Michaël Bernier et Kevin Whittingstall

Vers une percée pour la compréhension du cerveau

Kevin Whittingstall s’est intéressé tôt à la physique pure. Après son baccalauréat à l’Université Concordia de Montréal, c’est à la maîtrise puis au doctorat à la Dalhousie University d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, qu’il a commencé à s’intéresser à l’imagerie médicale chez l’humain. Un nouvel intérêt qui a mené cet homme originaire de l’Estrie à passer cinq années à faire un postdoctorat consacré aux neurosciences en Allemagne.

Pendant ce temps, à Saint-Jean-sur-Richelieu, grandissait un adolescent passionné par les mathématiques qui s’ennuyant à l’école dans cette matière dans laquelle il excellait. Pour se donner un objectif, pour se dépasser, Michaël Bernier a alors choisi de consacrer toutes ses énergies à l’informatique… alors qu’il n’y avait jamais eu d’ordinateur chez lui. Cette nouvelle passion allait l’amener à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke (UdeS). Il aimait les ordinateurs, oui, mais il voulait aussi que son savoir permette un jour d’aider les gens… et les neurosciences allaient devenir toutes indiquées pour ça.

Et c’est après cette maîtrise en informatique que les chemins de Kevin Whittingstall et de Michaël Bernier se sont croisés à l’UdeS.

« J’ai été engagé comme professeur à l’UdeS en 2011 après mon postdoctorat. À mon arrivée, j’ai engagé Michaël pour m’aider à partir mon laboratoire », explique Kevin Whittingstall, qui est aussi chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CRCHUS).

« Ce n’était pas dans mes plans au départ, mais j’ai décidé de faire mon doctorat dans l’équipe de Kevin », ajoute Michaël Bernier.

Maladie du système vasculaire

Parlons un peu de l’hypothèse de base des deux chercheurs. La compréhension et le diagnostic de plusieurs maladies dégénératives du cerveau sont limités parce que l’origine de ces maladies est encore inconnue. On pense ici à l’Alzheimer et à la sclérose en plaques, à des maladies psychiatriques aussi, bref, à toutes les maladies qui prennent naissance dans le cerveau. Et si l’on arrivait à comprendre l’origine de ces maladies? Les impacts seraient énormes : on pourrait poser un diagnostic beaucoup plus tôt, trouver de nouvelles pistes de traitements.

L’hypothèse développée par les chercheurs Whittingstall et Bernier est que la neurodégénérescence présente dans ces maladies du cerveau ne serait pas la cause de la maladie. Ce serait plutôt le système vasculaire qui serait malade.

Avec son grand bagage en informatique, Michaël Bernier a donc développé un logiciel hyperspécialisé et déclaré « révolutionnaire » par des médecins et chercheurs de partout dans le monde depuis la parution d’un article dans le magazine Human Brain Mapping il y a bientôt un an. Ce logiciel a permis de créer un atlas comprenant une banque d’images des vaisseaux sanguins chez des humains en bonne santé. Ces images pourraient servir de référence pour cibler des altérations chez des personnes atteintes de dégénérescence d’origine vasculaire.

Science ouverte

Ayant entre les mains un outil informatique puissant qui pourrait changer la compréhension de certaines maladies, Michaël Bernier a décidé de ne pas demander de brevet. « Je crois à la science ouverte. Notre technologie est disponible pour d’autres chercheurs ailleurs dans le monde, en ligne, gratuitement. Nous croyons que, grâce à cette approche, si le logiciel est utilisé par différents chercheurs dans différents contextes, le développement sera plus rapide et pourra amener des résultats concrets plus rapidement », explique Michaël Bernier.

« Ce type d’approche permet de la recherche plus collaborative, moins compétitive. Ça peut peut-être amener vers des applications auxquelles nous n’avons pas encore pensé », ajoute le professeur Whittingstall.

L’avenir de la technologie est donc extrêmement prometteur. L’UdeS est la chef de file dans le monde sur la recherche sur le système vasculaire du cerveau.

Le créneau est si prometteur que Michaël Bernier est parti depuis quelques mois faire un postdoctorat à la prestigieuse Harvard Medical School de Boston. Là comme partout aux États-Unis, le rythme de travail est difficile, la cadence est intense. Mais en passionné, Michaël Bernier poursuit ses recherches et s’avère un très bon ambassadeur de l’UdeS avec sa technologie qui intéresse des chercheurs aux quatre coins du globe.

« Comme nous avons la technologie, le Harvard Medical School veut que l’on prenne le lead dans un de leurs projets. On parle ici d’une grande université qui collabore généralement avec les plus grandes universités américaines. Et là, ils veulent s’associer à une université québécoise, francophone! C’est vraiment l’fun et c’est extrêmement rare comme situation », affirme avec fierté Michaël Bernier.

Une fois ses études complétées, Michaël Bernier aimerait beaucoup venir enseigner à l’UdeS et avoir son propre laboratoire à côté de celui de son mentor. En réunissant leurs deux savoirs et leurs expertises propres, ils croient que leurs efforts pourraient porter leurs fruits encore plus rapidement et avoir encore plus vite un impact sur des patients, ici et ailleurs.

« J’espère que nous convaincrons l’UdeS qu’ils ont tout à gagner à réunir les professeurs Whittingstall et Bernier! » s’exclame en riant Kevin Whittingstall.

Si la technologie n’est pas utilisée pour soigner des patients en ce moment, elle peut déjà, parfois, faire une différence dans la vie de patients qui consultent des médecins ouvrant dans les hôpitaux universitaires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous avons parfois des demandes de médecins pour faire des images cérébrales de leurs patients qui résistent aux traitements conventionnels. Bientôt par exemple, nous allons faire des images d’un patient qui a une épilepsie qui ne répond pas aux traitements », explique le chercheur Whittingstall.

Et c’est certainement dans ce genre de situations que les deux hommes trouvent leur plus grande fierté pour tout le boulot accompli jusqu’ici!

Repères

Kevin Whittingstall
Né à Richmond, en Estrie
43 ans
Père d’Henri, deux ans et demi, de George, un an, et conjoint de Lisa
A amorcé ses études universitaires au baccalauréat en physique à l’Université Concordia de Montréal en 1997

Michaël Bernier
Né à Saint-Jean-sur-Richelieu
33 ans
A amorcé ses études universitaires à l’UdeS au baccalauréat en Imagerie et médias numériques (informatique) en 2005