dans les dernières semaines le financement pour la construction d’un immeuble de 19 unités de logement qui pourra accueillir un maximum de
50 locataires.

Le montage financier du projet prévoit que la SHQ injectera 2,1 M$ dans le chantier, alors que la Ville de Gatineau a déjà confirmé une enveloppe de 578 888 $ pour sa réalisation. Le reste de la facture sera payée par l’entremise des loyers, alors que les MH2 fonctionnent sur le même principe que les habitations à loyer modique.

Selon l’échéancier, la construction de la résidence doit débuter à l’été. Le Toit d’Erica, dont l’emplacement va demeurer confidentiel pour des questions de sécurité, devrait accueillir ses premières locataires et leurs enfants au printemps 2022. Seul le budget pour l’embauche de ressources humaines n’a pas encore été confirmé par Québec, souligne Mme Brazeau.

Le Toit d’Erica est sur la table à dessin de Mme Brazeau et de son équipe depuis six ans. La Maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées est basée dans la Vallée-de-la-Lièvre et la Petite-Nation.

Les particularités d’une MH2

La différence entre une maison d’hébergement « traditionnelle » et une maison de 2e étape repose essentiellement sur l’offre de services qu’on y retrouve.

Les sept maisons d’hébergement en activité en Outaouais offrent des séjours de trois mois maximum aux bénéficiaires. Il s’agit d’une offre d’urgence. 

En contrepartie, une maison de 2e étape offre des séjours pouvant atteindre un maximum de 18 mois et propose des « services spécialisés en violence conjugale postséparation ».

« Certaines femmes ont besoin de plus d’accompagnement pour repartir à neuf. Certaines n’ont jamais habité seules ou n’ont jamais géré un budget. La violence a fait en sorte qu’elles n’ont plus d’estime. Les maisons de 2e étape permettent aussi d’assurer la protection des femmes qui sont en processus judiciaire. Quand une femme porte plainte, ça peut prendre deux ans avant que la cause soit entendue et les conjoints peuvent être insistants pendant très longtemps. Parfois, des conjoints sont plus violents après la séparation », explique Mme Brazeau.

Des intervenantes spécialisées en violence conjugale, qui ont des bureaux à l’intérieur même des lieux, encadrent les résidentes de la maison. L’immeuble est également doté d’un système de sécurité sûr et efficace, notamment.

Quand une victime de violence conjugale décide de quitter son conjoint, avec ses enfants, elle doit pouvoir trouver un endroit pour habiter sur le long terme, souligne l’intervenante Annick Brazeau.

L’impact de la COVID-19

En Outaouais, en 2019-2020, les sept maisons d’hébergement du territoire, qui disposent de 69 places au total, ont dû refuser 2473 femmes et 1143 enfants, par manque d’espace. 

« Il faut faire attention avec ces données. Les femmes doivent quand même toujours nous appeler quand elles ont besoin d’aide. On va toujours trouver un moyen pour leur venir en aide », insiste à ce propos Mme Brazeau.

Le problème, c’est que l’Outaouais, avec en tête Gatineau, vit une crise du logement sans pareil depuis les dernières années. La pandémie de COVID-19 ne fait rien pour améliorer la situation en faisant exploser les prix des loyers, souligne Mme Brazeau. Quand une victime de violence conjugale décide de quitter son conjoint, avec ses enfants, elle doit pouvoir trouver un endroit pour habiter sur le long terme. Il est là le véritable enjeu, martèle Annick Brazeau.

L’ajout d’une maison de 2e étape sur le territoire viendra soulager une partie du problème, mais ça ne règle pas tout, met en garde Mme Brazeau.

« Ça va prendre encore deux nouvelles maisons d’hébergement d’urgence dans la région et des entrepreneurs qui développent toutes sortes d’unités de logement. »

+

FORTE PRESSION SUR QUÉBEC POUR PLUS DE LOGEMENT SOCIAL

Selon l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2), 8 % des femmes qui sortent des refuges d’urgence « sont toujours en grave danger d’homicide » et ont besoin de séjourner dans une maison de deuxième étape pour des questions de sécurité.

L’organisme, qui regroupe 26 maisons de 2e étape au Québec, a récemment déposé auprès du gouvernement provincial son mémoire prébudgétaire en vue de revendiquer l’ajout de 106 nouvelles unités de logement social pour élargir ce type de services à l’échelle provinciale. 

Le déblocage de ces unités est en attente d’approbation depuis 1 an et demi auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. Selon l’Alliance MH2, il y a un « trou de service » pour des logements transitoires en maison d’hébergement de 2e étape dans toute la région Nord-Ouest du Québec, ce qui représente au total une population de 800 000 femmes adultes. 

À l’heure actuelle, la Mauricie, Lanaudière, les Laurentides, l’Abitibi-Témiscamingue et l’Outaouais n’ont toujours aucune unité en maison d’hébergement de deuxième étape. Une situation qui sera corrigée en Outaouais avec la construction du Toit d’Erica dans la prochaine année. Ce projet de 19 unités est chapeauté par la Maison d’hébergement Pour Elles Des Deux Vallées qui dessert le territoire de la Vallée-de-la-Lièvre et de la Petite-Nation.

« Les femmes qui sortent des refuges d’urgence en Outaouais et qui ont besoin d’être protégées de leur conjoint violent, quand on n’a nulle part où les envoyer, on doit faire des admissions dans la grande région de Montréal », illustre Gaëlle Fedida, coordonnatrice aux dossiers politiques pour l’Alliance MH2.

Non seulement la situation est urgente, mais les conditions gagnantes sont aussi réunies, affirme Mme Fedida, qui rappelle la nouvelle entente Canada-Québec de 3,7 milliards de dollars sur le logement, signée à l’automne dernier entre les deux paliers.

« Pourquoi doit-on encore attendre les unités alors que le Québec a obtenu 3,7 milliards par l’entremise de la Stratégie nationale sur le logement du Canada ? Il n’y a pas 106 unités disponibles dans ces sommes ? Il faut que l’argent sorte dans le prochain budget du Québec », lance-t-elle.

La date du dépôt du budget 2021-2022 du ministre des Finances du Québec, Eric Girard, demeure toujours inconnue pour le moment.